Dialogue avec la rédaction |
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| Clarification Monsieur l'Éditeur, À cette étape de nos relations, je crois le moment venu de vous proposer quelques remarques et questions visant à assurer la bonne marche de notre collaboration qui, avouons-le sans ambages, est hors du commun. Depuis que vous m'avez invoqué et je n'insiste pas sur la méthode alors utilisée, vous m'avez demandé humblement de m'abaisser afin de m'entretenir avec vos pairs. Démarche assez amusante d'ailleurs, quoique inhabituelle dans les circonstances puisque, comme vous le savez, je suis en contact continuel avec eux. Votre audace m'a amusé, j'avoue modestement cette faiblesse bien humaine et c'est sans doute pour cette raison que j'ai accepté votre invitation. Jusqu'à présent, j'ai reçu fort peu d'interventions dont une assez navrante et peu digne de mon titre de Seigneur des Ténèbres mais passons, cela est sans intérêt. Je conçois amplement qu'on éprouve effroi et crainte à me côtoyer directement, sans intermédiaire si je puis m'exprimer ainsi, mais là n'est pas l'objet de ma missive. Votre race est composée de pleutres fanfarons qui se targuent de conquérir l'univers, mais s'écrasent tels des chiens léchants devant la puissance de leur maître. De cet état, je n'y peux rien sinon vous mépriser et parfois vous plaindre. Pour être sincère, cher Monsieur Dumontais, je m'interroge sur votre attitude à mon endroit. En effet, d'une voix fort convaincante, vous m'avez supplié et je ne dis pas à genoux car cela ferait faussement prétentieux, vous m'avez incité à me joindre à votre groupe de ressuscités. Vous m'avez alors garanti fièrement une liberté de parole entière et complète en vantant les mérites de ce médium qui vous semble si cher, n'ai-je pas raison? Pourtant, dès ma première missive, vous m'avez menacé directement par une malencontreuse intervention dans le Diaforum. Étrange, cela je le constate et pas très sérieux, j'ose encore le croire. Clarifions maintenant certains points pour moi essentiels. Vous aimez user à votre guise du titre de Monsieur. Sachez que si cela vous va fort bien, il ne me sied pas du tout de l'ouïr à mon endroit; il ne correspond ni à mon souhait ni à mon rang. Je vous saurais gré de ne plus l'utiliser lorsque vous aurez à nouveau le privilège de vous adresser à moi. Je m'étonne également de cette attitude, disons-le sans vouloir vous froisser, subtilement supérieure. À vouloir ainsi ramener de l'enfer des 'mes perdues et rassembler de vieux os jaunis qui n'intéressent même pas les fossoyeurs, je vous soupçonne de dissimuler une intention secrète et bien précise, un dessein pervers qui ne correspond nullement aux prérogatives qui vous incombent. En termes clairs et en toute amitié, je me méfie et vous tiens gentiment à l'Fil. Mais de gr'ce, ne concevez surtout pas cette courte lettre comme une menace directe à votre rôle premier d'éditeur de Dialogue, mais plutôt une aimable invitation à clarifier votre esprit sur tout cela. Méphistophélès, L'esprit qui toujours nie |
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| Cher Seigneur des Ténèbres, Je ne vous savais pas si singulièrement attaché au corpus de la langue protocolaire. Si cela peut vous faire plaisir, je vous interpellerai dorénavant avec les mots que vous souhaitez lire. Mais assurez-moi d'une chose, Monseigneur. C'est que derrière cette demande - pour ne pas dire ce caprice - ne se cache pas le désir de trouver un prétexte pour faire marche arrière et tourner le dos à nos lecteurs. Vous êtes grand et fort, nul ne saurait le nier, mais sans doute avez-vous aussi des peurs, des craintes. Des craintes presque humaines... Personne ne vous le reprocherait, croyez-moi! Ces intentions obscures que vous me prêtez sans réussir à les formuler, comme si vous n'arriviez pas à les définir, comme si vous aviez peur de quelque chose, retirez-les de votre tête! Je suis un éditeur qui édite, simplement! Détendez-vous! Je n'ai nullement l'intention de vous piéger! Et si mes propos vous paraissent hautains, si vous y trouvez une attitude subtilement supérieure, demandez-vous si ce n'est pas simplement par agacement, ce petit agacement que vous devez bien sentir du fait de ne pas être totalement maître de ces lieux où vous figurez parmi les autres, et non au-dessus d'eux. Ceci dit, soyez assuré, Maître Suprême, que je ne vous refuserai pas l'emploi de tous les titres qui vous feront plaisir. Et ce de façon tout à fait respectueuse. Votre serviteur, Sinclair Dumontais |
| La boîte à voyager
dans le chaos Monseigneur, Je m'apprête à appuyer sur le petit bouton d'envoi qui aura pour effet d'acheminer mes propos à l'une de vos soi-disant journalistes. Avant d'appuyer sur la gâchette, et pour vous prouver mon estime, il me plaît de vous informer que votre boîte à voyager dans le chaos fera probablement un clonage de ma lettre pour la semer un peu partout et surtout là où vous-même vous y attendez le moins. Je vous dis ceci car sans doute aurez-vous la tentation de m'en attribuer la responsabilité. Ce qui serait par trop facile. Avant que de conclure, je vous inviterai à regarder un peu du côté de vos disciples. Il se pourrait que déjà certains s'apprêtent à défroquer, faisant ainsi leurs premiers pas vers la conscience. Je les accueillerai bien sûr à bras ouverts. Vous ayant prévenu, vous ne pourrez m'accuser de ne pas respecter les règles les plus élémentaires du respect et de la considération. Voilà donc ce que je souhaitais vous dire. Du moins pour l'instant. Votre serviteur, Méphistophélès L'esprit qui toujours nie |
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Gare à Garance... Cher Seigneur-Éditeur,
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| Monseigneur, Vous me voyez parfaitement disposé à avouer mon impuissance à contrôler les agissements de tous et chacun de mes collaborateurs. Ce monde dont vous vous moquez tant prouve une fois encore sa maladresse et sa fragilité. Ce qui d'ailleurs est tout à votre avantage puisque chaque jour vous en tirez votre nourriture. Je tiens toutefois à vous convaincre que je ne suis pas de connivence avec l'auteure de cette affaire. Les règles établies au sein de notre publication ont été transgressées sans mon consentement, ni d'ailleurs celui de notre rédacteur en chef, monsieur Pibroch, ou de notre éditeur-adjoint, monsieur Delapravda. Je considère l'incident plus malheureux que grave. Et voyez mon honnêteté: je vous l'avoue, presque froidement, plutôt que de tenter quelque explication que ce soit. Vous me demandez de poser un geste pour vous prouver que je ne suis pas indifférent à ce qui s'est produit, que je prends la chose avec sérieux. C'est chose faite. Notre journaliste a été avisée de procéder suivant les normes. Déjà elle s'y applique: les questions de l'entrevue qu'elle souhaite mener avec vous, c'est à moi qu'elle les remet pour que je vous les transmette. Je voudrais par contre que vous acceptiez de considérer cet incident comme étant indépendant de sa compétence professionnelle. Car la maladresse dont nous parlons ici est d'ordre éthique et ne concerne pas la qualité de son travail. Si nous n'approuvons pas ses méthodes, nous saluons son acharnement et sa volonté de réaliser une entrevue qui soit à la hauteur de votre prestige. Je vous offre à la fois mes excuses et mes regrets. Et je pose un geste, ce que vous me demandiez. À vous maintenant de poser le geste d'oublier cette affaire et de considérer que notre respect mutuel ne s'en trouve pas entaché. Respectueusement, Sinclair Dumontais |