Mon très cher
Méphistophélès,
Votre royaume est-il plus sexy que le royaume du bien?
Julien
Julien,
Comme j'aimerais pouvoir
répondre à votre question. Comme il me plairait de
m'élancer dans une immense plaidoirie, roucoulante et
délicieuse, comme seul j'en suis capable, devant la plus
bée des assemblées. Vous seriez dans la première
rangée, n'est-ce pas? Seulement voici: votre question ne
m'inspire pas car elle fait référence à une chose
qui n'existe que dans votre imagination. «Le royaume du
bien», dites-vous. Puis-je vous demander de quoi vous parlez? De
royaume je ne connais que le mien et du bien je ne connais que son
contraire. Comment voulez-vous, de là, que je porte le moindre
sérieux à votre interrogation?
Se pourrait-il, monsieur, que
ce soit à vous-même que vous posiez cette question? Se
pourrait-il que le simple fait de penser qu'il y ait un monde autre que
celui que vous connaissez vous incite à vous interroger sur la
profondeur de vos expériences présentes, aussi
«sexy» soient-elles? Si tel est le cas, n'interrogez pas le
Maître des Ténèbres. Interrogez plutôt votre
âme. Demandez-lui combien de temps encore elle fermera vos yeux
pour mieux vous aveugler.
Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie
