Vox Populi
       
       
         
         

nicostef@sympatico.ca

      Il circule ici, entre les humbles mortels que vous attendez avec impatience, des voix que je voudrais que vous clarifiiez.

1*- Il se dit que, en 1945 de notre temps, suite à l'arrivée d'un Allemand drôlement moustachu, il a fallu que vous vous battiez pour éviter la transformation de vos chaudières.

2*- En 1953, trois jours après l'arrivée de M. Staline, la voix court que vous avez été contraint de demander asile politique chez votre voisin d'en haut.

Merci de votre condescendance
         
         

Méphistophélès

      Monsieur,

Votre humour vous honore, j'apprécie la mordante subtilité qui enrobe votre propos. Désirez-vous me démontrer que, finalement, le mal est davantage vôtre que mien et qu'un esprit humain pourrait me chasser de mes quartiers? Mais de là à vous laisser croire que de vulgaires mortels, aussi cruels seraient-ils, puissent menacer mon royaume, il y a un fossé que je ne franchirai pas. Cependant, outre sa drôlerie, votre lettre soulève des interrogations fort intéressantes sur la nature aiguë de vos phantasmes de domination et de pouvoir absolu.

Les humains aiment s'identifier à ce genre de personnalités qui incarnent la loi, l'ordre et la sécurité des institutions contre l'anarchie rampante menaçant les pauvres maîtres dans leur tranquille certitude d'être au-dessus de leurs commettants. Cela vous fascine littéralement de voir quelques-uns de vos «frères» accéder à de tels idéaux de puissance. De cette manière, vous croyez atteindre une parcelle du savoir divin et obtenir enfin des faveurs qu'on vous refuse depuis toujours. Ces gens peuvent organiser en toute sérénité massacre et assassinat au nom de principes aussi farfelus que: sociologiques, démographiques, économiques, ethniques ou même spirituels et cela avec un talent surprenant.

Il est également très rare de voir les peuples mortels se révolter contre leurs propres bourreaux. Au contraire, de leur vivant la populace les vénère, les adule, les envie et, après leur mort, elle cherche les raisons de leurs débordements tout en préférant passer l'éponge. Intéressant cette capacité que vous avez de nier avec acharnement de les avoir tant aimés. Même après tous ces millénaires passés à vos côtés, votre hypocrisie bienheureuse m'étonnera toujours.

En fait, comment expliquez-vous cela, sinon par la proximité et la complicité que vous ressentez envers ces hommes? Vous les admirez simplement parce que vous vous reconnaissez dans leurs gestes et leurs discours. En eux vous découvrez vos racines et l'intimité de vos origines respectives ne laissent pas le moindre doute concernant votre provenance commune. Est-ce donc pour cette raison que vous souhaiteriez que même en mon royaume, ils tentent un putsch en votre nom contre l'inviolabilité de mes remparts? Ils vous ressemblent tant dans votre quête à vouloir détruire tout ce que vous touchez.

En chacun de vous se meut un Pinochet, un Hitler, un Staline, un Mao, un Bonaparte, un Robespierre, un Tepes, un Khan, un Attila et combien encore que vous avez déjà oublié parce que trop nombreux à se bousculer au Panthéon de la gloire? Et demain pour vous sauver, d'autres viendront plus terribles et plus tyranniques que les anciens. Admirez ces nouveaux Seigneurs des industries toutes-puissantes, ils engendreront à leur tour des monstres clonés qui mettront votre planète à feu et à sang par soif de pouvoir et de profit. Il n'y a que l'occasion qui leur manque afin qu'ils puissent assouvir leur destin et vous laisser la possibilité de les adorer à leur juste valeur.

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie
         
         

nicostef@sympatico.ca

      Merci maître, de votre réponse.

Je ne m'attendais pas à un texte si profond sur un argument si futile. Dans votre sagesse, vous avez complètement raison sur les paragraphes 1,2,3 et 5, quoiqu'il faudrait être simplet pour ne pas l'admettre.

Pour ce qui concerne le quatrième, vous vous êtes mis le doigt dans l'Fil jusqu'au coude. J'ai quitté un ensemble de nations justement pour cet argument et j'ai choisi de vivre dans une nation où, je pense, le respect de l'individu est moins brimé.

Au plaisir de nous rencontrer, mais, s.v.p., ne soyez pas pressé.
         
         

Méphistophélès

      Monsieur,

L'humain adore se compliquer l'existence afin de se donner l'illusion qu'il s'affaire à des tâches importantes alors que les vérités les plus surprenantes n'émergent pas de théories complexes, mais respirent l'essence de la simplicité.

Un doigt dans l'Fil, vous me dites? Je ne crois pas, cher monsieur, bien au contraire, l'adoration que portent vos semblables à ses pires tortionnaires est inscrite dans la bâtardise de vos gènes et cela s'est toujours vérifié au cours des siècles. Les humains en ont fait des papes, des empereurs, des rois, des conquistadors, des révolutionnaires, des libérateurs, des financiers et des PDG. Ils ont chanté leurs exploits, décoré leurs massacres, statufié leur gloire et momifié leur chair sacrée. Ils sont cités en exemples à vos enfants comme les bâtisseurs de votre civilisation avancée qui laisse mourir de misère les deux tiers de votre humanité.

Loin de moi de dénigrer votre terre d'accueil, mais un chien maltraité par son maître peut, sur un coup du hasard, effectivement en trouver un nouveau beaucoup plus avenant. Il sera peut-être mieux traité, il mangera à sa faim, ne sera plus battu ni enchaîné et se promènera quelquefois à la montagne ou se baignera dans la mer en toute liberté, mais il n'en demeure pas moins qu'il restera tout de même un chien, esclave de son maître ayant sur lui droit de vie et de mort.

Sortez des sentiers battus, affirmez-vous contre ceux qui vous entretiennent, mordez la main qui vous nourrit et, d'une manière ou d'une autre, ils s'arrangeront pour vous abattre tel un chien enragé.

Le temps n'a pour moi aucune espèce d'importance, alors vivez tout votre saoul et nous nous rencontrerons lorsque le vôtre sera venu.

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie