Destin |
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| Esprit, Si tu es mon destin, et que donc je ne peux t'échapper, pourquoi mon âme a-t-elle un prix? Conférerais-tu une valeur à ce que nous sommes? Et si mon âme n'a pas de prix, que le destin est inexorable, que tes enfants te reviennent toujours, ne t'ennuies-tu pas? Bien à toi (malgré moi). Seb |
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| Cher Monsieur, Sachez bien que ce sont bien les mortels qui accordent un prix quelconque à leur âme et non le Seigneur des Ténèbres. Que sont donc pour moi les richesses terrestres lorsque l'univers vacille sous mes sabots? Le prix que je pourrai offrir pour votre esprit ne sert qu'à démontrer le peu de considération que vous avez pour votre propre substance. Simplement pour de l'or et quelques secondes d'éternité vous êtes prêt aux pires bassesses et me vendre votre âme n'est pas l'acte le plus vil de vos nombreuses capacités. Éprouver de l'ennui à vous voir me revenir constamment, vous me dites dans votre charmante lettre? Apprenez, cher Monsieur, qu'apprécier la terreur inscrite dans votre conscience, l'humilité larmoyante implorant ma miséricorde et vous voir enfin rabaisser au niveau de ce qui vous sied le mieux, est un plaisir constant et éternellement renouvelable. Je vous concède affectueusement qu'il s'agit d'une satisfaction dont je ne pourrai me passer. Au fil des siècles, je garde tout de même espoir que de votre vivant surgira une étincelle d'intelligence sous votre physique rébarbatif. Soubresaut de conscience pouvant éveiller enfin votre imagination défaillante à quelque chose de supérieur et susciter la révolte contre votre condition d'asservi. Mais toujours rien! L'acceptation intégrale de votre sort me semble aussi acquise que la stupidité de vos espérances actuelles. Bien sûr, l'humain cherche depuis toujours à échapper à son misérable destin et beaucoup d'entre vous en tirent avantage à leur profit au détriment des plus frêles. Malheureusement pour vous, je constate que l'accès à la perfection de votre humanité semble passer uniquement par la destruction systématique de votre espèce. Ce n'est donc pas demain que je ne vous verrai plus me revenir repentant. À très bientôt, donc! Méphistophélès, L'esprit qui toujours nie |
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| Esprit, Merci d'avoir pris le temps de répondre. Je soupçonnais déjà que vous êtes lié à l'homme de manière nécessaire, mais j'en ai maintenant la preuve de votre propre plume. Vous ne pouvez vous passer de la souffrance de l'homme, et donc vous êtes assujetti dans votre être même à cette misérable vermine que vous aimez tant. Le maître n'est rien sans l'esclave, et lequel est l'esclave de l'autre? Maintenant, je vois votre douleur, et votre immense chagrin que vous cachez magnifiquement derrière des paroles enjôleuses et séductrices. Vous êtes dépendant de l'homme comme l'héroïnomane de sa drogue. Je vous plains et vous prends en pitié. Bien sûr, vous allez répondre en m'attaquant, me disant que je me mets à une place qui n'est pas la mienne, que je me berce d'illusions, que je n'ai rien compris. Mais c'est trop tard, j'ai soulevé votre voile, et ai vu votre vrai visage. Comme tous les grands séducteurs, vous êtes triste et seul. Quelle terrible destinée que la vôtre. Bien à vous, Seb |
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| Mon cher ami, Que de sollicitude à mon égard, l'émotion m'étreint et j'en suis presque à vous accorder l'éternité assis à ma droite pour des propos si sensibles. Que les humains se soucient autant de ma santé m'amuse assez, je l'avoue. Tout comme je le conseillais dernièrement à l'un de mes lecteurs, il ne faut tout de même pas trop vous inquiéter. Je vous suggère d'examiner plutôt l'état de santé de votre pauvre planète qui me semble bien mal en point et directement concernée par votre destinée immédiate. Je pense donc que l'exercice pourrait finalement être fort profitable. Que je sois lié à l'humanité, comme cette dernière est liée au destin de l'univers m'apparaît somme toute comme une vérité assez banale. Il existe cependant une légère subtilité qui vous a peut-être échappé dans votre savante analyse. En effet, rappelez-vous que Je suis assez au fait du déroulement prévisible de votre destin ce qui ne semble pas encore être votre cas. Alors vous pouvez bien tenter d'extrapoler jusqu'à la fin de votre temps sur notre nature respective, la réalité de votre condition continuera à vous échapper jusqu'au moment où il sera peut-être trop tard pour faire marche arrière même si, je peux bien vous le dire, tout est encore possible. Admettez mon cher que l'humanité n'est certes pas le centre de l'univers et j'ai bien d'autres «accoutumances» à sevrer que celle du sort incertain des mortels. Votre souffrance m'importe peu, elle n'est que le résultat de votre incapacité à saisir l'essence même de votre existence; elle est le résultat direct de votre relation avec Dieu et non pas avec moi. Soyez donc sérieux mon ami, comme si les humains avaient besoin de cette souffrance pour s'épanouir en moi et moi en eux. Vos yeux refusent de voir la machination dans laquelle vous sombrez depuis des millénaires. Il y a dans votre propos quelque chose de profondément démoralisant pour l'avenir de vos semblables. Quant à l'esclavage, il s'agit d'un concept exclusivement humain qui illustre assez bien sa cupidité et sa soif de pouvoir illimité. J'entends encore vos justifications délirantes de supériorités raciales afin d'en justifier la légitimité. À présent vous en êtes à une sorte de mixture étrange où l'esclavage consiste en un acte d'adhésion volontaire à des dogmes dits libéraux. Alors, vos savantes transpositions maîtres/esclaves à mon endroit me laissent plutôt sceptique. Je vous en prie, épargnez-moi votre mauvais film sur la solitude du séducteur déchu, vous valez beaucoup mieux. Vous êtes certainement à court d'arguments pour sombrer dans une si pauvre moralité. Méphistophélès, L'esprit qui toujours nie |