Looser |
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| Mais dis-donc Luci ma Biche, Dieu est
nettement plus populaire que toi! On n'a qu'à compter le nombre de courriels
que vous avez reçus tous les deux pour s'en rendre compte. Je pense que ton
rôle est plus celui d'un entertainer qu'autre chose et que les humains adorent
te tirer par la queue en se disant: «Oh comme il est méchant le petit
Lucifer...» En fait je crois que notre plus grande satisfaction serait d'arriver à trouver un moyen de te tromper sans y perdre notre âme, de se tirer avec l'oseille en somme. Anyway, mon âme n'est ni à vendre ni à louer. |
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| Mademoiselle, ou Madame, ou peut-être
même Monsieur, Vous n'avez pas daigné signer votre lettre et j'avoue ne pas m'en étonner. Ce geste n'aurait en somme qu'ajouté à votre peur du ridicule. Avec votre permission, et pour rendre cet échange un peu plus intime, je vous appellerai Anyway. Ce nom vous sied à merveille vu la teneur on ne peut plus fragile de vos propos. Anyway, votre remarque sur la popularité de Dieu trahit tout le malaise que vous ressentez. Je vous sens tremblant d'angoisse, profondément déçu, désemparé, voire même honteux de devoir admettre devant moi, de façon aussi explicite, à quel point vos semblables se sentent faibles et déroutés. Pour écrire à Dieu et lui demander conseil, avouez qu'il faut avoir épuisé toutes les ressources disponibles, même les plus farfelues. Sans doute faut-il même avoir épuisé ses réserves d'orgueil, sa volonté de faire, et jusqu'à sa capacité de rire. Il faut que la race humaine soit bien démunie pour penser pouvoir s'accomplir en écrivant des mots au responsable même de ses maux. Oui, Anyway, je suis moins populaire que Dieu. Et vous devriez en être fier, vous qui m'écrivez plutôt qu'à Dieu. Vous qui avancez le pas et qui sortez du troupeau. Vous voudriez par ailleurs me tromper, partir «avec l'oseille»? Rien de plus normal. De tous temps, vous, mortels, vous avez cherché à vous procurer l'oseille sans en payer le prix. Sans jamais vous demander si ce ne serait pas justement là votre erreur. Votre double erreur. Celle de partir avec l'oseille, et celle de la dérober. Comme si l'oseille allait vous libérer de votre triste destinée. Comment se fait-il que vous vous obstiniez encore à considérer l'oseille comme étant aussi divine que ce Dieu à qui vous demandez inlassablement d'exaucer vos souhaits? Anyway, si votre âme n'est «ni à vendre ni à louer», expliquez-moi je vous prie comment vous vous y prendrez pour partir avec l'oseille. Car l'oseille, voyez-vous, vous ne savez plus l'acquérir autrement qu'en vendant et en louant tantôt votre corps, tantôt votre âme. Votre corps lorsque vous croyez en Dieu, votre âme lorsque fatigués d'en attendre quelque chose vous frappez enfin à ma porte. Je n'achèterai ni votre corps ni votre âme. C'est vous qui me les vendrez. Le temps venu. Méphistophélès, L'esprit qui toujours nie |