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          Dialogus

Vince Morrison
écrit à

Jacques Mesrine


Il y a bien un héros dans la criminalité


   

Bonjour Monsieur Mesrine,

Je suis sincèrement enchanté de pouvoir vous écrire. Vous avez dit qu’il n’y a pas de héros dans la criminalité… Et pourtant, s’il y a bien un héros dans ce domaine, c’est vous.  À l’heure actuelle, quand il s’agit d’évoquer les affaires criminelles en France, vous êtes le plus célèbre des criminels, devant Ravachol, Lacenaire, Cartouche, etc.

Vous avez fait l’objet de nombreuses émissions à la télévision et à la radio, de multiples ouvrages, de trois films, ainsi que d’un documentaire très complet sur votre parcours. Michel Ardouin (dit Porte-avions) vient de publier son quatrième bouquin, et lorsque votre complice vous évoque, il est tout sauf amical à votre endroit. Il est vrai qu’il ne cesse de clamer que vous n’étiez pas des amis, juste qu’entre vous il existait un code d’honneur. Si la postérité se souvient de lui aujourd’hui cependant, c’est parce qu’il a été votre complice dans votre évasion du tribunal de Compiègne, sinon personne ne se souviendrait de lui. Car votre ancien complice, aujourd’hui septuagénaire, est malade. D’après ses propos, je ne pense pas qu’il ne s’agisse que d’un simple rhume.

Enfin, bref, tout cela pour vous dire que vous faites l’admiration d’une grande partie des Français; c’est aussi pour cela que les films qui vous sont consacrés sont des cartons.

Bonne chance pour la suite!

Mes hommages à la belle Sylvia!

Vince Morrison


Paris, 2 novembre 1979 (13h35)

Monsieur Vince Morrison,

Vous me parlez de choses bien étranges! Je sais que la machine Dialogus recèle des paramètres échappant à la logique du temps et autres paramètres rationnels, mais lorsque vous évoquez des films à mon égard, un livre écrit par Porte-Avion et d'autres éléments de la sorte, j'avoue mon étonnement. Aujourd'hui, il n'y a rien de tout cela et, à vrai dire, je n'ai point envie de savoir de quoi sera fait demain, ni même les deux heures suivantes.

Maintenant, il faut arrêter de tomber dans le fanatisme de base. Je ne suis pas un héros! La criminalité ne peut pas posséder ce type d'individus. Dans mon domaine, il n'y a que quelques personnes qui tentent désespérément de contourner et de braver certaines lois. Ne croyez pas monsieur, surtout pas, que je vis une existence de rêve! La cavale, même si elle fait partie du jeu, n'est en rien une partie de plaisir ou de rigolade. J'en suis usé, totalement usé. J'en suis fatigué! Mesrine ceci! Mesrine cela! Ce n'est rien d'autre que du foin, de la poudre aux yeux, relayés par les médias qui s'en graissent la feuille de chou. Alors, oui, je joue un personnage! Une sorte de Robin des Bois des temps modernes. Mais j'en suis totalement vidé et, à la finale, je n'ai aucune autre issue que de me vider progressivement. Je suis dos au mur. La fatalité s'est emparée de moi. Elle s'est jouée de Mesrine. Je tomberai, c'est sûr. Ils ne vont pas lâcher l'affaire. Je sais trop de choses. Mon silence les motive! La belle affaire!

Quant à Ardouin, laissez-le où il est! Je lui dois certaines choses. Il m'en doit d'autres. On est à égalité. On s'est rencontré au bon moment. Un moment où chacun de nous deux avait besoin de l'autre. Compiègne est un épisode. Rien qu'un épisode. Je ne sais si Michel ramène cet événement à lui: j'en serais étonné, vraiment étonné. Mais si Porte-Avion n'avait point été là ce jour-là, alors quelqu'un d'autre aurait pris sa place. Peut-être que les événements auraient été différents. Peut-être que plein de choses. Mais à la finale, je suis là!

Bien à vous,

Jacques Mesrine

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