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Jean-Claude
écrit à
Méphistophélès
Méphistophélès


Je viens à toi


    Mon pauvre Méphistophélès,

Tu nous dis que le bonheur est vers toi. Ce qui est vrai ma foi (si j'ose dire). Alors, tous ces malheureux s'en remettent à toi. Et cela pour ton seul plaisir en vérité. «Venez à moi» leur suggères-tu.
«Voyez comme on se délecte avec moi» leur dis-tu. «Vous serez comme moi», ajoutes-tu.

Cela semble si facile, et les âmes perdues trouvent là un chemin facile de salut: venir à toi.

Ce que tu ne dis pas, c'est que tu seras le seul à t'en délecter. Tu te sers de ces pauvres petites âmes.

Elles croyaient pouvoir se délecter des autres âmes perdues grâce à toi et finalement c'est de toi qu'elles deviennent les victimes.

Non, c'est trop facile. Moi je me servirai de toi. Tu cherches à me conquérir mais c'est toi qui tomberas dans ton propre piège. Je te ferai conquérir des âmes qui te ressembleront. Elles te suceront pendant que tu tenteras de vouloir les convertir. En fait, elles seront déjà converties mais pas par toi.

Jean-Claude, celui qui ne te renie jamais.


Cher Jean-Claude,

Tu veux te servir de moi? Ne te rends-tu pas compte que c’est déjà là ce que tu fais? Chaque jour depuis ta conscience tu piétines quelqu’un et pour le faire tu invoques l’impossibilité nue de faire autrement. Chaque jour c’est de mon pain que tu manges, de mon vin que tu bois. Tu n’as de cesse de m’imiter en conquérant toi-même les âmes que tu rencontres et c’est ce que tu feras tant et aussi longtemps que tu n’auras pas tout le pouvoir et toute l’influence que tu désires au plus profond de moi.

Un jour, tu t’éveilleras en pleurant de ne pouvoir davantage et ce jour tu frapperas à ma porte pour que je te montre. Si tu es mûr, je t’ouvrirai et tu souffriras davantage encore, au seul souvenir du temps perdu à tenter plutôt qu’à faire.

Méphistophélès
L’esprit qui toujours nie


Cher Méphisto,

Tu me connais bien... hum! il suffit que je retombe dans mes difficultés propres pour que je revienne frapper à ta porte que tu consentes volontiers à m'ouvrir. Et ce n'est que plus tard que j'aurai l'impression que tu en as profité pour prendre encore un peu plus de pouvoir sur moi.

Car quand tu m'aides, ton intention véritable est autre: devenir toi-même plus fort pour pouvoir encore mieux aider ceux qui te le demandent. Si tu perdais de ton pouvoir, tu ne pourrais plus aider les pauvres petites âmes.

Mais finalement c'est quand même moi qui l'aurai dans le cul d'une manière ou d'une autre, comme toujours avec toi. Mais bon c'est vrai que ces derniers temps, j'ai plutôt besoin de ton aide. Il y a
pas mal de gens tordus qui me cherchent des problèmes et j'ai besoin de toi pour leur donner une leçon et me protéger. Finalement, c'est ta spécialité. Mais n'en profite pas pour trop t'immiscer
dans ma vie.

Tu sais bien que je vais peser le pour et le contre et que finalement je vais choisir la pire solution. Autrement dit: toi.

Ta lettre, qui vient d'un esprit salace, est bien envoyée. C'est plus drôle de lire ça que de s'ennuyer à ne rien faire. Quelque part tu m'aimes bien car je suis le seul avec qui tu peux converser et qui
est sur la même longueur d'onde. Enfin c'est ce que tu me fais croire.

Bye

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