Retour en page d'accueil de
          Dialogus

Adeline
écrit à

Jacques Mesrine


Si c'était à refaire...


   

Monsieur,

Une partie de la population française vous adule, l'autre vous hait.

Si vous aviez la possibilité de recommencer votre vie, feriez-vous les mêmes choix? Vous relanceriez-vous dans les mêmes actes criminels ou, au contraire, pourriez-vous vous tourner vers un autre destin?

Je vous remercie par avance du temps que vous voudrez bien m'accorder.

Cordialement,

Adeline


Paris, 2 novembre 1979, (12h38)

Bonjour Adeline,

Voyez-vous, j'ai tenté de reprendre une vie que l'on qualifiera de «normale», lorsque j'ai travaillé à la confection de maquettes chez un architecte. Je venais de sortir de prison, je le lui ai dit clairement, il m'a donné ma chance. Pendant quelque temps, je travaillais comme Monsieur-tout-le-monde, avec une vie de famille et une vie sociale sans aucune vague. Il a fallu que cet employeur rencontre des ennuis financiers, qu'il soit obligé de se séparer de certains de ses employés pour que ce que je tentais de fuir réapparaisse sur mon chemin. Comme une sorte de rappel inéluctable. Je sais, vous allez me dire que rien ne m'interdisait de chercher du travail ailleurs. Certes.

Je n'ai aucun regret! J'ai eu la vie que j'ai eu envie de mener. Elle n'est pas plus idiote que celle du smicard se tapant ses huit heures en usine. Si je meurs d'une balle bien placée, ce ne sera pas plus con que de m'emplafonner dans un platane. Si je puis dire, depuis que j'ai choisi, sinon ciblé, les circonstances de ma mort, je me sens plus libre.

Cependant, lors des années de taule, voir ma fille au parloir, là, oui, j'avoue, ça n'a pas toujours été très drôle. Enfin, Sabrina a trouvé la parade puisque, pour elle, c'était l'opportunité de savoir où me trouver lorsqu'elle désirait me parler.

Cordialement,

Jacques MESRINE 

************************Fin de
        page************************