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          Dialogus

Jean
écrit à

Jacques Mesrine


Toi le médiatique bandit


   

Salut Jacques,

J'espère que ma lettre, même si on ne se connaît pas, te trouvera en pleine forme. Tu m'excuseras pour le tutoiement mais je suis du sud de la France et ici quand on a de la sympathie pour un homme, on préfère le tutoyer... N'en prends pas ombrage mais si cela te choque, fais-m'en part.

J'ai une question qui me titille: je pensais que les voyous avaient besoin d'anonymat, d'être médiatiquement invisibles. Or tu sembles apprécier que l'on cause de toi dans les journaux. N'as-tu pas l'impression que la maison «poulagas» -qui d'ordinaire préfère attendre que les grosses pointures comme toi s'embourgeoisent (avec le temps la méfiance d'un gars en cavale doit baisser, on bouge moins, on cherche une copine, etc.) et soient «balancées»- est obligée pour calmer les puissants de ce monde de mettre les bouchées doubles sur ta personne?

Enfin, sache que j'ai lu tes bouquins et je subodore que les crimes dont tu parles sont «romancés». Ainsi, je ne me permets pas de te juger, mais seras-tu capable un jour de «calmer le jeu» et peut-être de quitter la France pour des cieux éoignés de tes nombreux ennemis?


Paris, 1er novembre 1979

Bonjour,

Le tutoiement ne me dérange pas le moins du monde. Après tout, avec Broussard, lorsque nous nous «croisons», nous nous tutoyons et, malgré nos positions respectives, nous avons une forme de respect mutuel l'un pour l'autre.

L'anonymat des voyous? Hum! Je n'en sais trop rien! Si ce n'est que dans le milieu, pour se faire respecter, il est nécessaire d'asseoir une solide réputation. Or, cette réputation ne peut se faire dans le silence. Mais c'est un monde avec lequel j'entretiens une certaine distance, tout simplement parce que, le temps faisant, je me rends compte que la parole perd progressivement de sa superbe. Elle n'est plus une valeur de premier choix. On n'hésite pas à balancer pour survivre. Une autre forme de réputation en somme.

Mes crimes «romancés»? Bien sûr! Il faudrait être vraiment un idiot de première classe pour les percevoir comme tels au premier degré! Dans leur essence et leur fondement, ils sont comme tels. Dans leur narration, ils sont enjolivés. Mais à la finale, les balles finissent toujours au même endroit. Après, tout est dans ma mémoire, et là, personne ne peut y entrer!

Calmer le jeu? Bien sûr! Sylvia me le demande aussi! Il arrivera cette période où, l'âge faisant, et peut-être la lassitude, je n'aurai plus ce besoin de vivre sous adrénaline. Ainsi va la vie! Mais une question me vient à l'esprit: suffit-il de ne plus vouloir être bandit pour cesser de l'être?

Jacques Mesrine


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