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Une âme
écrit à
Méphistophélès
Méphistophélès


Que penses-tu de la société actuelle?


    Je t'envoie le même message que j'ai envoyé à ton confrère Satan qui n'a pas été, ma foi, d'une brillante subtilité dans ses réponses, j'espère que tu seras meilleur dans tes arguments...

Tu ne trouves pas que les hommes d'aujourd'hui sont de vraies gonzesses? Ils sont friands d'esthétisme à volonté, à défaut d'aventures et de conquêtes, ils se font tous beaux ou plutôt toutes belles pour aller danser. Ils sont les soumis d'aujourd'hui, dès qu'ils rentrent le soir et que leurs femmes les attendent ou plutôt, devrais-je dire, leurs bourreaux ou leurs maîtresses; eux, larves qu'ils sont, enlèvent leurs chaussures pour ne pas salir le parquet et filent dans la salle de bains pour être propres et soyeux à l'instar d'un bébé qui a la peau douce. Tout ça pour espérer avoir une fellation avant de s'endormir, c'est quand même triste.

J'ai une question à te poser! Où sont les vrais hommes? Comment expliques-tu ce changement radical? En es-tu satisfait? Était-ce ton dessein? Ce monde aseptisé où les seules préoccupations des gens sont d'acheter les derniers produits cosmétiques, s'enfermer dans leurs salles de bains tout propres pour s'épiler les trois poils qu'ils ont, hommes et femmes confondus, il n'y a plus aucune différenciation, cet équilibre subtil entre l'homme et la femme, cette union féconde. Il n'y a plus que des femmes entre elles. Bien évidemment, je parle du modèle social occidental. C'est aberrant... cet appauvrissement de l'âme, où est la passion, où est la vie? Le plaisir de se salir dans un acte sexuel intense, ce laisser-aller des sens. Tout n'est que norme sociale, conformité. Pour trouver une cochonne, crois-moi, c'est dur mon ami. Plus personne ne croit en dieu ni en toi, ils avaient une âme pour te la vendre en ce temps-là, les gens. Tu ne peux pas intervenir? Je m'ennuie avec tous ces moutons.

Bien à toi Mephisto, de la part d'un être qui aime l'humanité tout comme toi et qui la voit ainsi si pauvre.



Mouton parmi les moutons,


Au nom de qui, au nom de quoi prétends-tu être différent, différente? Vivrais-tu en marge de ce modèle social occidental que tu décris avec tant de dégoût? Où est ton partenaire, où est ta partenaire, quand donc vous êtes-vous donnés rendez-vous au sommet d’un précipice pour goûter l’extase dont tu parles du bout des lèvres, du bout des fesses?

Tu veux que j’intervienne? Quelle hypocrisie! Ce spectacle de la déchéance te plaît tout autant qu’à moi. Pourquoi t’en priverais-je, ô contemplateur?

Va, va, et pour ce qui est de vos âmes, ainsi que de la tienne, aies l’honnêteté de reconnaître qu’elles sont encore bien présentes dans vos corps rampants et suffoquants. Chaque jour elles vous guident dans les sentiers douteux de vos prétentions, chaque jour elles servent vos consciences.

Méphistophélès
L’esprit qui toujours nie



Oui, je suis en marge de cette société décadente dans laquelle je m'ennuie profondément, où les gens sont tous robotisés ou plus personne ne pense par lui-même, où les médias ont pu assoir leurs dictatures. Je préfère nettement l'ancien modèle même s'il était certes un peu trivial, les règles premières de vie étaient respectées...

Il y avait une certaine cohérence humaine. Maintenant tout est confondu; les hommes, les femmes. Les hommes n'ont plus de parole, ils n'ont plus d'honneur, ils n'ont plus de force et de virilité. Le féminisme est roi, plus de place pour l'animosité, la fougue, la passion, la violence, tout ce qui faisait des hommes des hommes.

Je suis un homme au cas où tu ne l'aurais pas remarqué... Et je regrette le temps que mon père me décrivait. Les femmes exigent, les femmes décident à l'heure actuelle et les hommes se soumettent. Jusqu'où cette inversion des genres va aller? N'est-ce que le début? Est-ce la fin? Je te le demande...


Pauvre mortel,

Tu appartiens donc à la secte de la nostalgie et du romantisme? Tu voudrais retourner à cette époque où l’Adam et l’Ève imploraient les cieux pour qu’ils soient d’un bleu immaculé?
Tu crois vraiment que les rivières étaient douces et pures et qu’un radeau pouvait y descendre jusqu’à la source de ce que vous appelez le bonheur? Ne serais-tu pas l’un de ces
nombreux adeptes du paradis sur Terre, aussi? Celui où la dolce vita est associée à la violence de l’Adam sur l’Ève?


Je n’ai pas de très bonnes nouvelles pour toi, fils aveugle de père vierge. Ce que tu me décris n’est autre que la fin du début. Le grand dérèglement ne fait que commencer. Bientôt
tu ne sauras plus qui est homme et qui est femme. L’Adam et l’Ève seront deux identiques courant l’un et l’autre en ma direction en fuyant comme la peste la grande illusion dans
laquelle ils se seront à la fois égarés, abimés et gaspillés.


Heureusement il n’est pas trop tard. Il n’est jamais trop tard. Tu peux encore ouvrir les yeux et apprécier le grand mouvement qui s’élance vers mon royaume plutôt que de pleurer
sur la tombe des bien-pensants. Il n’est jamais trop tard.


Méphistophélès
L’esprit qui toujours nie


J'èspère que tu ironises? Je te fais l'effet d'un être qui désire la paix sur terre... ne soit pas stupide... C'est tout le contraire, j'aimerais que les hommes reprennent leurs places dans la société, qu'ils ne se laissent plus écraser par des femmes qui n'en sont plus d'ailleurs.

J'aimerais que les hommes soient fiers d'avoir des poils, d'avoir des muscles, et que les femmes arrêtent d'asseoir leur autorité perverse et de vouloir soumettre les hommes à leur bon vouloir, de vouloir les féminiser... Pourquoi les hommes se laissent-ils faire de la sorte? Ne sommes-nous plus qu'une minorité à penser comme moi? Nous ne sommes qu'une génération d'hommes élevés par des femmes. Là est le grand problème...

En cinquante ans de vie, tout a changé. Les choses sont allées très vite. Les hommes rechignent à la première tâche physique, leurs bras ne leurs servent qu'à tenir un rasoir électrique.

Que deviendront les types comme moi dans quelques années, peux-tu me le dire? Les hommes virils... où sera leur place?


Mouton parmi les moutons,

Au nom de qui, au nom de quoi prétends-tu être différent, différente? Vivrais-tu en marge de ce modèle social occidental que tu décris avec tant de dégoût? Où est ton partenaire, où est ta partenaire, quand donc vous êtes-vous donnés rendez-vous au sommet d’un précipice pour goûter l’extase dont tu parles du bout des lèvres, du bout des fesses?

Tu veux que j’intervienne? Quelle hypocrisie! Ce spectacle de la déchéance te plaît tout autant qu’à moi. Pourquoi t’en priverais-je, ô contemplateur?

Va, va, et pour ce qui est de vos âmes, ainsi que de la tienne, aies l’honnêteté de reconnaître qu’elles sont encore bien présentes dans vos corps rampants et suffoquants. Chaque jour elles vous guident dans les sentiers douteux de vos prétentions, chaque jour elles servent vos consciences.

Méphistophélès
L’esprit qui toujours nie


Arrête tes beaux discours féministes et reconnais que les femmes d'aujourd'hui sont pires dans la connerie que les mecs d'il y a 50 ans, même si les hommes étaient assez primaires.

Avant, il y avait un certain ordre qui était respecté, une cohérence qu'il n'y a plus dans les genres et les sexes et c'est cette cohérence qui rendait l'union féconde entre un homme et une femme.

Maintenant, cet ordre est complètement renversé, en 50 ans de vie seulement, la vie a changé ce principe ancestral de plusieurs milliers d'années. Les femmes n'acceptent plus leur féminité et les hommes n'acceptent plus leur masculinité.

Tu sais pertinemment que j'ai raison. Reconnais-le. Après, sur la domination des femmes sur les hommes au sens que tu l'entends, je suis pleinement d'accord. Les femmes ont toujours eu un pouvoir sur nous et sans elles, nous n'aurions sûrement rien accompli.


Cher quinquagénaire,

Qui t’empêche de te ridiculiser de la façon précise dont tu le souhaites devant ces femmes que tu te plais à mépriser? Cultive tes muscles si ça te chante mais sache que la supériorité à laquelle tu aspires n’est qu’illusion. De tous temps, ce sont les femmes qui ont dominé les hommes. La virilité dont tu parles n’a toujours été que l’expression de votre impossibilité nue d’accéder à une vérité autrement plus vivifiante et confortable.

Que deviendront les types comme toi? Rien. Ils ne deviendront rien. Ils n’ont pas le pouvoir de devenir.

Méphistophélès
L’esprit qui toujours nie
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