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          Dialogus

Sébastien
écrit à

Jacques Mesrine


Instinct de mort


   

Bonjour Jacques,

Je n'ai pas lu ton bouquin mais quelques questions me taraudent. Quand l'as-tu écrit mais surtout, pourquoi ce titre? As-tu la haine de l'état policier au point de songer que sa fin passe par ton trépas, ou est-ce une fuite volontaire et accélérée vers l'inéluctable fin qui nous caractérise tous? Quelles sont tes opinions politiques? Te sens-tu plus proche des anarchistes ou des communistes? Pourquoi n'as-tu pas déserté l'Algérie?

Je suis désolé de te confronter à tant de questions mais il me tardait de te les poser.

Fraternellement,

Sébastien


Paris, 1er novembre 1979

Bonjour Sébastien,

C'est étrange de voir quelqu'un s'intéresser à un bouquin qu'il n'a pas lu! Un peu comme si on parlait d'un film qu'on n'est pas allé voir au cinéma.

Ce n'est pas parce qu'on est hors-la-loi que l'honnêteté nous fait défaut. Aussi, en toute sincérité, si j'ai écrit ce bouquin, c'est tout simplement pour (en partie) que l'on parle de moi. J'avoue une nature mégalomane assez prononcée. Écrire ce bouquin, c'est en attester. C'est compenser l'absence d'articles me concernant dans les journaux. C'est rétablir une vérité parfois bafouée par ces mêmes journaux. J'avoue encore que c'est surdimensionner le personnage que je suis. Quant au titre, voyez-vous, en plus de bien sonner, il résume parfaitement ma philosophie. «L'instinct de mort» (je présume que vous parlez de ce livre), ce n'est pas tirer sur tout ce qui bouge, c'est surtout un choix de vie et de la mort qui en découle. À bien y réfléchir, j'ai passé ma vie à choisir ma fin, du moins, ses circonstances. Bon, sûr qu'à l'heure actuelle, ils ne m'ont pas encore eu... Mais je ne me fais pas d'illusions. Je sais que mes jours sont comptés depuis le début (comme pour n'importe qui me direz-vous), mais j'ai choisi l'emballage du compte-à-rebours. Finalement, on n'est jamais aussi libre que lorsqu'on a choisi sa façon de mourir. L’État policier ne me dérange pas en soi. Pour simplifier, le flic fait son boulot. Que le meilleur gagne et ce sera tant mieux. S'il me tire dessus et m'abat, c'est qu'il aura été moins con que moi sur ce coup-là.

Quant à mes opinions politiques et l'Algérie, ces questions ont déjà fait l'objet d'une autre lettre. La seule répétition que j'affectionne, c'est celle de mon calibre.

Cordialement,

Jacques Mesrine

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