Dites donc, vous? |
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| Mais pourquoi Dieu vous tolérerait-il?
Vous êtes une abomination, une erreur de la nature et le chemin que vous tracez
ne mène nulle part! À moins que vous ne soyez pas vraiment ce que l'on
croit communément? J'ai lu quelque part que Satan signifiait: «celui qui accuse» en Hébreu. J'en ai donc conclu que votre rôle premier aurait été ou devrait être, très prosaïquement, celui d'avocat de la persécution. Par conséquent vous vous chargez de démolir l'accusé en dressant la liste exhaustive de toutes ses fautes et ensuite vous réclamez sa tête. Donc à force de côtoyer le vil et le méprisable vous vous êtes rendu compte, monsieur le fonctionnaire, (zélé de surcroît) du pouvoir terrible que vous aviez sur nous, pauvres mammifères et vous en avez fait ni plus ni moins une lubie. Mes conclusions : 1) Il est insensé de croire que vous puissiez représenter une menace quelconque pour Dieu (votre saint Patron) ou pour l'équilibre de l'Univers (haha). Vous êtes une menace pour l'homme, point à la ligne. 2) Vous n'êtes pas le mal, vous exploitez le mal: c'est votre gagne-pain, point final. A+ |
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| Très cher commettant, Que de sous-entendus dans vos affirmations savantes et dâincertitudes dans votre assurance vaniteuse du mortel initié aux grands mystères de lâunivers. Je me vois presque dans lâobligation de me prosterner humblement devant autant de naïveté, mais cela me paraîtrait fort inconvenant de vous donner lâillusion de détenir les secrets des «sciences maudites» que vous étalez avec autant dâinsolence. Ainsi, selon votre analyse, je ne serais quâun fonctionnaire assidu compromis par mes fonctions? Avouez que ce nâest pas très original comme raisonnement théologique et on a déjà vu texte spécialisé en démonologie plus serré et davantage documenté? Je pourrais même vous suggérer quelques titres fort amusants écrits par des illuminés qui possédaient beaucoup dâimagination. Amusons-nous donc et admettons votre point de vue. Tout dâabord, je vous en prie, éclairez-moi de votre foi si précieuse: au service de quelle bureaucratie serais-je le fidèle serviteur, celle du Mal, de lâUsurpateur ou des deux à la fois puisque tout vient de lui? Cela ne me semble pas très clair en parcourant votre propos, mais quâimportent les détails et venons-en au fait qui nous occupe. Vous devez bien savoir quâun fonctionnaire nâagit jamais de sa propre initiative et quâil est tributaire dâune procédure stricte, sorte de mécanisme complexe et longuement mûri que lui seul peut comprendre et interpréter selon des intérêts supérieurs et inavouables. Un fonctionnaire nâa droit à aucune forme dâoriginalité et ne reconnaît aucun patron toujours trop éphémère pour lui survivre, sinon cette bureaucratie qui se suffit à elle-même. Seriez-vous à me convaincre que votre Dieu se limite à une simple directive administrative abandonnée entre mes mains et quâil aurait totalement perdu le contrôle de sa propre création en laissant un minable fonctionnaire agir à sa guise? À voir lâétat délabré de votre pauvre monde, une telle perspective nâest pas très rassurante pour lâavenir de lâhumanité. Par ailleurs, un fonctionnaire pourvu dâune telle droiture et dâun tel sens du devoir mérite certes promotions et distinctions. En poursuivant votre logique infernale du fonctionnariat, vous devriez également deviner quâen permettant la mise en place dâune bureaucratie aussi efficace, Dieu nâa plus aucune utilité et peut retourner dâoù il vient. En fait, que je sois le Mal ou son premier fonctionnaire ne change pas grand-chose à ma réalité, sinon que de réaffirmer ma suprématie sur lâunivers tout entier. Vous auriez donc tout à fait raison, contrairement à ce que lâon croit généralement, je ne menace ni Dieu ni lâunivers puisque la machine «baigne dans lâhuile» et roule à vive allure vers un gouffre insondable. À présent, allons aux choses sérieuses! Et si, en tant que premier fonctionnaire, je vous avouais candidement que câest plutôt moi qui tolère Dieu et que câest lui qui mâest redevable de le laisser parfois vous entreprendre? Comment un Dieu-Amour tel que vous le concevez peut-il créer une abomination telle que moi, alors quâil mâest si facile de créer un pantin tel que Dieu afin de vous abuser? Laissez-moi vous donner un exemple que vous comprendrez facilement. Câest un peu comme lorsque vos élites raffinèrent le concept de démocratie qui vous est si cher et dont vos maîtres utilisent abondamment le terme afin de donner lâillusion au bon peuple quâil est subitement devenu responsable de sa destinée. Pourtant la réalité est tout autre, car le véritable pouvoir nâest pas celui que lâon montre et que lâon glorifie impunément dans le seul but dâen masquer lâhypocrisie, mais plutôt celui qui fabrique et distribue les billes dont vous avez absolument besoin pour survivre et, sur ce pouvoir tout-puissant, vous nâavez aucune prise sinon celui de le subir ou de lâabattre. Tout cela pour vous dire que votre interprétation, si intéressante soit-elle ne tient pas vraiment la route. Comme à votre habitude, vous tentez de justifier votre propre abomination en transférant sur moi votre stupidité héréditaire. Vous comptez sur un Dieu à votre image pour vous tirer du néant dans lequel vous vous enfoncez avec un plaisir évident. Certes, vous ne comprenez pas trop son dessein, mais quâimporte puisque vous broutez dans son pacage selon les normes établies par la procédure. Mais quel heureux hasard, cher commettant, je viens justement de mettre la griffe sur votre dossier qui traînait sur ma table· Fort intéressant! Mais nous en reparlerons le moment venu. Méphistophélès, Lâesprit qui toujours nie |