Les femmes
       
       
         
         

un.homme.sincere@caramail.com

      J'ai lu plusieurs interventions et me suis demandé: pourquoi êtes-vous l'avatar qui reçoit le plus de courrier féminin? Est-ce à dire que les femmes sont plus attirées par le mal que par les mâles? Chez les musulmans, on dit que: «s'il y a 100 démons dans la tête d'un homme, il y en 10,000 dans celle d'une femme».

Confirmez-vous?
         
         

Méphistophélès

      Monsieur,

La notion de «bien» tel que le conçoit votre pouvoir mâle démesuré n'est certes pas une affaire de femmes. La manière dont elles furent traitées au cours des millénaires où certains de vos représentants allèrent jusqu'à contester leur nature humaine n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Exemple dont, je ne doute point, vous jugerez certainement démoniaquement exagéré. Pourtant, cette simple raison serait déjà amplement suffisante à ce qu'elles se jettent allègrement dans mes bras libérateurs.

Vous les avez exclues de vos églises, ces temples de l'amour, de la justice et du bien en les contraignant au rôle de servante, de putain et, bien sûr, de ces mères que vous auriez tellement désirées vierges. Les prêtres, les rois, les marchands, les financiers les modèlent à leur image afin qu'elles servent les ambitions de Seigneurs avides de plaisir, de richesse et de puissance. Ai-je besoin de poursuivre et d'expliquer une fois encore cette bêtise typiquement humaine à vouloir s'ériger en maître absolu de l'univers? Prétention absolue qui les amène à asservir leurs propres enfants au nom d'une quête démesurée?

Je trouve même assez surprenant que ce despotisme se maintienne encore avec autant de dédain et de muflerie, mais, je vous le concède tout de même, avec davantage de subtilité et de nuance que jadis. Cette admirable capacité à tuer toute forme de réflexion un tant soit peu originale m'étonnera toujours de la part des humains. En vérité, je vous le dis, ce n'est donc pas 10 000 démons que vous devriez découvrir dans l'esprit d'une femme, mais bien mille fois plus si vous désirez vraiment connaître le fond de leur pensée à votre endroit.

Les femmes et les démons qu'elles portent en leur coeur sont une terrible menace pour votre avenir de grand gestionnaire de la création. Vous vous acharnez naïvement à contrôler votre processus de reproduction à la seule fin de ne plus être dépendants de ce sexe diabolique. Sage décision assurément, mais prenez garde, vos savants calculs pourraient bien se retourner contre vous, beaux mâles dominateurs. Quelque temps encore et vous redeviendrez ce que vous avez toujours été, quelques gouttes de semence insipide et incolore.

Méfiez-vous de votre belle assurance! La femelle humaine est patiente, impitoyable et cent fois plus intelligente que son petit reproducteur favori, ce coq emplumé de vanité et trop fier de ses muscles et de sa crête pour se soucier de ce qui l'attend au bout de sa queue bien dressée. Elle sait où trouver appui, écoute et conseil à ses infortunes. Lorsque le moment de son règne terrestre sera venu, vous vous retrouverez piégé et réfrigéré tel un minable reproducteur sans cervelle. Soyez alors assuré que sa vengeance sera sans limite.

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie
         
         

un.homme.sincere@caramail.com

      Que vois-je? Méphisto lui-même admire la femme? Pour qu'elle nous supplante, encore faudrait-il qu'elle soit capable d'ingéniosité comme nous. Qui sont les plus grands artistes, les plus grands savants et philosophes? Des femmes? Tout ce qu'elles savent faire, c'est profiter de notre désir envers elles qui sont notre faiblesse. Mais si nous étions aussi frigides que la plupart d'entre elles, je serais curieux de voir comment elles s'y prendraient pour nous manipuler. Certainement pas avec subtilité! Avez-vous déjà vu à quel point une femelle amoureuse se ridiculise pour séduire un homme qui lui affiche du mépris?

Notre faiblesse est biologique, mais elles, elles sont leur pire ennemi car la vanité les aveugle et elles cherchent à obtenir ce qu'elles ne peuvent (que difficilement) avoir, ce qui n'est pas forcément dans leur intérêt. Notre jeu consiste dès lors à leur jouer notre indifférence pour mieux les piéger. Je vous le dis, en vérité, une femme n'aime jamais un homme, elle ne s'aime qu'elle-même à travers lui, comme on aime le piédestal sur lequel on se repose.
         
         

Méphistophélès

      Cher Mâle supérieur,

Votre réponse confirme fort bien mon premier propos et j'en suis fort aise. L'homme a toujours craint et méprisé la femelle, car il est impuissant à assurer seul sa reproduction. La femme a un pouvoir incommensurable qu'elle commence à peine à entrevoir et lorsqu'elle le comprendra vraiment! eh bien!, je ne donne pas très cher de votre peau, si vous me permettez l'expression.

Mon pauvre ami, soyez donc assuré que votre règne s'achèvera dans une déchéance dont vous ne pouvez même pas imaginer la petitesse et nul philosophe ou savant ne pourra l'empêcher.

Soyez également convaincu que je ne verserai aucune larme sur un sort si bien mérité...

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie
         
         

un.homme.sincere@caramail.com

      Et pourquoi serait-il si bien mérité? Depuis quand le mal s'intéresse-t-il à la notion de justice? C'est bien contradictoire pour une incarnation maléfique, surtout lorsque je vous vois ramper devant elles pour prendre leur défense alors qu'elles n'hésiteraient pas un instant à arracher votre coeur si vous en aviez un.
         
         

Méphistophélès

      Monsieur,

La justice est un leurre, il n'y a que des intérêts et les vôtres sont de valoriser ceux de votre sexe, tandis que les miens sont de vous réduire à ce que vous êtes en réalité. Apprenez que la contradiction est également une question d'intérêt qui tourne habituellement dans le sens que l'on donne au vent, alors je m'en soucie autant que de la tempête qui vous menace à l'horizon.

Par ailleurs, votre niveau de perspicacité et d'envergure semble bien compenser mon absence de coeur et de sentiments à l'égard des pauvres mortels de sexe masculin.

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie