Propagande et contre propagande |
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| Seigneur Méphistophélès, Nous autres humains sommes les spectateurs captifs depuis des millénaires d'une guerre de l'information que semblent se livrer les Puissances. Oracles, Prophètes, Révélations, Visions, tous ces moyens furent et sont encore employés pour nous influencer. Ici même, votre Présence, ainsi que celles d'Autres qu'il ne serait point courtois de nommer dans cette correspondance, sont de nouvelles preuves de cette volonté de rattacher, à un camp ou à un autre. Sommes-nous donc si importants? Qu'avons-nous donc que des Êtres qui se prétendent si supérieurs à nous puissent désirer au point de passer des millénaires à tenter de nous convaincre? Ou ne sommes-nous pour Vous et les Autres qu'une distraction, une manière de comptabiliser les points dans un Jeu dont nous ne pouvons percevoir l'existence? Respectueusement, Jacques-Yves Bonavita |
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| Cher Monsieur, Votre question est étonnante de la part d'un représentant d'une race davantage préoccupée par les frontières délimitant les contours de son nombril plutôt que par l'obscurité de ses origines. Voyez-vous, l'humanité est incapable de comprendre la complexité des relations qui nous rapprochent et préfère concentrer ses efforts sur une explication matérialiste de l'univers. Cette philosophie, pompeusement appelée «des Lumières», possède le triste avantage de vous placer à l'avant-plan de tout ce qui est matériel et immatériel, en vous laissant, en apparence, les seuls juges de votre grandiose destinée. Bien entendu et comment peut-il en être autrement, vous êtes maintenant englué dans un processus réducteur de la compréhension de votre univers. Cette vision primitive de la réalité vous entraîne dans une course à la quête d'un pouvoir démesuré de l'absolu. Depuis toujours, vous ne cherchez qu'à dérober le secret de ce qui ne vous est pas destiné car, ne nous cachons rien, tous vos efforts de domination visent un but unique: la conquête de votre éternité matérielle. Vous souffrez de la putridité de votre corps et vous êtes possédés par l'obsession d'obtenir l'éternelle jeunesse par n'importe quels moyens. J'en sais quelque chose de ces demandes farfelues en échange d'un esprit dénaturé. Après avoir échoué à moult reprises auprès de Dieux innombrables en les flattant hypocritement et en vous compromettant bassement, vous trinquez maintenant allègrement avec ce que vous appelez la «Science». Croyant que ce nouveau Dieu vous offrira enfin ses charmes à bon prix, vous lui sacrifiez sur l'hôtel du pouvoir, le bien qui vous soit le plus précieux, votre planète agonisante. Vous en êtes donc arrivé à détruire tout ce qui vous entoure pour la possession d'une chimère. Quête folle et absurde qui vous aveugle et impose la négation de toutes autres manifestations échappant à votre logique dite moderne. En fait, c'est justement cette prétention de votre part et l'art que vous déployez à l'entretenir qui est, ma foi, assez amusant à observer et à perturber selon mon plaisir et mes intérêts. Je constate que depuis votre apparition sur cette pauvre planète vous déployez énormément «d'ingéniosité» en ce sens, soit à convaincre les Divinités en construisant temples et cathédrales soit en cherchant à les surpasser en trafiquant votre propre image. Ne comptez donc pas sur ma bonté pour vous servir de guide et vous tenir la main maintenant que vous avez probablement atteint le point de non-retour. Dommage, votre minuscule habitacle n'était pas si mal, après tout. Quant à mes propres affaires, à la place et à l'importance tenue par les mortels dans leur déroulement, je comprends votre curiosité, mais vous vous doutez bien qu'y donner une réponse précise risquerait fort de perturber le déroulement appréhendé de la suite des événements. Je comprends également qu'il peut être difficile pour les mortels de saisir dans sa globalité des enjeux qui virevoltent au-dessus d'eux depuis la nuit des temps. Toutefois, comprendre et accepter que vous existiez en fonction d'intérêts supérieurs devrait amplement vous suffire. Après tout, n'avez-vous pas décrété depuis longtemps que l'Usurpateur constitue votre unique créateur et qu'il est à votre image? Alors que vous dire de plus, sinon de subir les conséquences de vos choix. Je suis très conscient de vous décevoir en vous répondant ainsi, mais peut-être aurons-nous l'occasion de nous connaître plus intimement ce qui me donnera l'occasion de vous instruire davantage sur ces questions importantes. Vous êtes, cela se devine aisément, un mortel intelligent et épanoui en mesure de saisir l'importance des grands principes qui sont en cause. Je serais heureux de vous accueillir en mon modeste royaume. Méphistophélès, L'esprit qui toujours nie |
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| Cher Seigneur, Laissez-moi d'abord vous remercier de votre réponse, ainsi que de votre courtoisie envers cet humble mortel. Je serais ravi de visiter un jour votre domaine, quoique je n'y envisage pas un très long séjour. Les conditions climatiques y sont dit-on... infernales. Vous nous accusez dans ladite réponse de: «avoir échoué à moult reprises auprès de Dieux innombrables en les flattant hypocritement et en vous compromettant bassement». Certes l'humanité a vénéré de nombreuses divinités, du simple esprit d'un arbre aux complexes et contradictoires divinités monothéistes. Néanmoins, si nous les avons flattées et nous sommes compromis, c'est à leur demande, et non de notre propre initiative. La plupart des divinités de l'humanité semblent en effet avoir les manières et la mentalité d'un enfant de 5 ans (et mal élevé encore): elles sont exclusives, jalouses, vindicatives, capricieuses, elles boudent ou se mettent en colère quant elles n'obtiennent pas ce qu'elles désirent et demandent des preuves d'affection de manière puérile («sacrifie-moi ton premier-né».... «non ne le fais pas, c'était juste pour voir si tu en étais capable»... ridicule), bref, de vrais gamins agités et malpolis. Et ce n'est pas parce qu'elles lancent des éclairs ou envoient leurs peuples en esclavage quand elles sont contrariées, au lieu de pleurer ou de casser leurs jouets, que cela les rend fondamentalement plus admirables. Alors ne pensez-vous pas, Seigneur, que si nous flattons et adorons les Dieux c'est à leur demande, et non pas de notre propre initiative? Respectueusement, Jacques-Yves Bonavita |
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| Cher Monsieur, Les portes de mon royaume vous sont grandes ouvertes et je me ferai un plaisir de vous recevoir avec la simplicité et la courtoisie qui sont de mise en ma demeure. Sachez que dans quelques décennies les conditions climatiques y deviendront beaucoup plus agréables que sur votre pauvre planète. Avec regret, je constate que votre petit «paradis terrestre» ressemble de plus en plus à une sorte de gigantesque dépotoir où fermentent les aléas de votre destin. Je préfère encore l'odeur du soufre à celles de vos recettes chimiques que vous voudriez magiques. Je m'arrête, car je sens que vous allez me traiter de vert alors que le noir me sied davantage. Permettez-moi de ne pas être tout à fait en accord avec votre jugement assez cavalier sur la pléiade divine. Certes! Je l'admets, les Dieux s'amusent et parfois s'abaissent à faire le jeu des humains, mais c'est bien aux supplications de ces derniers qu'ils s'exécutent afin de répondre à leurs phantasmes les plus secrets. Les mortels peuvent difficilement concevoir que l'on soit supérieur à eux, alors ils représentent les Dieux à leur image et cherchent à les utiliser selon leurs intérêts et non l'inverse. Je vous pardonne volontiers votre impair puisqu'il s'agit d'une perception profondément inscrite dans votre inconscient selon laquelle vous seriez tous de pauvres victimes constamment obligées de lutter, de tromper, de tuer et de travailler pour survivre. Vous adresser sincèrement aux Dieux n'est absolument pas dans votre nature et vous ne l'avez jamais fait. C'est plutôt l'hypocrisie qui vous anime, la soif de domination et de pouvoir qui vous guide et votre but demeure la conquête de l'univers et de son éternité. Vos relations avec les divinités en sont toujours restées à ce stade, ma foi, assez primaire. D'ailleurs, toutes ces divinités, petites et grandes, vous les expédiez au rebut dès qu'elles ne vous sont plus utiles; dès qu'une nouvelle s'amène et se distingue à vos yeux éblouis par une révélation soudaine et la promesse d'un vil espoir. Pourtant elles sont toujours présentes à vous observer, à se jouer de vos émotions et à vous influencer et cela même si vous les ignorez et les niez. Admettez donc que les mortels n'accepteront jamais un Dieu autre que celui de la vision de ce qu'ils se font d'eux-mêmes. C'est pour cette raison que les humains me détestent tant et me craignent tout en étant incapables de me chasser de leurs pensées les plus intimes, car je suis le seul à les montrer tels qu'ils sont vraiment. Voyez comme les Dieux déchus sont devenus encombrants et par crainte du ridicule les mortels s'acharnent à les effacer de leur mémoire. Qui se souvient de toutes ces merveilleuses idoles païennes et la multitude de petits esprits les accompagnant tout au cours de leur vie? Personne! Ce sont devenus des contes, des légendes que seuls les initiés connaissent et apprécient à leur juste valeur. Votre divinité est maintenant unique, ultime, aseptisée, diluée, floue et inutile. Votre Dieu n'est même plus une entité en tant que telle, mais une «Idée»! Allons donc! Laissez-moi rire! Vous connaissez très bien, aussi divine soit-elle, la durée de vie d'une idée. En vérité, en vérité, je vous le dis, inévitablement, vous en viendrez à moi... Méphistophélès, L'esprit qui toujours nie |