Sous le charme
       

       
         
         

La rédactrice

      Par ennui, en ce dimanche, je rebondissais de site en site, cherchant un signe. Je suis en plein chaos et j'espérais trouver l'inspiration synchronistique qui me chavirerait. La lecture de vos échanges avec votre interlocuteur Seb, que je ne connais pas, m'a amusée.

Le diabolisme dont on pourrait s'attendre d'un personnage qui se pare d'un patronyme aussi glorieux que celui de Méphistophélès ne se reflète pas dans vos écrits... vous cherchez à vous en parer, pourquoi donc? De l'aura de ce personnage, je ne vous concède que l'orgueil. Car, plus que de se croire Dieu, n'est-il pas de la plus haute prétention que de s'arroger le titre de maître des ténèbres?

Je vous ai lu attentivement. Vous n'avez rien de démoniaque. Luci-dité / Luci-fer... Je ne vois rien là qui fasse l'équation.

J'ignore d'où vous êtes sur cette planète, j'ignore même si vous êtes mâle ou femelle (quoi que telle arrogance dans l'identification me porte à vous croire mâle). Mais l'importance n'est pas là. Votre plume m'a séduite. C'est tout. Votre conscience, meilleure que ce que vous avez cru refléter, m'a fait sourire.

Daigneriez-vous m'accorder, par voie de courriel, un peu de votre temps? Ne serait-ce qu'une fois pour au moins me confirmer que vous êtes plus universellement bon que démoniaque par simple provocation. Je ne cherche pas l'affrontement. Je lance une bouteille à la mer. Qu'elle me revienne des Enfers ou d'un ailleurs tout aussi intriguant, qu'importe!

Quel patronyme puis-je m'inventer qui ne soit que pour vous?
Que suggérez-vous?

Pour l'instant, je signe le plus vrai et le plus simple...

MOI...
         
         

Méphistophélès

      Chère enfant,

Permettez-moi cette interpellation que vous jugerez trop paternaliste, mais ne suis-je pas en quelque sorte votre père spirituel? Avec la perspicacité de votre propos, j'ose croire que vous n'êtes pas dupe de l'image que vos semblables se plaisent à m'affubler avec autant de certitude.

Vous préféreriez me voir écumant de rage? Apeuré, recroquevillé devant l'immensité  de la pureté divine? Vous aimeriez me voir haineux? Bouc aux doigts crochus, sexe gigantesque en perpétuelle érection et odeurs de soufre jusque dans l'intimité de votre couche? Je le peux, si c'est ainsi que vous me percevez. Je peux être tout ce que vous désirez. Vulgaire? Grossier? Obscène? Exigez et je me ferais un plaisir de vous satisfaire moyennant compensation.

Vous aimeriez que je vous incite au meurtre? Au suicide? À la prostitution pour la plus grande gloire du mal? Que je vous fasse mienne? Mon sang coulant dans vos veines? Vous cherchez une belle histoire où le frisson est gage du bonheur.

L'humain est prisonnier de l'image dont il se dote et de celle dont il voudrait voir les autres se doter. Seb en constitue un exemple parmi des milliers d'autres. De l'avoir déçue, de vous avoir interpellée est déjà pour ma part, une victoire sur tout ce que l'humanité se targue de vous offrir: l'éphémère et le mensonge.

Ce que je suggère, me demandez-vous? Peut-être simplement de vous étonner dans ce que je suis en mesure de vous offrir. Qui sait, le signe tant espéré.

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie
         
         

La rédactrice

      Quelle belle façon d'ouvrir le dialogue ou la boîte de Pandore... Qui sait? Peut-être suis-je cette femme qui libéra le Mal... Qui, de vous ou de moi, fera sortir de l'autre ce qu'il a de plus secrètement sombre?

Quoique je l'avoue, je préfère vous laisser mener le jeu. Je reste séduite par votre plume et vos propos... et j'en suis fort aise.

Que vous m'appeliez votre enfant... alors que vous me soumettez ensuite l'image possible d'un sexe brandi, a quelque chose d'incestueux qui ne m'est pas désagréable. L'interdit n'a-t-il pas un goût plus invitant que celui des jeux conventionnels?

Mais là où vous me fascinez le plus, c'est lorsque vous imposez si savamment, à mon imagination enflammée, des images délicieusement enivrantes et je vous cite: Que je vous fasse mienne? Mon sang coulant dans vos veines?

Votre courrier se termine alors que vous me proposez de m'étonner...

Je vous en prie, étonnez-moi Méphisto et peut-être qu'un jour vous ne nierez plus, au moins, que vous êtes capable d'un amour plus grand que vous!

Je me baptise pour vous uniquement, de l'eau ou du sang, c'est comme il vous plaira de l'entendre, du nom de Pandore.

Pandore, donc!