Sylvie
écrit à

Méphistophélès
| Bonsoir Celui qui hait la lumière, Je voulais savoir: si Goethe n'avait pas écrit son «Faust», pensez-vous que vous auriez eu autant de groupies? Vous pouvez remercier Johann d'avoir fait de vous une vraie rock star! Il est vrai qu'avant lui vous commenciez à vous empâter et vous vous enlisiez un peu dans un train-train; la routine, vous devez rencontrer cela parfois? Non? Ah, ah... Vous êtes verni, alors... Et puis voilà qu'un jeune et brillant Goethe sort son «Faust» et là, toutes les pucelles vous harcèlent uniquement pour être approchées de vous, et leurs congénères mâles imberbes et peinturlurés comme des geisha se mettent à vous vouer un culte! Ne trouvez-vous pas cela légèrement pathétique? Alors et cela sera la fin, ne pensez-vous pas que Johann Wolfgang Von Goethe a été -sans le vouloir- votre meilleur «cadre commercial»? Sylvie Chère demoiselle, Tous les siècles ont connu leur Gœthe. La question n'est pas de savoir ce que j'aurais fait sans son intervention, mais bien de savoir ce que vous auriez fait sans la mienne. Il y a des milliers de Gœthe. Il n'y a qu'un seul Méphistophélès. Pouvez-vous imaginer un seul instant dans quel merdier vous seriez si je m'absentais pour quelques jours? Rassurez-vous, mademoiselle. Mon image dépasse largement le cadre commercial. Quelle que soit sa taille, quel que soit le mur sur lequel on le dispose. Mes respects, Méphistophélès L'esprit qui toujours nie Méphistophélès, Tout d'abord merci de m'avoir répondu. Vous m'en apprenez une bien bonne et, dans le cas où ma date de péremption se trouverait être aujourd'hui, grâce à vous, eh bien je partirais un peu moins bête qu'hier, mais je ne savais pas que j'avais besoin de vous! On ne me l'avait jamais dit et c'est seulement maintenant que vous le me dites! Je m'en fumerais bien une... Zut je viens d'arrêter! Ma journée risque d'être longue, très longue, mais bon, ne vous occupez pas de moi, je divague. Oh oui! Après tout, occupez-vous de moi. J'ai lu certains de vos courriers et moi aussi je veux ma part du gâteau! Mettez-moi dans un état second. Après tout, c'est peut-être en cela que j'aurais besoin de vous. Je suis ouverte à toutes les propositions. Ceci me fait penser à la coupe et les lèvres de monsieur Alfred de Musset: «Aimer est le grand point, qu'importe la maîtresse? Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse?» Dans le cas où, un jour, vous seriez intéressé, je n'aurais qu'une supplique: pourriez-vous vous souvenir que le «flacon» se prénomme Sylvie et ce, uniquement pour flatter mon ego? Je ne suis pas jalouse et par la force des choses je peux même être prêteuse, mais j'aime bien que l'on se souvienne de mon prénom, surtout lorsque que l'on est en ma présence. C'est tout, en quoi d’autre sinon «j'ai eu», «j'ai» et «j'aurai» besoin de vous! Car j'ai assumé, j’assume et j’assumerai mes actes, les bons comme les mauvais; je n'ai jamais accusé quelqu’un de m'avoir poussée, même dans la luxure (eh oui, c’est quand même le plus agréable!). Si j'ai commis des actions dites répréhensibles, eh bien je n'en fus que la seule responsable et même si le reflet dans le miroir n'a pas toujours été facile et que parfois je me suis fait particulièrement honte, eh bien, j'ai assumé! J'ai accepté avec le temps. Eh oui, la maturité nous apprend bien des choses et en particulier que notre vie n’est qu’une infamie, car nous sommes -sans le savoir ou sans vouloir le croire- nous sommes en réalité stupides, lâches, abjects, misérables et méprisables; des insectes serviles et corrompus à souhait. Oups! Mon réveil sonne, là. Il faut que j’aille me préparer; j’espère que l’on pourra peut-être se reparler. Recevez, vous aussi, mon respect, Sylvie Dame Sylvie, Tous les jours et toutes les nuits, je visite ceux et celles qui me réclament. Je me fais discret car je sais trop que c'est précisément cette discrétion qui rend mes visites si efficaces. Je prends les formes les plus inattendues car je sais trop que ce sont mes présences les plus intrigantes qui rendent mes interventions les plus concluantes. Je suis à vos côtés chaque fois que vous me soupçonnez d'y être. Si rarement je guide vos pas, toujours je guide vos pensées et chaque fois vous le sentez profondément. Demain, en pleine lumière ou dans l'obscurité de votre nuit, cherchez-moi dans vos pensées. Vous verrez combien ma présence est concrète. Méphistophélès L'esprit qui toujours nie Méphistophélès, Je ne m'attendais pas, en toute franchise, à vous lire aussi rapidement... Vous m'en voyez toute retournée. Donc maintenant, vous sachant à mes côtés, je m'en sentirai plus forte? Je vous attends dans mes pensées, le jour ou la nuit, qu'importe! Vous serez toujours le bienvenu. À bientôt, Sylvie Vous apprécierez ma présence, dame Sylvie. Cela dit, ne vous laissez pas distraire et tromper par tous les charlatans, faussaires, imposteurs et autres quarts de demi-dieux qui prétendront être l'Unique. Vous perdriez un temps précieux à vous en défaire ainsi qu'à retrouver le chemin qui est le vôtre. Mes hommages, Méphistophélès L'esprit qui toujours nie Vous en doutiez? Dans le cas où vous me verriez fricoter avec, des «charlatans» ou des «demi-dieux», espérant frénétiquement me détourner de vous, n'hésitez surtout pas à intervenir pour me remettre dans le droit chemin. Comptant un peu trop sur vous. Respectueusement, Sylvie Mademoiselle Sylvie, Un courant d'air suffit à vous faire changer de direction. Vous m'abordez en me disant que je suis une vulgaire créature de Gœthe, et quelques mots de ma plume vous font glisser à mes genoux. Vous avez besoin de moi? D'une intervention personnelle de ma part? Soit! Vous n'êtes pas la seule à m'implorer de vous porter attention. Formulez-moi votre demande. Deux fois plutôt qu'une, je vous prie. Ainsi pourrai-je voir si la seconde est identique à la première ou si vous «girouettez». Méphistophélès L'esprit qui toujours nie Méphistophélès, Merci de m'avoir fait prendre conscience de mon inconséquence ainsi que de ma girouetterie. Bon cela étant dit, dois-je reformuler ma requête? Méphistophélès, me feriez-vous le grand plaisir de venir me visiter, si vous n'êtes pas trop surchargé et si vous êtes intéressé? Cela suffit-il ou dois-je être plus suppliante? Dans cette attente, Sylvie |