Gastéropodes à deux pieds |
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Catherine |
Salut à
toi, mon frère, Méphistophélès! Ah! tous ces naïfs, tous ces médiocres! Dire que je suis de la même race qu'eux. Pfft! Du moins, puis-je me vanter de ne pas me vautrer avec autant de fausse dignité qu'eux dans la fange du monde. Ce monde ne m'appartient pas; je n'ai aucune raison de vouloir me dresser à son sommet. Je suis de passage. Avant de retourner cette carcasse à la terre, j'entends bien m'amuser aux dépends de tous ces êtres qui se prennent au sérieux. Hon! je souffre! Hon! je suis heureux! Hon! je suis mort. Les hommes te pointent du doigt: Grand Seigneur du Mal. Haha. Les hommes sont si prétentieux, de grotesques épaves se targuant de contenir des trésors dans leur carlingue trouée et pourrite. Ils croient te connaître, ils croient connaître le mal, le bien, la vie et sont tout fiers de te servir ou de te combattre. Tu dis que les hommes se débrouillent très bien sans toi. C'est vrai. Mais ils le font avec tant de maladresse qu'ils tournent toute cette histoire en farce grasse plutôt qu'en réelle tragédie. Avec toi, nous aurions au moins un peu de «classe». Mais bon, il faudra me contenter d'un petit spectacle de petite envergure, à petit budget, avec de petits acteurs puritains, dans de petits rôles lamentables. Le mal, le bien, la barbe! ils ne font que parler de cela! Ils ne font que combattre pour mériter la meilleure place à droite de je-ne-sais-plus-trop-qui. Concours de vertu ou de popularité? Ils parlent de beaux sentiments, de compassion, de livres sacrés, de sens à la vie, de vérité essentielle, que sais-je encore! C'est triste, mais je crois bien que leurs discours ne me font même plus rire. Tu dois te demander pourquoi je t'écris... voilà, la vérité est que je m'ennuie terriblement sur terre. Je perds mon temps comme tout le monde à m'instruire, à lire, à écrire même, mais entre ça et autre chose, c'est du pareil au même. Bientôt je serai morte, mais d'ici là, que pourrais-je faire? Je me suis amusée un temps à essayer de définir l'humain, mais le ridicule du sujet m'en a découragé. De la fiente déguisée en âme pure est encore de la fiente. Puis je me suis divertie à les mépriser, mais même de cela, je me suis lassée. Je passe maintenant mon temps à cotoyer une bande de chats errants. Ils te ravieraient, j'en suis certaine. Je peux passer des heures près d'eux, immobile, silencieuse. Leur sauvagerie est sublime. Lorsqu'ils se battent pour un morceau de chair sanglante que je leur ai lancé, ils me rappellent les hommes, en moins stupides, en plus gracieux. Bon, assez de palabres; ce n'est pas parce que je m'ennuie que je dois t'imposer cela à toi aussi. Alors, je me tais à la fin, mais avant, je sollicite ton aide. Que puis-je faire pour m'amuser un peu avant de rendre ma fiente à la terre? Ta soeur d'armes, Catherine |
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