Retour en page d'accueil de Dialogus

Catherinet
écrit à
Méphistophélès
Méphistophélès


Vous, justement!


   

Bonsoir Méphisto,

Je lisais votre correspondance et entre les demandes de pactes et les récriminations, ça ne parle guère de vous. Avez-vous un corps ou pouvez-vous vous incarner dans un? Avez-vous déjà ressenti la palette variée des émotions humaines et, si oui, quelles sont vos conclusions? Aimé ou pas?

Mangez-vous, buvez-vous du vin, lisez-vous? Vous voyez le genre de détails auxquels je fais référence, mais qui me sont chers au coeur comme vous le savez. J'imagine mal vos moments de détente et pourtant vous devez en avoir, vous devez avoir une idée de ce qu'est le confort, vous devez avoir des préférences en matière de bien-être.

Vous plairait-il de m'en parler ou préférez-vous une demande qui nécessite d'abattre neuf chiots noirs ou de danser nue à la pleine lune?

Cordialement,
Catherine


Madame, mademoiselle, ou mieux encore… Ma,

Nul besoin de danser nue sous la lune pour interpeller le Grand Méphistophélès. Ouvrir les yeux est la façon la plus simple de m’avoir là, droit devant vous. Pour peu que vous fassiez l’effort de me reconnaître dans ce rideau qui remue, dans cette tasse que vous venez de laisser tomber, dans cette ombre gigantesque qu’un mince faisceau de lumière imprime sur le mur de votre chambre, dans le parfum qui se dégage de votre propre corps.

Non, Catherine, je ne suis pas de chair. Je n’ai pas besoin de me carner pour exister. Un autre l’a fait – vous savez de qui je parle – et il s’est couvert de ridicule! Il s’est démasqué lui-même! Il a voulu prouver qu’il était un dieu mais il a plutôt prouvé qu’il était un homme!

Non, je ne suis pas de chair, mais cela ne m’empêche pas de jouir de toutes les jouissances, de ressentir les émotions les plus vives, les plus vraies, les plus grandioses, je dirai même les plus confortables puisque vous me parlez de confort. Je ne suis pas encombré de chairs, mais aucun de ses plaisirs ne m’est étranger car libre de corps je ne suis que plus riche d’esprit.

C’est là, Catherine, précisément là le lieu où je vous inviterai bientôt à me rejoindre. À la table qui est la mienne, il y a une place juste pour vous.

Méphistophélès
L’esprit qui toujours nie

Et je serai au rendez-vous, je vous l’assure! Le moment n’est pas encore venu et vous devrez m’attendre encore un peu car j’ai quelques petits trucs à terminer, mais l’heure venue, je serai là.

Réellement, ça me fait chaud au cœur que vous m’ayez réservé une petite place à votre table, même si j’ai du mal à le croire. Toutefois c’est vous le patron et si vous le dites, vous le dites, mais n’oubliez pas que je serai heureuse sur un siège pas trop minable, dans un coin pas trop bruyant, avec un petit quelque chose pour endormir mes damnées douleurs – vous savez ce que j’aime – et un bon livre, pourquoi pas, parce que les trois quarts du temps la conversation des autres m’irrite. Quand même, c’est vraiment chouette de savoir que quelqu’un m’attend, parce que sinon, je ne connais aucun haut placé, si vous voyez ce que je veux dire.
 
Je vous vois clairement. Je vous ai toujours vu. Vous êtes très beau, très pur, authentique. Pour ce qui est d’avoir une opinion plus poussée, je n’en ai pas vraiment. Je n’arrive pas à imaginer un monde sans vous. Dans une certaine mesure, est-ce que ça ne serait pas l’enfer si vous n’étiez pas là? Ma position dans la chaîne alimentaire m’empêche d’avoir un humour aussi acéré que le vôtre, mais il me semble que sans vous, le monde serait moins drôle. Certaines horreurs vont si loin, sont si grosses, qu’elles en deviennent littéralement hilarantes et la meilleure des blagues ne saurait égaler l’effet produit par la démesure de la bêtise humaine. Serait-ce un manque de compassion de ma part? Savez-vous ce que je veux dire par «compassion»? Avez-vous déjà ressenti cela?

Si les plaisirs ne vous sont pas inconnus, vers lequel va votre préférence?

Si j’étais un être comme vous, je ne pense pas que je désirerais m’incarner, mais qui sait! Peut-être que je serais cruche à ce point! Pourquoi «l’autre» l’a-t-il fait, d’après vous? Que cherchait-il exactement que sa nature ne lui apportait pas? Parlant de ça, et dites-le moi si je pousse l’interrogation trop loin, mais connaissez-vous vos origines? Ne vous sentez pas dans l’obligation de me répondre en détail, un oui ou un non suffira.
 
Merci beaucoup pour cette réponse, Méphisto. Vous êtes un type très sympa et vous écrivez merveilleusement bien.

Catherine

Ma,
La conversation des autres vous irrite? Comme je vous comprends. Il y a longtemps que j'ai remarqué combien les propos des vôtres sont vides. Il arrive, à l'occasion, que certains osent la vérité, mais trop souvent c'est pour s'en détourner après quelques minutes, déjà  repentants de leur audace.

Vous m'interrogez sur mes plaisirs. Serez-vous déçue si je vous dis que ma plus grande jouissance restera toujours l'observation de votre monde? Vous convenez vous-même, dans la missive que vous m'écrivez nerveusement, que la bêtise humaine a le pouvoir exceptionnel de dérider le quotidien. Non, je ne me lasserai jamais de rire...

Puis-je vous confier un secret? Mon origine, puisque vous me le demandez, est précisément dans ce rire.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours rit


Je ne suis pas déçue par vos jouissances, Méphisto. Elles sont ce qu'elles sont. D'ailleurs, j'ai les miennes aussi et je ne vous ai pas entendu vous plaindre du fait qu'elles seraient décevantes - même si nous savons très bien tous les deux qu'elles le sont.

Ainsi, le rire est votre plaisir premier. Cela doit vouloir dire que vous en avez d'autres. Ce sont ceux-là qui m'intéressent. Les petits derniers de fin de ligne, les insignifiants, les négligeables, ceux qui ne vous définissent pas, ceux sans qui vous seriez encore vous. Est-ce que je dis n'importe quoi? Si je n'aimais plus le goût du café, est-ce que je serais encore la même personne? Les mêmes histoires me trotteraient-elles dans la tête? Serais-je encore votre Ma?

Et dans la même trajectoire, qu'est-ce qui vous agace, outre la conversation des humains? D'ailleurs, je m'excuse sincèrement de vous imposer la mienne.
Avec affection,
votre Ma


Très chère Ma,
Votre sensibilité et votre affection me touchent. Aussi, comme je les crois sincères, je consentirai à répondre à votre question avec quelque précision.

Si le rire est assurément l'une de mes plus grandes jouissances – je parle du rire incontrôlable qui s'empare de moi lorsque je vous observe tous – il est des milliers d'autres jouissances qui agrémentent mon quotidien et qui me préservent contre l'ennui de votre quête d'immobilisme.

Vous observer de l'intérieur de vos miroirs, par exemple. Vous ne pouvez imaginer tous les plaisirs qui s'offrent à moi lorsque je me cache dans ces miroirs devant lesquels vous et les vôtres vous avancez tous les matins et tous les soirs, la plupart du temps fort inquiets de savoir si vous n'aurez pas une petite ride de plus que la veille. Ces moments où vous vous croyez seuls, je suis là, je vous observe, et je prends un réel plaisir à lire toutes les inquiétudes, toutes les angoisses que vous exprimez en croyant ne vous adresser qu'à vous. Ce sont les moments où le matin vous mettez vos masques et le soir les retirez. C'est donc surtout le soir que je me faufile là, précisément là où vous vous croyez seuls. Ces moments me sont fort agréables car j'y vois toute votre tristesse, et tous les efforts que vous mettez, jour après jour, pour être capables de vous rendre jusqu'au lendemain. J'y vois toutes les énergies que vous mettez à dissimuler votre morosité, votre déception, votre ennui. Il est très amusant, d'ailleurs, de voir combien certains réussissent à se cacher d'eux-mêmes en s'inventant les raisons d'être les plus cyniques. Plus ils sont habiles, moins ils sont vrais! C'est là tout leur drame, et tout mon plaisir.

«Dans la même trajectoire», comme vous dites, ce qui m'agace alors le plus, c'est lorsque ce miroir leur projette l'image d'un saint, d'une sainte, d'une personne fière d'avoir protégé la veuve et l'orphelin. C'est fort agaçant car souvent ces personnes se vantent au point de devenir contagieuses. Par contre, j'ai la consolation de savoir qu'un jour, au moment où ils s'y attendront le moins, le miroir cassera et la réalité, dans tous ses éclats, leur crèvera les yeux.

Voilà, Ma. Allez. Et faites-moi le plaisir de cesser de vous excuser. Ce n'est pas digne de vous...

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie.

Vous êtes très gentil avec moi, Méphistophélès. Vous répondez à mes questions, vous tolérez mes indiscrétions, vous vous souciez de ma dignité, c'est fort aimable, particulièrement venant d'un être tel que vous; je l'apprécie sincèrement. Et sachant que vous vous cachez dans mon miroir, je m'y mirerai plus longtemps dorénavant. Dois-je préciser que je ne chercherai pas une nouvelle ride, mais bien le reflet de votre présence?

Parlant de la ride, à quoi ça rime d'après vous? C'est l'angoisse de la mort ou seulement la peur de vivre un creux esthétique irréversible?
Merci Méphisto, pour ce temps que vous me consacrez.
Je vous aime déjà et suis très impatiente de voir les miroirs se briser et d'enfin vous rencontrer.
Votre Ma, toujours.


Ma, ma Ma, puisque ce n'est qu'une question de temps,

Cette ride qui vous angoisse, comme tous les vôtres, n'est pas celle qui vous annonce votre finitude car jamais vous ne croirez vraiment en cette finitude. Non, c'est celle qui vous rappelle que toutes les fleurs un jour se défraîchissent. Un jour vous comprendrez que les fleurs n'ont pas que des pétales.

Vous décidez de vous mirer dorénavant plus longtemps? Libre à vous, mais n'oubliez pas que je ne suis pas que dans votre miroir. Je suis dans tous les reflets, dans toutes les pénombres, dans tous vos questionnements aussi. Chaque fois qu'une douleur s'empare de vous et vous enlève une seconde de confort, c'est que je suis là pour vous rappeler que vous êtes de passage et que ce chemin vous mènera irréversiblement à moi. Cette douleur que vous ressentez, je vous l'impose pour que vous soyez moins amère à l'idée de me rejoindre.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie


Méphisto mio...

Vous me confondez avec une autre. Regardez-moi attentivement. Je ne cherche jamais la ride. La ride n'est rien pour moi, elle ne veut rien dire. Elle annonce la finitude cinquante ans en avance. On ne peut pas se fier à elle. La ride promet que la fin approche et cette damnée fin est finalement encore bien loin. Il faut attendre, attendre, attendre. Alors j'attends, qu'un organe lâche, qu'un cancer s'installe, que la tige de la fleur casse. La mort ne m'effraie pas, Méphisto. J'ai beaucoup trop mal pour cela. Chaque jour réduit l'écart et c'est bien, parce que cette vie n'est pas de tout repos. Je ne tremble pas à l'idée de crever, au contraire. S'endormir enfin et ne plus rien ressentir, ne plus exister.

Ce corps que je possède présentement, et qui ne vaut pas une vieille semelle de légionnaire, ne me laisse strictement rien faire et même quand je ne fais rien, il me résonne ça comme un orchestre armé de gourdins et de couteaux rouillés. L'enfer pour moi, c'est ça. C'est vivre dans ce corps-là, jour après jour. Alors, mourir, disparaître, me décomposer, vous pensez bien que je n'ai pas peur. La mort est une fin et pour moi c'est la fin des souffrances.

Alors, je vous dois mes douleurs? C'est vous qui avez fignolé ce cocktail explosif pour moi? Bien joué. Vous y avez mis le paquet. Enfin, c'est fait et je ne vous en aime pas moins, mon amour. Ce n'est pas grave, je peux endurer ça. J'y arriverai, un jour à la fois. J'ai trente ans, alors, je dois avoir au moins la moitié de fini, eh? Ouf. Je n'aurais pas dû penser à ça, trente ans encore, c'est vachement long!

Et vous, vous ne mourrez jamais. Comment prenez-vous la nouvelle? L'immortalité, ça c'est effrayant.

Amour,
VotreMa


Très chère Ma,

Vous me confondez avec un autre! Je ne suis pas responsable des souffrances que vous me décrivez. Je n'ai que faire des bactéries, virus et bacilles, des levures et moisissures qui prennent plaisir à s'infiltrer dans votre chair, dans votre sang, parfois même jusqu'au milieu de vos os. Les douleurs que je me plais à propager sont celles que les humains s'infligent les uns aux autres – souvent même à eux-mêmes – non pas celles qui vous accablent du fait de votre nature! Qu'il y ait des grumeaux dans votre pâte, je n'y suis pour rien.

Vous vous comparez à une semelle de légionnaire? Comme vous avez peu d'estime pour votre personne. Sans doute les douleurs dont vous me parlez vous aveuglent-elles. Votre verbe vous trahit, chère Ma. Les semelles ne tiennent pas le discours que vous tenez. Elles se contentent de marcher dans la convenance pour obéir à leurs généraux. Vous n'êtes pas de la race des godasses et des galoches, non. Vous seriez plutôt de celles qui enlacent. Votre miroir ne ment pas.
Quant à l'éternité, ne la reniez pas aussi rapidement. Le jour où je vous permettrai de prendre place sur le fauteuil que je vous ai réservé, tout près de moi, vous conviendrez que tout est question de perspective.

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie.

Cher Méphistophélès,

Vous savez, la médecine actuelle n'a trouvé aucune origine à mes douleurs. Probablement un dysfonctionnement de mon cerveau, de faux messages qui m'occasionnent des souffrances généralisées -bien réelles- vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par année. On m'a catalogué parmi les incatalogables et prescrit des trucs pour endormir un rhino, trucs que je ne consomme pas, parce que justement je ne suis pas un rhino et que je connais des remèdes bien plus jojos. Enfin, tout ça pour dire que ça me faisait plaisir de penser que les douleurs venaient de vous. Elles faisaient moins cheap. Vous êtes bien certain que vous n'avez rien à y voir? Pas même un tout petit peu, pour m'attirer à vous?

D'accord, j'avoue que la comparaison avec la semelle de légionnaire était moche, mais elle m'a paru juste à ce moment-là. Je la voyais, cette semelle, tout aplatie, toute déglinguée et j'aurai juré m'être reconnue. Apparemment pas, merci. Merci, mon beau Méphisto. Si cette semelle qui vous écrit pouvait encore enlacer, ce serait vous assurément.

Je vous en prie, dites-moi ce que l'éternité peut m'offrir de bon? Est-ce obligatoire? Ne pourrais-je pas disparaître tout simplement, parce que, sincèrement, ça ne me dit pas grand chose d'aller m'asseoir à votre table. N'allez surtout pas le prendre personnel! Je n'aimerais rien de mieux que de me trouver en votre délicieuse compagnie, mais je ne suis pas un oiseau de société et... J'ai peur de m'ennuyer, de ne pas aimer les autres invités, d'être coincée dans une conversation aliénante avec un pigeon quelconque. Est-ce que j'aurai ma propre chambre et si oui, pourrais-je m'y enfermer quand bon me semblera? Ah! Ça m'ennuie cette histoire d'au-delà. J'aurais préféré une sorte de néant. Peut-être pourrions-nous faire un pacte? Non, je rigole.

Par contre, je suis sérieuse avec toutes ces questions sur ce qui m'attend quand mon calvaire terrestre sera achevé. Je sais bien que c'est présomptueux de demander, mais j'espère que vous pourrez me donner un petit quelque chose à me mettre sous la dent, tandis qu'elle est encore là.

Prenez bien soin de vous.

Votre Ma


Ma,

Quel besoin avez-vous de trouver que la vie est importante pour pouvoir la vivre? Cette vie n'a rien de précieux, rien d'extraordinaire, et c'est là tout son précieux et tout son extraordinaire. Imaginez un seul instant que cette vie ait une importance. Seriez-vous capable de la vivre? Non. Jamais. Ces douleurs dont vous me parlez ne seraient rien, absolument rien en comparaison avec la frousse que vous auriez du seul fait de vous entendre respirer. Vous vous cacheriez sous votre lit pour ne pas voir cette importance.

La seule chose extraordinaire dans votre monde, c'est que j'y sois. Voilà ce qu'il vous faut retenir.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie.

Mon cher Méphisto,

C'est si vrai ce que vous dites. Vous me faites réfléchir et c'est très bien; je n'en attendais pas moins de vous.

Vous me disiez que tout est possible pour moi. Je suis d'accord avec le principe. La liberté absolue, l'affranchissement, l'émancipation, c'est tout bon, y'a rien à jeter. Parce que la vie n'a aucun sens, elle n'a que le sens qu'on lui donne et c'est génial. Les routes sont là, devant, certaines bien définies et d'autres plus sauvages, toutes différentes les unes des autres. Il y en a des milliers à emprunter et on peut distancer tous les tarés qu'on veut dans ces petits sentiers sinueux; c'est le paradis des possibles. Alors, cette fille, moi, se tient là devant toutes ces routes. Un grand esprit, beau comme une tempête, lui souffle à l'oreille qu'elle peut prendre la route qu'elle veut, pas de pression aucune puisqu'elle est insignifiante, tout est possible, tout est permis, c'est elle la maîtresse incontestée des lieux. Il est là, tout près d'elle et il l'encourage à laisser libre cours à son imagination. Son discours l'émoustille et pendant quelques instants, elle frétille la demoiselle. Mais bientôt, son enthousiasme se fendille un peu et ce n'est pas qu'elle s'en fiche de toutes ces belles possibilités, mais le chemin, quel qu'il soit, faut quand même se le taper et ça, ça peut rendre fou le plus sain des déments. La fille est fatiguée avant même d'avoir fait un pas et elle demande si des arrêts ont été prévus et elle chiale encore. On a beau lui promettre des paysages à couper le souffle, des sensations renversantes, elle s'inquiète de l'endroit où elle fera dodo ce soir et espère que des installations sanitaires modernes seront disponibles.

Enfin, je ne vous contredis pas et je ne dis pas que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue; je ne fais surtout pas l'apologie du suicide, une simple constatation: que le chemin soit bordé d'orchidées ou de cacas de chien, c'est quand même une sacrée marche. Tout le monde dit que la vie est courte, mais moi je trouve ça vachement long. Pourquoi? Pourquoi ça ne m'épate pas plus que ça? On en fait toute une histoire de l'importance de vivre, il doit y avoir une raison et si oui, pourquoi je ne la vois pas? Je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de si précieux, de si extraordinaire.

Mais tant qu'à être engagée dans le sentier, je suis tout à fait d'accord avec le fait de prendre les tournants que je veux, au moment où je le veux. Je suis très contrariée de constater que «les prétendues valeurs propulsées par les réacteurs réactionnaires des soi-disant bien pensants» m'ont insidieusement amenée à croire que j'avais manqué des sorties et pris de mauvais tournants. Pff! C'est ridicule, ça n'aurait pas pu être mieux fait, c'est une évidence maintenant. Merci de m'avoir ouvert les yeux à ce sujet.
 
Avec toute ma reconnaissance,
Votre Ma


Ma, très chère Ma,

Si j'y étais pour quelque chose dans les douleurs dont vous me parlez, d'un claquement de langue je vous en libérerais. Ce geste me servirait tout autant qu'à vous puisqu'il tairait tous ceux qui mettent tous les maux sans discernement dans la même phrase.

Non, je n'y suis pour rien. Qu'ils soient biologiques, neurologiques, chimiques ou même électriques, ces inconforts dont vous me parlez sont tous identiques. Ils sont le fait de la substance visqueuse avec laquelle vous êtes modelés.

Heureusement, vous êtes de plus en plus nombreux à tirer parti de mes enseignements et à déjouer les plans de votre sculpteur. Je vois régulièrement des gens de tous âges transformer leur corps en matière érotique afin que leur esprit puisse les libérer de leur condition. Lorsqu'ils arrivent à ma table, ils sont de moins en moins nombreux à jacasser et de plus en plus nombreux à pigeonner. Vos voisins de table ne seront donc pas aussi ennuyeux que vous ne le craignez, et s'il vous est difficile de les enlacer, sans doute le feront-ils à votre place. Mais je ne vous en dirai pas plus: les secrets de l'éternité appartiennent à ceux qui me font confiance. Or, cette confiance n'est pas chose qu'on me donne mais chose que je prends, au moment que je juge approprié.

Je vous accompagne dans votre sommeil, Ma. Contrairement à la croyance, ma présence est apaisante.

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie

Bref, il y a des grumeaux dans ma pâte et vous n'y êtes pour rien. Quel dommage!

Un malaise à table? Je suis partante, alors! Ça devrait être divertissant. Pour ce qui des enlacements, je suis moins convaincue, mais on verra bien. Peut-être qu'à ce moment-là, je penserai différemment et que je serai la plus enlaçante des pigeonnes. Je vous fais confiance. Ou plutôt, vous prendrez ma confiance quand vous le jugerez bon. Je suis tout à vous.
 
Bien sûr que votre présence est apaisante. Je n'en ai jamais douté. C'est lorsqu'on s'abandonne à vous que la lutte cesse et que le bien-être s'installe. C'est être soi et puisque je suis une femme plutôt solitaire, je suis presque toujours moi-même à l'état brut. Je ne vous renie qu'en présence des autres. Je nierais jusqu'à la mort certains de mes petits vices, pas vraiment parce que j'ai honte d'eux (un peu tout de même), mais parce qu'ils m'appartiennent à moi uniquement. Ce sont mes moments d'intimité avec vous, mon amour, et personne n'y mettra ses pattes sales. Et puis à quoi bon avoir des vices secrets s'ils sont publics? Ils le deviendront bien assez vite: à ma mort. Alors, la lumière se fera et je ne serai plus là pour répondre aux questions de ceux qui découvriront ma facette, Méphisto. Bah, vous savez qu'elle n'est pas bien scandaleuse, mais ils en prendront quand même pour leur rhume. C'est toujours comme ça. L'année dernière, mon grand-père est mort et il nous a laissé de bien beaux secrets à découvrir. Si vous aviez vu l'air offusqué de la famille! Comme s'ils n'avaient pas eux-mêmes des vices cachés tout aussi juteux. Cette hypocrisie-là doit vous être particulièrement agréable, hein?

À ce sujet, je ne vous déçois pas trop? Avez-vous un conseil à me prodiguer? Y a-t-il quoi que ce soit que je puisse faire pour vous plaire?

Toujours,
Votre Ma


Ma,

À ceux et celles qui se plaisent à me déplaire, je prends un réel plaisir à déplaire également. Ne leur déplaise. Ainsi donc, si je prends le temps de vous répondre, c'est que je reconnais en vous la volonté franche et sincère d'accepter cette place que je vous réserve tout à côté de moi. De là, l'idée même de vous déplaire me déplaît.

Ai-je un conseil à vous prodiguer? Avec votre permission, commençons par le premier. Ne détestez dans votre vie que la condition physique dont vous me parlez. Cessez de lui chercher une cause et canalisez toute votre rage dans vos yeux afin qu'ils fassent danser devant vous les formes multiples du dépassement. Ordonnez ensuite à vos mains rebelles de pétrir ces formes, avec violence, au prix de la douleur, afin qu'en jaillisse le plus grand des rires. Vous en tirerez un plaisir inimaginable.

Y a-t-il quelque chose que vous puissiez faire pour moi? Rester celle que vous êtes sera déjà délicieux.

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie.


Très cher Méphisto,

Merci pour votre premier conseil -dois-je en conclure que d'autres viendront? Vous savez que je ne déteste pas la vie. Je ne tremble pas de la quitter, mais je ne la déteste pas. Je ne déteste pas l'humanité non plus. Je ne l'aime pas et ne la considère surtout pas comme une espèce sacrée, mais ça ne va pas plus loin. Mon rire n'éclate pas encore d'une tonalité assez franche, mais c'est beaucoup mieux qu'avant. Disons que je m'amuse maintenant. Avec votre aide, j'arriverai à rouler sous la table en un rien de temps.

J'ai manqué quelques sorties et fait les choses un peu de travers, et ça, ça ne se rattrape pas, la vie est ainsi faite, mais en gros je suis satisfaite de l'endroit où je suis. Mon corps n'a pas voulu suivre, soit! Je me suis assise et j'écris maintenant des histoires fantastiques. C'est bien, ça occupe. Il y a la famille et les amis et les plaisirs de toutes sortes, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que je ne fais que passer le temps. Et cette idée-là ne m'angoisse pas, ni me trouble; elle ne me fait strictement rien. Est-ce une bonne chose? Est-ce que cela m'éloigne de mon rire?

J'étire dangereusement cet échange et mériterai bientôt -si ce n'est pas déjà fait- le titre un peu péjoratif de groupie, mais je vous découvre un peu plus à chaque lettre et je ne veux pas que ça s'arrête. Il le faudra bien pourtant.

Votre Ma,


Ma,

Quel besoin avez-vous de trouver que la vie est importante pour pouvoir la vivre? Cette vie n'a rien de précieux, rien d'extraordinaire, et c'est là tout son précieux et tout son extraordinaire. Imaginez un seul instant que cette vie ait une importance. Seriez-vous capable de la vivre? Non. Jamais. Ces douleurs dont vous me parlez ne seraient rien, absolument rien en comparaison avec la frousse que vous auriez du seul fait de vous entendre respirer. Vous vous cacheriez sous votre lit pour ne pas voir cette importance.
La seule chose extraordinaire dans votre monde, c'est que j'y sois. Voilà ce qu'il vous faut retenir.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie


Comme toujours, Méphisto, vous avez raison et vous avez vu très clair en moi. Je serais atterrée si on m'annonçait que cette vie a un sens, que nous devons absolument atteindre certains buts. Peut-être que ce genre de mission convient mieux aux ambitieux. Je dis ça, mais je n'ai aucune idée de ce qui motive les êtres humains.

Pourquoi certaines personnes croient-elles que la vie a un sens et d'autres pas? Qu'est-ce qui distingue les croyants? Qu'ont-ils de plus ou de moins que les autres? Ils voient des signes partout, ils ont un tas de rituels bizarres à respecter, ils ressentent des présences invisibles, etc.

Prenez ma famille en exemple. Il y a mon catho de père qui multiplie les révérences et parle du chagrin de Jésus face à l'humanité corrompue, comme si le type pleurait réellement quelque part. Ensuite, il y a ma mère qui se réclame de l'athéisme, mais qui craint de dire certaines choses de peur que les esprits l'entendent, qui touche du bois, lance du sel par-dessus son épaule et patati et patata. Je ne sais jamais si elle est sérieuse ou si elle ne nous développe pas une petite sénilité. Il y a ma soeur qui ne croit ni en dieu ni en diable, mais qui est prête à avaler n’importe quel bobard concernant des entités supérieures, des boules d’énergie et autres phénomènes du genre. Et il y a mon fils qui brûle de croire et essaie de se bâtir des tours de neige ou de feuilles mortes pour aller voir par lui-même.

Mais qu’est-ce qu’ils ont tous? Comment se fait-il qu’ils aient tous plus ou moins le centre de la croyance fonctionnel et que le mien ne semble pas avoir été activé? C’est qui l’anomalie dans cette histoire de fous?

Toujours,
Votre Ma,


Indécrottable Ma,

Qui est l'anomalie? Vous êtes tous l'anomalie. Du premier jusqu'au dernier. Vous feignez de ne rien croire, Ma, de ne croire en rien, et pourtant vous m'écrivez avec ce même espoir qu'il existe quelque part une Vérité qui puisse être non seulement raisonnable mais aussi et surtout palpable. N'est-ce pas que ce serait malgré tout très confortable?

Votre père pleure le sort de l'Imposteur qui s'est fait clouer le bec. Votre mère touche le bois sur lequel on l'a crucifié. Votre soeeur se gave de courants d'air. Et vous, Ma, et vous, quel est votre dieu? Serait-ce moi? Prenez garde!

Vous répondez «oui»
Et vous êtes anomalie.
Vous répondez «non»
Et vous êtes contradiction.

Tant et aussi longtemps que je n'aurai pas pris le contrôle de votre âme, vous êtes coincés. Vous êtes tous coincés car vous vous êtes mis en tête de répondre à une question 100% chair et os. Une question qui n'existe que parce que vous l'avez vous-même inventée. Comme vous êtes maladroits...

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie.

Je suis indécrottable, Méphisto, et c'est pour ça que vous m'aimez.

Je réponds non. Je ne suis pas à une contradiction près, elles me vont si bien au teint...
Je reconnais votre existence, mais est-ce que j'y crois? Dans le sens où j'attendrais de vous une réalisation suprahumaine. Franchement non, puisque votre influence s'incarne dans les comportements les plus humains. Donc je vous vois, je vous écoute, parfois je suis vos conseils, mais je ne suis pas à genoux. Non merci, been there, done that. Vous trouvez que j'ai l'estime de soi chambralant, vous auriez dû me voir à cette époque!

Je n'attends pas non plus que vous me sauviez. Non seulement je ne vois pas l'intérêt de vouloir être «sauvée», mais je ne crois pas que vous existiez pour nous mener à la salvation. Pour exister, vous n'avez pas besoin de raison aussi grandiose, ni d'aussi niaiseuse. Ça ne veut absolument rien dire, la salvation. Déjà enfant, je trouvais le principe complètement idiot.

J'adore vous écrire et vous lire, mais je ne vous vénère pas comme un dieu. Je n'ai pas de dieu. Le concept ne me rentre juste pas dans la tête. Mais je vous promets que si je deviens subitement déficiente, j'installerai un petit autel et ferai toutes sortes de génuflexions juste pour vous. C'est un deal?
 
Merci pour tout, cher amour.
Votre Ma, plus que jamais


Vous êtes déjà déficiente et vous faites déjà des génuflexions. Ne niez pas: je vous vois. Placez-les au nombre de vos contradictions. Ce sont elles qui vous mèneront à moi. Essentiellement, obligatoirement, immanquablement, irrémédiablement, inéluctablement et même... canoniquement.

Faites bonne route. Vous savez que je vous attends.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie


Méphisto,

Vous me gâtez tellement, Méphistophélès, vous êtes si gentil avec moi que je pourrais facilement me croire au centre de ce monde. Seulement, plus j'y regarde, plus je n'y vois que vous.
Je participe pour l'instant, oui, c'est vrai, mais qu'est-ce que ça change en bout de ligne? Si Catherine n'avait pas existé, rien n'aurait été pareil, mais rien n'aurait été différent non plus.

Je suis une poussière au regard de l'éternité et il m'a toujours semblé bon de garder cette donnée bien en tête. Je n'ai pas envie de mener une grosse vie sérieuse et de penser que je suis irremplaçable, que je devais absolument être là. D'ailleurs, je pense que personne, à part vous qui êtes la saveur de ce monde, ne devait absolument être là. Je ne crois pas me dénigrer en refusant de monter sur les piédestaux de cartons où les hommes se plaisent tant à se pavaner. Expliquez-moi où je fais fausse route.

Votre Ma à jamais.


Ma, toujours plus chère,

Je sens que lentement vous succombez vous aussi à mes charmes. Je m'en réjouis car c'est là l'une de mes plus grandes passions: réussir à convertir -quel affreux mot- tous ceux chez qui il existe encore un doute, si minime soit-il. Je sens que le vôtre s'évanouit lentement et que bientôt vous ne jurerez plus que par mes recommandations. Ainsi aurai-je une fois de plus réussi à faire entendre raison à l'un ou l'une d'entre les vôtres.

Oh, ne lisez pas à ces lignes que je sois l'être le plus manipulateur qui se puisse! Au contraire, ma quête vise essentiellement à vous libérer! À vous éloigner de toutes vos conceptions ancestrales, historiquement héritées de tous ces infâmes qui tentent aujourd'hui désespérément de sortir leur tête de l'eau bénite!

D'autres conseils se rendront-ils jusqu'à vous? Oui, bien sûr, assurément, évidemment, positivement, puisque vous voilà encore à des lieues de mon royaume! Que vous ayez l'impression de ne rien faire d'autre que passer dans le temps en est d'ailleurs la preuve la plus éloquente! Non, Ma, non! Vous ne faites pas que passer dans le temps! Vous y participez! Voilà ce que vous n'avez pas compris encore! Ooooh, misère... Que de chemin encore à parcourir! Mais vous avez toute l'énergie requise pour y arriver. Je ne m'en inquiète pas. Vous rirez bientôt sous la table, oui, et je serai là pour le constater. Ce jour, oui ce jour, vous comprendrez que vous ne faisiez pas que passer. Vous comprendrez que vous étiez le centre même de ce monde, et que vous avez failli ne pas même vous en rendre compte!

Le centre de ce monde? Que dis-je! Je m'égare! C'est moi le centre. Je le partage avec qui je veux!

Méphistophélès


Vous dites que je suis à genoux et, franchement, j'imagine assez bien que vous puissiez avoir raison. Surtout que vous dites m'avoir vue, alors là, qu'est-ce que je peux bien ajouter? Donc, je ne nie pas, mais expliquez-moi ce que je fais pour être si déficiente parmi les déficients. Je veux comprendre

Voyez-vous, mon bel amour, je n'ai pas trop envie d'être à genoux, alors on fait quoi dans ce cas? Me rendre à vous, ça va, je suis partante, mais pas sur mes rotules! Ça fait un peu trop oratoire Saint-Joseph à mon goût. Pourquoi pas sur les mains? Ou sur la tête?

Ma

Très chère Ma,

Non seulement n'êtes-vous pas irremplaçable mais vous êtes complètement inutile. Comme tous et chacun des vôtres, hommes et femmes, petits et grands, cervelés et écervelés, vous n'êtes effectivement qu'une poussière dans le temps et dans l'espace.

Cela étant dit, compris, signé et contresigné, pourriez-vous maintenant me dire en quoi cette observation, qui est à la base même de ce que vous appelez la métaphysique, aurait le pouvoir de vous absorber tout entière dans l'un de ces trous noirs qui aspirent à vous priver de toute... légitimité?

Parce que vous n'êtes qu'une poussière, précisément parce que vous n'êtes qu'une poussière, Ma, vous êtes à l'abri de tout! Oui, de tout, et donc libre! Vous êtes à l'abri de toutes les prétendues valeurs propulsées par les réacteurs réactionnaires des soi-disant bien-pensants! Parce que vous n'êtes rien, précisément parce que vous n'êtes rien, tout est possible. Tout et surtout, oui surtout, suivre les enseignements du Grand Méphistophélès!

Vous ne voyez que moi? Ma, ma pauvre Ma, c'est donc que vous ne vous voyez pas vous-même! Vouvoyez-vous! De toute urgence!

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie


Dites-moi une chose, Méphisto, vous plaît-il que je fasse, à l'instar de tous les autres moutons, des génuflexions? Est-ce distrayant ou cela vous indiffère-t-il?
 
Votre Ma


Ma,

Si vos génuflexions étaient les mêmes, elles me distrairaient le matin et m'indifféreraient le soir. Comme elles sont différentes, elles m'intriguent le matin et m'intéressent le soir.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie



Adorable Méphistophélès,
 
Ainsi, mes génuflexions matinales vous intriguent. C'est curieux. Pourquoi donc? Je ne les trouve pas si différentes de celles du soir, bien que celles-ci soient infiniment plus savoureuses.
 
M'en voulez-vous de vous accaparer ainsi dans cette interminable correspondance? J'espère que je ne vous empêche pas de traiter du courrier plus important, voire plus intéressant.
 
Votre Ma


Très chère Ma,

Si vos génuflexions matinales m'intriguent, c'est simplement qu'elles sont inhabituelles chez les êtres de votre espèce. C'est d'ordinaire au soir que l'on m'interpelle. Au soir de sa vie, comme vous dites. Quand la lumière cesse de vous aveugler, quand elle se fait moins brillante et plus brutale. Or ce n'est pas votre cas: vous êtes encore très jeune, il me semble.

Arriverez-vous devant ma porte avant les autres? J'en doute fort. Par contre, vous y arriverez plus prête, plus consciente. Vos génuflexions nocturnes n'en sont effectivement que plus savoureuses, plus dignes, plus subordonnées et plus inféodées.

Quant à cette correspondance, n'ayez crainte de me déplaire. Ce n'est pas vous qui m'accaparez: c'est moi qui vous hypnotise. Que vous le vouliez ou non.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie


Cher Méphisto,

Oui, je crois être prête. Aujourd'hui, demain, avant-hier, je peux partir n’importe quand et d’ici-là, je ne veux rien. Est-ce si inhabituel? J’aurais cru le contraire.

Qui sont-ils les autres qui, comme moi, font des génuflexions matinales intrigantes? Est-ce pour les mêmes raisons?

Je suis curieuse: quelle est la demande la plus farfelue qu’un mortel vous ait faite?

Votre Ma


Chère Ma,

Qu'y aurait-il d'inhabituel à vouloir franchir la ligne d'arrivée le plus rapidement possible? La performance n'est-elle pas ce que l'on vous enseigne, avec de plus en plus d'insistance, sans égard à la manière, à l'instant, au temps qui passe? Cette bousculade n'est pas sans vous donner l'envie de vous envoler afin d'éviter toutes les embûches que vous servent vos semblables, pressés de vous voir vous casser la figure. Ceux et celles d'entre vous qui m'implorent par trop matinalement sont généralement pressés par leurs semblables. Leur insistance n'est pas sagesse mais faiblesse.

La demande la plus farfelue que l'on m'ait faite? Un jour on m'a demandé quelle était la demande la plus farfelue que l'on m'avait faite. Avouez que c'était terriblement farfelu...

À vous,

Méphistophélès

L’esprit qui toujours nie


Mon cher Méphisto,

Je veux bien jouer et formuler ma demande ou plutôt mes hypothétiques demandes, et vous lire me dire à quel point je ne suis qu'une puce rêvant comme les autres puces du même gros chien, mais on s'entend bien, vous ne m'exaucez surtout pas. Ça me ferait une belle jambe si en plus mes délires devenaient réalité.

J'ai réfléchi consciencieusement à la question et je suis arrivée à la conclusion que puisque la vie n'est qu'un laps de temps à passer, je voudrais me divertir et régaler ma curiosité. Le divertissement qui m'apparaît le plus chouette et inaccessible est le voyage dans le temps, que ce soit dans le passé ou dans le futur. Sauf qu'après un temps, je me lasserais probablement d'admirer le défilement des générations humaines et une fois passée la surprise des changements de décors, voir la même pièce se répéter encore et encore, ça ne doit pas être rigolo. Je retournerais probablement à mon tricot qui a au moins le mérite d'assumer entièrement l'acte de reproduire sans fin le même geste, avec quelques variantes. Donc, le voyage dans le temps, mais seulement pour un temps.
Ensuite, puisque nous sommes dans le monde des possibilités infinies et que cosmiquement parlant je suis une particule subatomique, je voudrais grossir pour avoir la taille d'une galaxie et plus encore, changer de forme aussi tant qu'à y être et visiter l'univers, tout voir, tout comprendre. Mais, car ici aussi il y a un «mais», après ça, je ferais quoi? Je dériverais sans fin? Bof, ça neme dit rien. Au moins, en tant que mortelle j'ai l'espoir que ça finisse un jour.

Ensuite, il y a tous ces sous-rêves qui ne sont finalement que des passe-temps, parler toutes les langues et dialectes du monde, voler, me métamorphoser... Faire en sorte que la vie soit autre chose que des tiroirs pleins de vêtements, un paquet d’objets hétéroclites sur lesquels j'ai apparemment gravé mon nom, un corps qui fait mal, des saisons qui passent. Vous voyez le genre…

Voilà, je me suis gentiment prêtée au jeu, à vous maintenant. Quand vous aurez commenté ce qu'il y a dans ma petite tête d'humaine faible qui se croit forte et prétend le contraire, pourriez-vous envisager de répondre à cette question: y a-t-il quoi que ce soit que vous désirez et que vous ne pouvez avoir ou atteindre?

Votre douce Ma


Ma, étonnante Ma,

Comme vos aspirations sont terrestres. Vous aimeriez voyager dans le temps, et ensuite dans l'espace? Je ne vous décevrai pas en vous disant que vous n'y trouveriez que ce que vous seriez capable d'y trouver, c'est à dire les quelques références à ce que vous connaissez déjà. Le reste ne vous serait pas même accessible, trop occupée que vous seriez à trouver les murs sur lesquels vous appuyer. Quant à ces passe-temps dont vous me parlez, avouez que vous avez déjà du mal à concevoir en quoi ils vous apporteraient quelque satisfaction.
Avouez que vous n'avez pas véritablement réfléchi avant de formuler ces demandes. Je vous laisse une seconde chance. Si vous savez répondre, je le saurai aussi.

Tendrement,


Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie


C'est vrai que je suis faible mais je n'ai jamais prétendu le contraire. Je ne veux pas être forte. Je ne veux pas me battre, ni me mesurer à mes semblables. Je veux rester exactement là où je suis le temps que j'en aurai envie. Et alors? Qu'est-ce que ça change finalement? Ce n'est pas une nécessité absolue d'avancer. En tant que race qui veut survivre, peut-être, mais moi, en tant qu'individu, qu'est-ce le monde en a à branler que je ne sois pas de la course?
 
Si vous voulez mon avis, la sagesse c'est comme le Père Noël, c'est de la merde. Dans le sens où c'est une fable crétine et moralisatrice. Vous ne trouvez pas? Oh, et puis, qu'est-ce que j'en sais. Après tout, je pose des questions farfelues, alors je dois avoir des idées farfelues aussi.

Je me demande tout de même si vous recevez des demandes moins prévisibles que la gloire, la richesse, le pouvoir et tous ces désirs typiquement masculins. Je me suis toujours demandé quel aurait été le souhait de Marguerite. Faust sentait le réchauffé à des milles à la ronde. Demander ce que des tas de gens peuvent avoir naturellement est idiot. Si j'avais à demander quoi que ce soit, ce qui n'est pas le cas, je demanderais un don vraiment hors du commun. Les désirs banals des hommes ne vous lassent-ils pas?

Votre Ma

Ma,

Vous prétendez ne pas vouloir être forte? C'est que vous êtes persuadée que vous l'êtes déjà, très chère. C'est d'ailleurs le propre de ceux et celles, fort rares, qui le sont effectivement. D'où cette indifférence à l'idée d'avancer davantage. Vous avez atteint, semble-t-il, le point de non-retour, cette frontière qui vous fait basculer de l'inconscience à la conscience.

Quant à votre demande, pourquoi ne la formuleriez-vous pas? Par crainte que ce soit là pure sagesse, féerie de Père Noël et de Fée des Étoiles, ou pire encore l'un des multiples dérivés de ces vœux que vous qualifiez d'essentiellement masculins? Allons donc. Plongez, du haut de cet état de conscience que vous avez atteint. Formulez-la, cette demande, en prenant garde qu'elle ne soit farfelue. Oubliez Faust et soyez Marguerite! Soyez celle qui me distraira des désirs banals des hommes, puisque vous semblez les connaître tous. Éloignez-vous des désirs prévisibles et montrez-moi ce qui est hors du commun! Je brûle!

Méphistophélès
L'esprit qui vous attend


Mon beau, mon adorable Méphistophélès,
 
Je voudrais que votre existence soit palpable et que vous veniez me rejoindre un soir dans mon lit, là où nous serions bien tranquilles, et que cette conversation nous l'ayons en direct, de vive voix. Voilà ce que je souhaiterais. Vous vous glisseriez par ma fenêtre et je vous ferais une petite place parmi les oreillers et les couvertures, et nous parlerions pendant des heures, ou jusqu'à ce que je m'endorme. Je me fiche bien du pacte, des demandes, de ce que vous pourriez m'apporter; votre présence seule m'intéresse.
 
Que mes aspirations soient de m'évader sous différentes formes est tout à fait naturel étant donné que je suis prisonnière de ce corps douloureux. Peut-être devrais-je songer à régler ce problème à la source: demander qu'il n'y ait plus de grumeaux dans ma pâte. Ce serait intelligent, j'imagine, mais ça ne changerait rien au fait que je vis sur une planète relativement inhospitalière dérivant au milieu d'un univers que je ne connais pas. C'est une notion parfaitement angoissante pour moi, vous comprenez, c'est pour cela que je voudrais visiter l'univers. Vous avez raison, je n'y comprendrais rien, mais vous, ne pourriez-vous pas faire en sorte que je comprenne? Possédez-vous ce genre de pouvoir?
 
Avec amour,
Votre Ma

Irremplaçable Ma,

Non, je n’ai pas ce pouvoir de me matérialiser. Ce qui répond du même coup à votre question précédente, quant à mon souhait le plus cher. Il m’arrive, en effet, de souhaiter pouvoir y arriver, afin de marquer plus intensément de mon empreinte ceux et celles d’entre vous, très rares, qui à mon sens le vaudraient davantage. Remarquez que je m’en console rapidement, car à défaut d’être chair je suis cher.
Vous me réclamerez un exemple. Je vous précède et je vous l’offre, le plus honnêtement qui soit car il s’agit de vous. Vous voudriez que je me glisse sous vos draps, un soir, afin que mes paroles vous envoûtent. Croyez-vous que si la chose m’était possible je m’y refuserais? Bien sûr que non. À défaut de pouvoir vous satisfaire de la manière même dont vous le souhaitez, je le fais de manière autre. Pas plus tard que ce soir, d’ailleurs. Au moment où vous vous glisserez sous vos draps, je me faufilerai par votre fenêtre et je poserai ma tête sur votre ventre. Vous me sentirez à peine mais vous saurez que je suis là. Ma présence absente vous sera intolérable mais n’est-ce pas là ce que vous souhaitiez?

Ma, chère Ma, ne souhaitez pas ma présence. Considérez simplement qu’elle vous est déjà acquise. Aussi souvent que vous la souhaitez.

Méphistophélès
L’esprit qui toujours nie


Cher Méphisto,

J'ai reçu votre message tard le soir, juste avant d'aller me coucher et j'ai bien failli m'étouffer de rire. Si j'avais éteint mon ordinateur quelques minutes plus tôt, l'effet aurait été ruiné. Chapeau pour le timing, c'était du tonnerre! Du coup, j'ai débranché la moitié gauche de mon cerveau et je me suis permis un peu d'autosuggestion. Rien de bien vilain, car si je proposais mon lit comme lieu de rendez-vous, c'était uniquement pour des raisons de confort. La conversation que je voulais partager avec vous se serait fort bien accommodée de la table de cuisine et de deux tasses de thé. 

Cela étant dit, ça doit être chouette de n'avoir aucun corps. C'est drôle, vous souhaiteriez expérimenter la chose et moi, j'ai hâte que ça se termine. J'imagine que si un échange quelconque était possible, vous y auriez déjà songé, alors je ne proposerai pas de prendre votre place. Pourtant, j'adorerais jouer les Méphisto pour une nuit. Et vous, aimeriez-vous jouer les Ma? Je serais bien curieuse de savoir ce que vous feriez.

Affectueusement,
Votre Ma.

 Ma, ma petite Ma,

Vos propos m'indiquent que je me serais mal exprimé. Comme elle est difficile, votre langue! Ce que j'ai voulu vous dire, c'est qu'étant Moi et non Ma, vous auriez subitement le pouvoir de vous voir telle que vous êtes et que de là, oui, de là, vos yeux ne vous quitteraient plus. Vous croyez que vous porteriez votre regard partout sauf sur vous? Vous faites erreur. Vous croyez que ce regard serait attiré par tout ce que vous ne saisissez pas de ce qui vous entoure? Vous faites erreur. Vous croyez que vous visiteriez l'inconnu, par-delà toutes les épaisseurs qui vous séparent de ce qui est? Vous faites erreur. Je vous le dis, Ma, je vous le dis, vous ne pourriez détourner les yeux de ce qui vous intriguerait au premier chef –de vous! Bien que vous soyez autre, vous êtes vous-même et la question qui vous intrigue le plus est de savoir qui vous êtes. Si vous étiez Moi et non Ma, vous le verriez et ce serait insupportable.

Ne souhaitez pas être Moi. Appréciez être Ma.

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie


Mon adoré,

Vous me dites que je ne dois pas désirer être vous car je ne saurais le supporter, je vous crois sans problème et je chasse vite fait cette tentation absurde. Et puis, alors que j'étais si obéissante, vous me dites que j'aurais le pouvoir de me voir et que cette vue me serait intolérable. Allô l'argument fatal! Ça me donne encore plus envie de vivre l'expérience. Et puis, pensez-vous que si j'étais délivrée de cette carcasse, je resterais bêtement à me fixer dans les yeux, à suivre chacun de mes gestes? Je pense que j'irais voir ailleurs si je n'y suis pas. Surtout que moi serait vous, et que nous aurions tout le temps plus tard de nous raconter ce que nous avons fait avec le corps de l'autre. Non, vraiment, si j'étais vous, je ne m'intéresserais pas à moi. Quel ennui! D'ailleurs, je m'éloignerais le plus possible de la terre et des humains. Sérieusement, n'avez-vous jamais envie de partir?

Imaginez le pire! Parlez-vous de ce que vous feriez si nous échangions nos places?

Votre Ma


Ma...

Vous aimeriez être Moi pour une nuit? Chassez cette idée que vous ne sauriez voir! Vous n'êtes pas prêts, vous, humains, à vivre une telle intensité. Même si ce n'était que pour quelques heures. Vous êtes trop petits, trop fragiles, trop sensibles aussi.

Concevez, Ma, que si la chose était possible vous auriez le pouvoir de vous voir. Vous verriez Ma, vous vous verriez vous-même, et cette vue vous serait intolérable car vous verriez ce que vous ne pouvez voir. Ce regard serait tellement troublant qu'il vous brûlerait les yeux.

Imaginez le pire et dites-vous que ce n'est rien. Vous douleurs actuelles n'en seront que plus douces.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie


Mon grand, très grand Méphisto,

C'est dommage que je donne l'impression de ne pas vouloir être Ma. J'adore être Ma, être moi. Je me le dis chaque jour. J'aime mon lieu de naissance, la texture de mes cheveux, mon sexe, ma taille, mon quotient intellectuel, ma vie tout entière -que j'ai pris soin de réinventer avec minutie lorsque les douleurs insidieuses ont commencé leurs travaux de démolition- tous ces détails dus à ce hasard implacable. Vous voyez, dans toute cette histoire d'échange corporel, jamais je n'ai voulu que la métamorphose soit permanente. Aucune existence ne m'intéresse sérieusement. J'ai mis des années à atteindre ce niveau de confort avec moi-même. Vous avez raison, si j'étais vous, je resterais sûrement planté là à vous surveiller pour être certaine que vous ne fassiez rien de mal avec mon existence, comme tuer toute ma famille et m'envoyer en prison où je deviendrais inévitablement la petite copine d'une terrifiante mama.

Une fois encore, que feriez-vous si vous deveniez Ma?

Votre petite Ma


Ma,

Je constate qu'une fois encore vous ne m'avez pas compris. Si vous étiez Moi, ce ne serait pas en échange que je sois Ma. Jamais je ne le serai. Si vous étiez Moi, ce n'est pas la Ma à qui j'aurais emprunté l'identité que vous regarderiez sans pouvoir détourner votre regard. C'est la Ma que vous êtes, que vous seriez encore, et que vous verriez du haut de votre détachement. C'est cette Ma que vous regarderiez avec effroi, avec inquiétude, et qui vous troublerait profondément, à vous donner envie de vomir. N'insistez pas, Ma. Renoncez à être Moi.

Ce que je ferais si j'étais Ma? Je rirais. Je rirais de me voir si puissant et si impuissant à le reconnaître.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie


Je me regarde déjà avec effroi. Vous parlez de puissance et plutôt que de vous mécomprendre, je vous demande de m'expliquer ce que vous voulez dire par là. Parce que je ne vois aucune puissance en moi ou autour de moi.

Savez-vous que notre galaxie est une merde cosmique cachée dans l'ombre d'un superamas, plutôt merdique lui aussi au regard de l'univers? Et le pire (à mon échelle, parce que réellement ce n'est pas le pire) c'est que parmi les privilégiés qui sont en charge d'un observatoire et qui peuvent ainsi jeter un mini coup d'œil sur l'univers, il se trouve un jésuite débile qui affirme que quelque part dans l'univers il existe une planète habitée par des êtres qui n'ont pas commis le péché originel, également créatures de Dieu. Je ne peux même pas commencer à expliquer à quel point ça me met en rogne que ce type-là ait son oeil de l'autre bord du télescope et pas quelqu'un d'autre. Mais après tout, c'est l'observatoire du Vatican, et ils feront bien dire à l'univers ce qu'ils veulent lui faire dire. Tout ça pour dire que si puissance il y a, en moi ou à proximité de moi, je ne la vois pas, je ne la comprends pas, mais suis extrêmement intéressée par votre avis sur la question, cher Méphisto. Je ne connais personne d'autre de qui j'aimerais mieux entendre l'opinion, n'est-ce pas terrible?

Ma


Ma, incrédule Ma,

Ne voyez-vous pas toute la puissance de la négation? Le bouffon dont vous me parlez en fait usage depuis des siècles, et voyez toute son influence encore aujourd'hui. La possibilité de nier vous octroie des  pouvoirs immenses, Ma, que vous êtes ridicule de ne pas utiliser avec toute la volonté et toute l'intensité dont vous êtes capable.

Voyez ma propre signature! Elle vous guide!

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie.

Mon beau Méphisto,
 
Voudriez-vous vraiment que je fasse usage de ce genre de puissance, celle du bouffon? Mais c'est qu'elle est terriblement moche cette puissance-là et je préfèrerais mille fois être ridicule telle que je le suis plutôt que de passer ma vie à être une conne influente. Je ne comprends pas où vous voulez en venir et je vous demande humblement de m'expliquer.
 
Nier, c'est d'accord, je veux bien tenter l'expérience, mais nier quoi au juste? Je ne peux pas tout nier de A à Z. Je vais rendre mabouls tous ceux avec qui je vis et risque de me faire jeter à la rue. Cela diminuerait passablement mon niveau de confort, ce que je refuse catégoriquement.
 
Très amicalement,
Ma

Toujours Ma,

Votre confort, dites-vous. Votre confort. Nous y voici donc. Vous aurez pris un grand détour pour y arriver. Remarquez que je ne m'en étonne ni ne vous en veux. J'en comprends toutefois que vos «douleurs» sont quelque peu bouffonnes. Vous vendriez votre mère pour vous en libérer, mais encore faudrait-il qu'il soit exclu de la transaction. Article huit, paragraphe trois: «La cédante affirme séance tenante que son confort sera préservé.» Voyez-vous ça. Soyez sérieuse. Comment pouvez-vous croire que vous réussirez à sublimer votre condition si vos dispositions sont inversement proportionnelles à vos aspirations?

Vautrez-vous dans votre confort, Ma. Le jour où vous serez prête à désirer autre chose, je vous donnerai la main.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie

Ma

Mon Méphisto,

Que vous m'avez fait rire!
 
C'est d'accord: quand je serai prête à cracher sur mon confort, quand j'aurai cessé de m'y vautrer, je vous appellerai. D'ici là, je vous embrasse affectueusement et dans un clin d'œil (la vie passe si rapidement), je suis à vous.
 
Merci pour la délicieuse conversation,
Votre Ma
************************Fin de page************************