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          Dialogus

Carlos
écrit à

Jacques Mesrine


L'État


   

Monsieur Mesrine,

À chaque fois que vous allez en prison dans les Quartiers Haute Sécurité, que ressentez-vous envers l'État français ?

Bien cordialement,

Carlos


Paris, 31 octobre 1979, (15h35)

Carlos,

Il est bien sûr évident que lorsqu'un homme est envoyé dans les QHS, il n'y va pas de gaieté de cœur. Faudrait franchement dodeliner du ciboulot pour se rendre là-bas la fleur au fusil. Après, au vu des conditions de détention dans ces dits Quartiers de Haute Sécurité, il est là encore évident qu'on ne peut qu'en vouloir à ceux qui les ont instaurées. Comme je l'avais déjà mentionné dans une lettre antérieure, même si nous n'attendons pas d'être bordé tous les soirs par un maton, il est un minimum de dignité humaine à respecter.

Je suis absolument convaincu que la réinsertion d'un homme dans la société ne peut fonctionner par la privation, l'humiliation ou bien encore une pseudo terreur infligée. L'homme qui franchit les portes d'une prison en reste marqué à vie! Quoi qu'il fasse sur le chemin de la réinsertion sociale, la société est vindicative. Un ex-condamné ne sera jamais quitte de sa dette même après l'avoir payée. Il devra payer ses impôts et sera mobilisé si une guerre se produit. Mais châtré de ses droits civiques, il restera un ex-taulard. L'homme à qui on refuse le droit de décision n'est qu'une moitié d'homme. Alors, bien sûr, soit il se soumet, soit il se révolte. Mais dans tous les cas, l’État est en position d'échec, car incapable de gérer humainement ses détenus. En vouloir à l’État, ce n'est finalement qu'un coup d'épée dans l'eau. Certes, ces QHS, j'ai voulu les faire sauter. Projet ambitieux, mais est-ce que, finalement, cela aurait changé la donne définitivement? Malheureusement, je n'en suis pas convaincu.

Et puis, au final, je pourrais vous dire que le meilleur moyen d'échapper à ces QHS est de ne pas se faire prendre. Certes, mais ce serait immoral en ce cas d'ignorer tous les hommes qui y pourrissent!

Amicalement,

Jacques Mesrine

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