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          Dialogus

Quentin, Fatah, Jérémy
écrivent à

Jacques Mesrine


Evasion


   

Cher monsieur,

Nous sommes collégiens et nous vous avons choisi parmi tous ces gens célèbres car nous avons été impressionnés par votre parcours. Quelques questions nous tracassent cependant. Comment avez-vous réussi à sortir de France pour rejoindre le Québec alors que vous étiez recherché par Interpol? De plus, que sont devenus vos enfants? Comment ont-ils géré votre triste célébrité?

Merci d'avance de votre réponse,

Fatah, Jérémy et Quentin
Lettre écrite dans le cadre d'un projet scolaire


Paris, 1er novembre 1979,

Bonsoir Fatah, Jérémy et Quentin,

Déjà, je voudrais mettre certaines choses au point avec vous. Vous dîtes être impressionnés par mon parcours, mais il vous faut retenir une chose: je ne suis en rien un modèle à imiter. Bien au contraire, Mesrine et tout ce qu'on a pu faire autour, à bien y réfléchir, ne sont rien qu'une légende, parfois déformée par la mémoire et les fantasmes collectifs. Voyez-vous, à plusieurs reprises, j'ai essayé de rentrer dans le droit chemin (ce que je peux haïr cette expression!), mais les événements se sont déroulés de telle façon que finalement, mon destin a voulu que je sois et reste gangster! Si on peut choisir son mode de vie, il est souvent impossible de décider la manière dont nous allons le vivre. Là est la différence! Je ne suis pas un modèle, non, loin de là! Et pour dire vrai, je suis dos au mur, et parfois j'éprouve des regrets.

Ce qui m'amène à une autre de vos questions à propos de mes enfants. En effet, à chaque fois que ma fille Sabrina est venue me voir au parloir, c'est là que j'ai ressenti ma plus grande condamnation! Celle qui me prend les tripes, qui me bouffe le cœur, qui me pique là où ça fait mal... Et pourtant, je n'ai pas le choix! Il faut que je fasse avec! Ainsi est ma sentence! Vivre loin de mes enfants...  Vous dire ce qu'ils sont devenus serait dangereux pour leur protection. On ne sait jamais entre quelles mains peuvent tomber de telles informations. J'espère que vous le comprenez.

Quant à ma sortie de France pour rejoindre le Québec, là encore, je ne peux tout vous dire. Il est évident que j'ai bénéficié d'aides de certaines personnes. Les mentionner ici serait également mettre leur vie en danger. Je n'ai qu'une parole.

Cordialement,

Jacques Mesrine

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