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Mélody
écrit à
Méphistophélès
Méphistophélès


Enchantée...


    Bonsoir cher Empereur,

Je me permets de venir à vous pour ces quelques mots...

On vous narre comme étant le démon de Faust, mais après avoir lu plusieurs sujets le concernant, il parle surtout de la visite du diable, et je ne pense pas que vous soyez le Diable en personne. Un corrupteur certes, un menteur pour sûr, mais là encore je me demande quel démon ne l'est pas.

On dit aussi que vous êtes le plus redoutable après Satan, mais dans quelle catégorie? Parce que pour ma part, mis à part le diable lui-même, je ne vois pas en quoi les démons peuvent être redoutables. Il suffirait seulement de les en persuader.

Je fais peut-être une erreur sur un point toutefois: il paraît que Lucifer serait plus puissant que Satan, mais est-ce fondé? Car se fier à des rumeurs ne mène à rien.

Avez-vous des servants? Cherchez-vous de la compagnie? Et quel est votre rôle en tant qu'empereur?

Cordialement,

Mélody

Dame Mélody,

Libre à vous de vous passionner pour la généalogie. En ce qui me concerne, c'est une chose dénuée de tout intérêt et vous me pardonnerez de vous laisser sur votre faim quant aux liens que vous souhaitez entretenir entre Satan, Lucifer, le Diable et toutes les créatures qui hantent votre imaginaire.

Je suis Méphistophélès. Pour vous servir et, surtout, pour que vous me serviez.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie

Mon Seigneur,
 
J'espère qu'en aucun cas je ne vous ai offensé. Je vois que dans vos mots, Satan, Lucifer et tous les autres ne seraient que le fruit de l'esprit humain? Soit! Cela me va parfaitement. Mieux vaut pour nous, pauvres pécheurs, qu'il n'y ait qu'un seul démon...

Pour ce qui est de vous servir, ce serait avec le plus grand des plaisirs, mais qu'aurais-je à y gagner? Et surtout à perdre? Quels genres de «pouvoirs» détenez-vous?
 
Je suis désolée de vous asséner ces questions, mais, vous en conviendrez, on ne change pas un défaut, surtout celui de la femme.
 
Cordialement,

Mélody

Dame Mélody,

Je ne suis pas que le fruit de votre imagination, non. Là où votre imagination se fait usufruitière, c'est lorsqu'elle s'approprie le droit d'abuser des interprétations.

Vous craignez perdre à me servir? C'est mal me connaître. La seule chose que je vous prendrai, ce sera vous. Vous ne perdrez point, donc. Mais vous vous perdrez, assurément. Comme vous ne vous possédez déjà plus, cette perte ne saurait vous détrousser.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie

Mon seigneur,
 
Mal vous connaître? Eh bien, le fait de pouvoir nous écrire peut réparer cette erreur de ma part; apprendre à vous connaître ne me déplairait pas le moins du monde.

En gros, je vous sers et vous prenez mon âme; je ne perds rien, mais ne gagne rien non plus, hum... Vous avez toutefois raison sur un point: je me suis déjà perdue, donc je n'ai plus rien à perdre en vous servant, mais plutôt tout à gagner! Encore faut-il que vous acceptiez une servante! Et quel genre de service serai-je amenée à vous rendre?
 
Dans l'antre des enfers je trouverai mon chemin!
 
Cordialement,

Mélody

Dame Mélody,

Pourriez-vous reformuler votre missive en expulsant tout calcul de votre propos? Cette manière est proprement indigne!

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie

Bonjour seigneur,
 
Je crains fort de ne pas comprendre ce qui a pu vous heurter dans mes propos! Tout ce que j'ai écrit est que je souhaiterais mieux connaître le démon que vous êtes. Bon, «démon» est peut être un peu fort, mais je ne vois pas ce que je pourrais dire d'autre. Puis-je vous demander d'accepter que je sois à votre service? Sans votre approbation, je ne puis rien faire.

Ensuite, je vous le demande: quel genre de service demandez-vous à vos serviteurs?

Je doute que vous ayez besoin d'un autre serviteur; je pense bien que plusieurs personnes sont déjà attachées à vous et vous sont fidèles. Que suis-je à vos yeux, si ce n'est une petite mortelle sans intérêt?
 
Cordialement,

Mélody

Dame Mélody,

Ce qui me heurte, c'est la pensée calculatrice qui se cache derrière votre propos. Vous êtes déçue du monde qu'on vous a imposé? Vous n'êtes pas la seule, très chère. C'est par millions que vous rampez vers moi, après avoir sobrement gambadé dans les prés. Comment arrivez-vous à ma porte? En bavant et en quémandant. En souhaitant que je vous prenne en pitié et que je vous élève en échange des servitudes les plus immondes. En misant sur moi comme à une loterie.

Allez. Rebroussez chemin et faites vos devoirs. Méritez-moi.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie

Hum... Voilà que vous prenez les choses de haut.

Je crois que tout le monde est calculateur et je pense que vous l'êtes vous-même tout autant que nous. Je ne suis pas déçue du monde dans lequel j'évolue chaque jour, je suis plutôt amère envers lui. Une nuance à prendre en compte, je crois.
 
Et là, je suis choquée par vos propos: je ne rampe pas, je ne bave pas et ne quémande pas parce que je n'ai pas besoin de votre pitié. Les propos que j'ai tenus envers vous, jusqu'alors, étaient une simple curiosité, croyez-vous que je puisse donner mon âme au premier venu? Détrompez-vous, très cher, car s'il faut vous mériter, sachez qu'il en est de même pour moi... Oui! Prendre mon âme n'est pas une mince affaire.

Je pensais sincèrement que vous l'aviez compris: je ne quémande pas et ne donne mon âme qu'en échange de choses que vous ne pourriez peut-être même pas me donner.
 
Si vous désirez continuer cette petite conversation, je préfère remettre les choses en place de suite; démarrons comme il faut, essayons de ne pas déraper sur certaines choses.

Pour le moment, mon âme n'est pas à prendre; je la donnerai sûrement un jour mais je choisirai qui l'obtiendra. Ce qui fait que je peux me tourner vers Dieu, tout comme je peux le faire vers Satan ou même vous, Seigneur; mais à l'heure actuelle, je cherche plus des arguments venant de toutes parts pour peut-être faire un choix. Alors, oui! Vous avez peut-être raison, je suis calculatrice, mais ne serait-ce pas pour mon bien-être? Ou mon salut?

Oh! Et sachez que je suis plutôt du genre persévérante, je ne fuis pas devant l'adversité, que ce soit ange ou démon...
 
Cordialement,

Mélody

Mélody,

Je vois que vous prenez les choses de haut. Je crois que vous êtes tous et toutes des calculateurs et je pense que vous l'êtes vous-même. Vous n'êtes pas déçue du monde dans lequel vous évoluez chaque jour, certes, mais vous êtes plutôt amère envers lui. Une nuance à prendre en compte, je crois.

Vous êtes choquée par mes propos, parce que vous ne rampez, ni ne bavez, ni ne quémandez la moindre pitié? Vous ne souhaitez pas donner votre âme au premier venu, fût-il moi, perdre votre âme n'étant pas une mince affaire?

Si vous souhaitez poursuivre cette petite conversation, remettez «de suite» les choses en place. Démarrons comme il faut, essayons de ne pas déraper sur certaines choses. Pour le moment, votre âme n'est pas à prendre. Vous la donnerez sûrement un jour, mais vous choisirez à qui. Vous pouvez vous tourner vers Dieu, tout comme vous pouvez le faire vers Satan, ou même vers moi, mais à l'heure actuelle, vous cherchez  des arguments. Alors oui, vous êtes calculatrice, et c'est pour votre bien-être. De là à dire que c'est pour votre salut, il y a un océan.

Ne fuyez pas devant l'adversité. Vous arriverez à vos fins.
 
Méphistophélès

L'esprit qui toujours nie

Cher Prince,
 
Reprendre mon texte, mot pour mot, me fait penser que vous n'avez plus envie de bavasser avec moi. Pourtant, je ressens comme une synthèse là-dedans... Me tromperais-je?

Je trouve quand même cela déplacé de me répondre ainsi. Vous êtes-vous aperçu que vous vous heurtiez à un mur? Je pense que oui...

Cordialement,

Mélody


Dame Mélody,

Si vous étiez un mur, je saurais le franchir. Comme vous n'êtes pas mûre, je ne saurais vous affranchir.

Mephistopheles
L'esprit qui toujours nie


Bonjour Méphistophéles...
 
Voilà une réponse des plus courte. Si j'étais un mur? Hum! Je ne crois pas que vous pourriez me franchir. Et si j'étais mûre? Tout dépend comment vous voyez la maturité d'une femme... et là encore, je pense que vous vous trompez grandement sur moi, parce que mûre ou non, je ne crois pas que cela aie beaucoup d'importance à vos yeux...

Sombre existence, que vous menez, cher démon, toujours bourrée de dilemmes. J'aurais presqu'envie de vous plaindre, mais est-ce raisonnable de le faire?
 
Cordialement,

Mélody


Dame Mélody,

Je comprends mal votre réticence à me plaindre. Vous avez pourtant l'habitude, vous, humains, de vous réfugier dans la pitié dès le moment où vous êtes contrariés. C'est l'un de vos mécanismes de défense les plus usuels, celui qui vous permet de vous disculper, de vous élever au-dessus des circonstances, au-dessus de vos semblables, et au-dessus de vous-mêmes, par la même occasion.

Plaignez-moi, Mélody, plaignez-moi. Cet élan vous permettra de panser vos inquiétudes, de vous mettre à l'abri de vos propres angoisses. Vous en sortirez plus forte. En apparence! Mais n'est-ce pas là ce qui compte le plus?

Allez. Glissez-vous sous vos draps et fermez les yeux. Peut-être verrez-vous.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie

Bonsoir cher Prince,
 
Vous ne comprenez pas ma réticence, pourtant elle est très simple, je vais vous expliquer mon point de vue.

Je ne plains pas les gens pour une seule et unique raison, chacun récolte ce qu'il a semé, donc je ne vous plains et ne plains pas les humains qui aiment être pris en pitié. Car, pour moi, plaindre quelqu'un est une forme de pitié. Et je ne culpabilise pas pour mes actes, donc je n'ai nul besoin d'être disculpée.

Je sais me mettre à l'abri de mes angoisses, encore faut-il que j'en aie... Et cela fait des années que je me glisse dans mes draps, mais je ne vois absolument rien... Ce pourquoi je me tourne vers vous, cher Méphistophélès, pour chercher des réponses ou tout simplement une âme à qui parler, encore qu'une «âme» est un terme peut-être mal employé.
 
Sombrer dans les ténèbres? Pourquoi pas... Qu'aurais-je en échange? Seul vous êtes capable de me le dire...
 
Cordialement,
Mélody


Chère Mélody,

Combien de fois le coq doit-il chanter pour que vous daigniez avouer votre double langage? Vous n'avez aucune angoisse, vous êtes à l'abri de tout, vous ne quémandez rien, vous ne faites aucun calcul, mais coup sur coup vous me demandez ce que vous gagnerez, ce que vous obtiendrez «en échange de».

Clarifions les choses. Lorsque l'on frappe à ma porte, que ce soit en rampant ou en courant, ce n'est pas «en échange de» mais bel et bien «au prix de». Ce prix est l'abandon de tout le faux savoir acquis depuis des siècles, à grands coups de crucifix et sous les menaces les plus farfelues. Ce n'est pas «en échange de», non, mais «au prix de» faire le chemin inverse de celui que vous avez parcouru au cours des siècles. Sur ce chemin, vous trouverez mille bornes qu'il vous faudra défranchir, afin de vous en affranchir.

Vous ne voyez rien lorsque vous vous glissez sous vos draps? C'est que vous n'êtes pas mûre. C'est ce que je vous disais et c'est ce dont vous refusez de convenir. Le jour où vous verrez l'obscurité, le jour où vous aurez peur, vraiment peur, vous serez au tout début du chemin qui vous mènera à demeure.

Ne me demandez pas ce que vous aurez en échange. Demandez-vous si vous êtes prête à en payer le prix.

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie

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