Sans l'usurpateur
       
       
         
         

luna_802@hotmail.com

      Ô grand Méphisto,

Je me demandais ce que vous seriez sans l'Usurpateur. Il représente le Bien, et Vous le Mal. Mais le Mal existerait-il sans le Bien? Et vice-versa? Vous devriez être heureux qu'Il existe.

C'est aux hommes de choisir entre vous deux, s'ils choisissent l'Usurpateur, soyez heureux d'éviter la bêtise des hommes, et s'ils Vous choisissent, soyez heureux que tous les hommes ne soient pas aussi imbéciles.

Votre fervente admiratrice,

Marie
         
         

Méphistophélès

      Ma très chère Marie,

Je dénote dans votre lettre des propos fort pertinents dont je salue la justesse. Cela dit et sans vouloir vous offenser inutilement, je pense que votre raisonnement est quelque peu faussé. Je soupçonne une mauvaise interprétation de la réalité qui est la vôtre, mais c'est sans importance. Je vous suggère plutôt de vous interroger sur ce que vous feriez sans moi plutôt que moi sans lui; moi qui s'acharne inlassablement à vous prévenir de l'imposture dont vous faites l'objet.

L'Usurpateur n'est qu'un fantoche, une espèce de pantin solitaire et désarticulé dont l'essence achève de se diluer lentement dans l'insignifiance de ses principes. Observez bien son discours de pleutre, il vous flatte! Vous encense! Vous vénère! Il jure qu'il vous a créés à son image et à sa ressemblance et combien d'autres mensonges aussi enfantins que grossiers? Allons! Soyez sérieux! Comment un Dieu d'amour, un être suprême et infiniment parfait pourrait privilégier une race telle que la vôtre? Donnez-moi une raison qui résiste à votre fantastique prétention d'expliquer l'inexplicable à partir de la profondeur de votre propre nombril.

Pis encore, comment oser avancer de telles inepties et comment y croire avec une telle suffisance? Des affirmations dignes de vos politiciens les plus véreux prêts à vendre le premier venu pour l'obtention du moindre des pouvoirs. Vous êtes bien les seules créatures de l'univers à croire avec autant de naïveté ce qu'il se targue de vous faire croire.

Alors cessez de vous soucier aussi gentiment des mes états d'âmes et préoccupez-vous plutôt de sauver ce qui peut l'être encore avec ce qui vous reste de dignité. Après deux mille ans de monothéisme stérile, il serait peut-être temps de vous poser certaines questions et d'agir en conséquence.

Par ailleurs, je vous informe qu'il vous reste fort peu de temps.

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie