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Bonsoir à vous monsieur Mesrine,
Je
voudrais vous demander quelque chose. Si vous viviez aujourd'hui, en
2010, vous seriez peut-être candidat aux élections régionales et sans
doute élu sur une liste. Mais pour quel homme politique aviez-vous le
plus de sympathie dans les années 1970 et lequel avait votre
préférence? Que pensez-vous de nos hommes et femmes politiques
d'aujourd'hui? Retrouveriez-vous les mêmes valeurs (droiture, courage,
intelligence, force, solidarité, liberté) qu'actuellement? Comment vous
situeriez-vous? Front national, Mouvement pour la France, Parti de la
France, UMP, PS, Pcf, Ecologistes, NPA? Ou proche de Bayrou et du Modem?
Je
sais que vous aviez, par le passé, participé à des actions illégales
contre les banquiers. Vous avez agi tout à fait semblablement à un
Robin des bois qui fuyait le shérif de Nottingham. Si vous viviez
aujourd'hui, feriez-vous du cinéma ou écririez-vous vos mémoires?
Cordialement,
Sylvie
Paris, 1er novembre 1979
Sylvie (j’allais écrire «Sylvia»)
Votre
lettre m'a plongé quelque peu dans l’embarras. Vous dites «Si vous
viviez aujourd'hui en 2010»: pour moi, là où je suis, 2010, ça me
projette dans plus de trente ans. Aussi, il est très délicat de pouvoir
prétendre anticiper mes convictions politiques. En une trentaine
d’années, un homme a de quoi vivre diverses expériences forgeant sa
personnalité et ses sensibilités. Vous savez, on m’a prêté des
affinités avec l'O.A.S. par le passé, pour me voir aujourd'hui comme
une sorte de porte-drapeau de l’Extrême Gauche. Donc, pouvoir affirmer
ce que seraient mes convictions politiques en 2010 est impossible. De
plus, j'aurais plus de soixante-dix ans! Pensez-vous sincèrement que
l’on soit encore crédible à cet âge pour faire de la politique? Mais
bon, s'il est un politicien, et peu importe sa position, qui comprenne
le non-sens des conditions de détention, des conditions de destruction
infligées aux détenus dans les Quartiers Haute Sécurité, alors à la
finale, sans doute que cet homme aurait certaines chances d'avoir ma
sympathie. Mais je vous le répète, je vous dis ça aujourd'hui, mais
rien ne peut certifier que mon discours sera le même dans trente ans.
Dans
la suite de votre lettre, et par rapport à mes braquages, vous me
qualifiez de «Robin des bois». Certes, pourquoi pas. Mais attention, ne
nous voilons pas la face, le banditisme n'engendre que très rarement,
pour ne pas dire jamais, des héros. Certes, je n'ai jamais tiré sur la
veuve et l'orphelin, mais à la finale, je suis entré dans une
marginalité où la violence et les faits d'armes sont légion.
Quant
à votre remarque sur la possibilité d'écrire mes mémoires en 2010,
dois-je en conclure qu'à votre époque on a censuré mes livres L’Instinct de Mort et Coupable d'être innocent?
Ouvrages qui constituent déjà une partie conséquente de mes mémoires.
Enfin, pour le cinéma, on m'a rapporté que plusieurs films ont été
réalisés sur ma vie. Je ne sais ce qu'il en retourne, mais à la finale,
je souhaite sincèrement que le déroulement des choses ait connu un
meilleur dénouement que le chapitre Jean-Paul Belmondo.
Bien à vous,
Jacques MESRINE |