Désirs?
       
       
         
         

agagne2074@sympatico.ca

      Ô, Maître des mouches,

Vous ne vous imposez pas, vous proposez, vous tentez, vous séduisez... Mais vous, quel est votre plus cher désir, votre rêve le plus fou (si vous rêvez...), votre objectif personnel?

Serait-ce de régner, seul, sur un monde en désolation, sur le néant? De vous remettre copain-copain avec Dieu, celui qui vous a banni de son Royaume? De devenir mortel? D'être aimé d'un Grand Amour, d'un amour sincère et profond? D'anéantir votre principal compétiteur? D'instaurer le chaos, d'abolir le bonheur, d'être créateur...?

Je joue franc-jeu (vous êtes omniscient, de toute façon...): je vous le demande pour mieux vous acheter. Ainsi, vous nous laisserez en paix et maîtres de nous-mêmes. On dit que le Bien ne peut exister sans le Mal, que le négatif nous permet de voir et d'apprécier le positif lorsqu'il se présente à nous... Mais j'ai de sérieux doutes...

Quelle est la meilleure façon de vous combattre? Avec haine, colère et jalousie? Ou plutôt avec amour, acceptation et foi... Qu'est-ce qui vous fait le plus souffrir?

Que la paix soit avec vous pour l'éternité.

MJ
         
         

Méphistophélès

      Cher Monsieur,

Moi, des sentiments? De l'amour, de la compassion, de la sensualité? Et vous voulez me flatter pour mieux me combattre? Vous voudriez que je sois Humain, comme vous? Amusant que tout cela, une tactique qui en vaut bien une autre. Plusieurs s'y sont déjà piqués et les résultats ne furent jamais très probants. Vous ne croyez donc plus aux effets purificateurs de l'eau bénite ou de l'exorcisme?

Il est vrai que les dogmes de votre époque dite «avancée» ébranlent fortement vos convictions les plus traditionnelles. Diables, lutins et divinités de toutes sortes ne font plus recette, des contes à dormir debout pour amuser la galerie. À présent, votre science explique tout en quelques analyses. Vous cherchez dans l'infiniment petit les traces de vos origines et dans les limites de l'univers la naissance de votre planète. Vous soupçonnez, vous concoctez et vous élaborez nombre d'hypothèses, mais cela est insuffisant et le sera toujours. Vous chassez l'ombre odieuse de la superstition et de l'ignorance, mais vous en créez des nouvelles toujours plus obscures et nébuleuses. Vous évacuez le bien et le mal pour satisfaire vos intérêts en affirmant que l'humain est au-dessus de tout et même de moi, mais vous n'êtes que des marchands d'illusions qui espèrent en ce que vous n'aurez jamais, l'immortalité.

Vous ne pouvez me combattre, vous êtes mortel et je suis immortel. Quoi qu'il arrive, vous disparaîtrez et je vaincrai. Vos dernières tentatives de nier mon existence sont de la meilleure bouffonnerie et même l'Usurpateur présent sur ce site, l'affirme avec bonhomie, mais pourquoi pas? Ignorez-moi et je vous ferai la surprise de vous retrouver au bon moment, lorsque vous vous y attendrez le moins.

Cessez de me prêter des «états d'âmes» et des sentiments qui me sont étrangers et propres aux êtres inférieurs. Tout cela est ridicule, j'ai le temps et vous, vous n'avez rien. Rien d'autre que moi.

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie
         
         

agagne2074@sympatico.ca

      Vous qui vous trompez rarement, l'avez pourtant fait devant mon écran. Je ne suis pas «Cher Monsieur», mais bien son pendant féminin... Par contre, je vous concède que «MJ» n'est pas très significatif, mais un esprit tel que le vôtre aurait dû voir clair dans mon jeu...

Vous dites que je ne peux vous combattre, mais est-ce vrai? Un serpent nous dira-t-il comment lui briser le cou? Vous battez simplement en retraite, vous ne me révèlerez pas comment percer vos défenses, évidemment. Vous manquez de courage, Méphistophélès! Ah oui, c'est vrai... J'oubliais que vous n'avez pas d'états d'âme, de sentiments... Pure folie! Je crois que tout Esprit digne de ce nom, qu'il soit insignifiant ou grandiose, doit avoir des désirs, des envies, et tout désir cache des émotions, non? Et, en tant qu'humains, c'est ce qui nous permet d'avancer, de se développer, de grandir, sinon c'est la stagnation, la mort... Oui nous sommes mortels, mais l'Esprit qui habite nos enveloppes charnelles, l'est-il, lui? Nous sommes aussi immortels, Méphistophélès, à notre façon, et ÇA, vous ne pouvez le nier... Ah ah! Vous vous nourrissez de nos âmes, alors vous devez être bien placé pour le savoir. Vous nous dédaignez mais vous nous goûtez, nous dégustez, vous avez BESOIN de nous, pauvres humains! Vous vous cachez sous une attitude hautaine, hostile, prétentieuse pour nous faire croire que vous avez le dessus... Mais NOUS avons le dessus, car NOUS avons le produit que vous chérissez entre tous!

La négation, dont vous semblez être fervent, est un mécanisme de défense. Et qui dit défense, dit protection. Vous vous protégez de quoi, cher Mephistis? Vous attaque-t-on? Vous fuyez ce qui peut vous faire mal, ce qui peut vous blesser... Et ne niez pas! Ce serait me donner raison! Votre résistance, un jour, ne tiendra plus...

Que votre Présence ne soit plus qu'un souvenir,

MJ
         
         

Méphistophélès

      Chère Madame,

Une Dame! J'ai alors confondu? Cela est-ce possible? Vous m'en voyez atterré, la surcharge de travail ou le poids des siècles, peut-être. Je sens monter les rougeurs de l'enfer jusqu'au bout de mes cornes.

Mais êtes-vous bien convaincue de votre état? Peut-être que votre esprit aurait préféré se retrouver dans le corps d'un mâle et j'ai ressenti cette pulsion inconsciente de votre part? Vous savez que dans les circonstances cela est tout à fait compréhensible. Rappelez-vous qu'à une certaine époque les hommes, vos maîtres, s'interrogeaient sérieusement sur votre nature dite «humaine». Étiez-vous véritablement des créatures de Dieu ou des êtres horriblement démoniaques? Aviez-vous même une âme, s'interrogeaient les plus éminents théologiens en écrivant traités par-dessus traités? Finalement, on vous décréta suffisamment dignes pour nettoyer les latrines du clergé et enfanter des papes... Grandiose!

Remarquez que tout cela n'a pas vraiment changé et que les femmes, malgré tout, sont toujours traitées en servantes et en inférieures parmi les humains. Pourtant, vous cherchez à devenir aussi viles qu'eux et à leur ressembler le plus possible, mais même en empruntant leurs idées et en vous revêtant du complet trois pièces, vous demeurerez au service du mâle et de sa pensée pour l'assouvissement de ses instincts les plus primaires. Cela ne vous révolte toujours pas de voir votre nature si différente ainsi bafouée? Vous préférez attendre, devenir fluide et chercher à me vaincre dans un combat loyal d'esprit contre esprit? Noble vengeance, j'en conviens! Cela m'attriste de constater que vous préférez espérer en l'éternité en vous complaisant dans les chimères intemporelles de l'Usurpateur en me détestant moi, en lieu et place de vos véritables ennemis.

Mais pourquoi pas, vous avez probablement raison, cela est beaucoup plus simple ainsi et tellement plus rassurant pour tout le monde. À quoi bon le risque d'introduire le loup dans la bergerie si le bonheur se trouve à l'abri du troupeau et si votre sécurité est dans le coup de bâton du berger qui vous ramène à l'ordre ou la morsure de son chien qui vous fait entrer dans le rang. Soyez en paix et priez Dieu votre berger, l'avenir de l'humanité est assuré et le mien condamné. Alléluia!

Hostile! Madame, mon mépris envers les mortels vaut bien votre agressivité envers ma modeste personne et je n'en fais pas un plat, croyez-moi. Ma faiblesse est de tenter de secouer le joug de votre condition en espérant qu'il en résultera un événement fortuit qui vous aiguillera sur une nouvelle voie en fonction de nos intérêts communs.

Vous semblez aussi ignorer, chère Madame, que cette négation dont vous me reprochez amèrement le défaut, est l'arme absolue de l'intelligence et de la perspicacité et, l'acceptation béate de votre sort insipide, la représentation parfaite de l'asservissement et de l'abrutissement de la nature humaine. Quant à ma grande peur envers ce que je n'ai pas, je vous propose d'attendre le moment de vous retrouver devant moi et alors nous évaluerons ensemble les peurs de l'un et de l'autre.

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie
         
         

agagne2074@sympatico.ca

      Mephistis,

Je vous adore! Soulever de telles passions chez moi, alimenter mon «agressivité» ainsi, par vos propos! Chauvin, va... Je n'argumenterai pas, vous me provoquez volontairement, vous cherchez à me ridiculiser, me discréditer et à faire éclater ma colère! J'aime particulièrement la suggestion de mon désir d'être un homme... peut-être... Qui sait? Ah ah ah!

Mais vous vous trompez en affirmant que je vous déteste. Mes sentiments à votre égard sont doubles: d'un côté, je vous plains car vous avez dû souffrir terriblement, beaucoup plus que n'importe qui a supporté, pour agir et penser comme vous le faites. Et en vous lisant, je vous trouve de plus en plus sympathique, stimulant et amusant. Mais de l'autre, oui, je vous déteste. Si un homme tue ses enfants, doit-on blâmer le fusil, l'homme qui tient le fusil ou Vous? Ou tous les trois ensemble? Est-ce que le Mal fait par les Hommes part de Vous? Sommes-nous vos instruments, causant notre propre destruction? Vous insinuez que je dirige mal mes canons... mais vers où dois-je envoyer mes obus? Instruisez-moi et mon ignorance ne vous touchera plus. Est-ce Dieu, le Berger, celui qui tient le bâton pour nous «dompter», comme vous le laissez entendre?

Et, entre nous seulement, je suis curieuse de connaître nos intérêts communs. Vous pourriez peut-être également me les enseigner? Je n'ai pas votre clairvoyance, à côté de vous je suis aveugle... Car, détrompez-vous, vous n'avez pas à être modeste. Vous êtes l'égal de l'Autre. Quant à avoir un «combat» d'égal à égal, je ne crois pas que c'est possible: vous aurez toujours une longueur d'avance sur les mortels!

Que les flammes vous enveloppent,

Marie-Josée
         
         

Méphistophélès

      Chère amie,

Puisque vous en manifestez le désir, ne parlons plus de combats et d'affrontements mais discourons plutôt de complicité, de connivence et de compréhension mutuelle. Je ne souhaite que cela, vous seconder, vous enseigner et vous stimuler à découvrir la richesse que j'ai à vous offrir. Ce que nous appelons nos intérêts communs ne se vérifie pas à l'aide de théories fumeuses et ne s'échange pas contre des pièces d'or sonnantes mais s'exprime en toute liberté.

Ce que j'ai à vous offrir tournoie et danse déjà en secret dans les abîmes de votre coeur et, lors d'une nuit de pleine lune, cela vous submergera tel une grande marée d'automne et vous en serez déconcertée. Ne fermez jamais votre esprit à la controverse et au questionnement. Ne fermez jamais les yeux devant une mer en furie, car s'y cache la liberté et l'espoir d'un renouveau.

Concevez, ma chère Marie-Josée, que derrière vos peurs ancestrales se dissimule peut-être l'inévitable rencontre. Que de votre curiosité trop farouche surgira peut-être une découverte qui vous bouleversera, et que derrière votre agressivité à mon égard naîtra peut-être une amitié éternelle. Pourquoi refuser avant de savoir et de connaître? Ne laissez surtout pas gâcher l'ouverture d'esprit que vous me manifestez par les bavardages et les médisances de mes ennemis.

Je pense que vous vous trompez, chère amie. Un homme qui tue ses enfants n'est certes pas la représentation du Mal absolu, mais plutôt l'illustration du désespoir. Il s'agit surtout d'un humain qui n'arrive pas à assumer les notions de «bien» que ses maîtres lui imposent et qui, dans sa nature profonde, lui paraissent inacceptables. Il n'est pas le Mal, il réagit à une agression des tenants du «bien» dont il est une victime parmi tant d'autres. D'ailleurs, laissez-moi vous dire que les humains se moquent éperdument du drame de cet homme. Ils réagissent pour la galerie, se grattent sérieusement le crâne en pérorant sur les problèmes de l'inconscient, puis écrivent de superbes rapports. Vous adorez les frissons alors les spécialistes de la question vous flattent et vous entretiennent. Dans les faits, chacun admet que ce ne sont que des incidents de parcours dans votre grande marche pour l'évolution. Des incidents banals et sans importance.

Le père qui assasine agit-il par incompréhension? Par maladie? Par folie? Par vengeance? Par stupidité? Cherchez un peu au-delà des discours des «professionnels» et des officiels qui enrobent le malheur d'autrui de concepts psychologiques creux et vous trouverez peut-être une explication plus intéressante qui mériterait d'être fouillée.

Quel est le bien et quel est le mal, Marie-Josée? Tuer est mal? Mais vous tuez et dévastez à tous les jours au nom du «bien». Aimer son prochain est bien? Mais vous affamez des peuples pour enrichir et entretenir l'image de ce «bien» et ses chimères que vous entretenez avec passion. Vous désirez d'autres exemples de votre belle hypocrisie? Ai-je besoin d'insister afin que vous compreniez? Le «bien» que vous chérissiez tant est le plus grand outil de destruction et de haine dont l'humain se soit doté et vous refusez de l'admettre, car c'est toute votre existence qui en serait transformée à jamais.

Remarquez que vos maîtres, que vous admirez tant, ces représentants du «bien» qui vous sont si chers, ne s'attaquent jamais à plus fort qu'eux. Ils font triompher leurs intérêts en écrasant le faible et en le réduisant en esclavage. En lui dérobant sa terre et sa subsistance et en lui imposant leur manière d'être. Ils se glorifient et se congratulent de leur humanité à s'accaparer ainsi le bien d'autrui en toute impunité.

Avez-vous déjà pris conscience du fait que vous détruisez tout ce que vous aimez? Un homme qui tue ses enfants n'agit pas autrement, il détruit ce qu'il aime et qui est sans défense, comme ses maîtres le lui ont montré. Il opte pour la facilité. Le responsable n'est certes pas le fusil ou les mains qui le tiennent, mais alors qui est responsable? Qu'en pensez-vous, Marie-Josée? Pourquoi accusez-vous le Mal, lorsque c'est le Bien qui est en cause?

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie
         
         

agagne2074@sympatico.ca

      Méphistis,

Vous me suggérez de ne pas fermer mon esprit au questionnement, au doute. Alors j'imagine que vous ne vous offusquerez pas que je me permette de revoir votre discours. Égal à vous-même, vous suscitez encore chez moi une grande réflexion.

Je suis d'accord avec vous lorsque vous traitez d'hypocrites les soi-disant tenants du bien. Tuer, même au nom du bien, est tuer. Les raisons n'enlèvent rien à l'acte, ça explique mais ça n'excuse pas. On agit et on se trouve des raisons ensuite.

Mais en réalité, ceux que vous désignez, c'est vous qui les «contrôlez». En façade, c'est le bien qui est prôné, mais dans l'os, on parle de pouvoir, d'influence, de territoire, de sang, de suprématie, de dictature, d'argent, de facilité et j'en passe, donc, en résumé, l'oeuvre du mal. Ce qu'il faut regarder, ce sont les raisons derrière les raisons, les motivations derrière les actions. Il ne faut pas se fier à ce qui est dit, mais bien à ce qui est fait et pourquoi c'est ce qui a été fait. On a toujours le choix dans nos actions, nos façons de nous comporter. Et ce qui sous-tend ces choix, ce sont les valeurs. On peut avoir des valeurs discutables et utiliser des moyens corrects ou non, et c'est la même chose pour les valeurs dites «bonnes». Un homme qui aide une dame âgée à traverser la rue, est-ce bien ou mal? Tout dépend des intentions. Veut-il la voler, la violer, espère-t-il avoir une récompense, est-il désintéressé? Tout dépend...

Les vrais tenants du bien, vous n'en parlez pas. De toute façon, chaque personne a sa part d'ombre et de lumière. Je peux être «gentille» une journée et invivable le lendemain, pour différentes raisons. Peut-être que quelqu'un qui est bien, c'est quelqu'un qui écoute et respecte les autres, tout en se respectant lui-même, et ce sans faire de victimes intentionnellement et consciemment autour de lui. Victimes de grands ou de petits crimes. Alors, suivant mon raisonnement, il n'y aurait pas beaucoup de gens fondamentalement «mauvais»! Mais les actions, les intentions, elles, peuvent être mauvaises.

Pardonnez mon discours décousu, Méphistis! De tous les temps les hommes ont tenté de définir le Bien et le Mal, de départager les bonnes actions des mauvaises, et jusqu'à maintenant, je considère que personne n'y est arrivé de façon satisfaisante. Et je n'arrive pas moi-même à me satisfaire! Peut-être le pourrez-vous, Grand Méphistis...

Celle qui aimerait y voir plus clair,

Marie-Josée
         
         

Méphistophélès

      Chère Marie-Josée,

Aider une vieille dame à traverser la rue n'est nullement une question de bien ou de mal, mais d'éducation, de conventions et de simple politesse. Si vous connaissiez le nombre d'occasions où j'ouvre moi-même les portes de l'enfer afin d'accueillir mes nouveaux pensionnaires, vous seriez surprise de mon immense bonté. Tout est toujours selon, chère Marie-Josée, tout est toujours question d'intérêts. J'irais même avec plaisir aider votre vieille personne à traverser la rue et cela ne m'enlèverait point mes vues sur son esprit. Je ne suis pas ce que vous croyez, une entité vulgaire qui s'échine à convaincre les voyous à attaquer les dames et à me donner leur âme en commission.

Vous m'accusez élégamment d'intriguer et d'être responsable de la bassesse de vos maîtres tout-puissants. Selon vous, je leur suggère d'agir ainsi moyennant récompenses terrestres, argent, pouvoir et sexe jusqu'à un âge vénérable. Vous le croyez vraiment? En fait vous avez peut-être raison, mais ne sont-ils pas vos maîtres, ceux qui sont le plus près du Dieu que vous chérissez tant et qui défendent avec acharnement les principes universels d'amour, de fraternité et d'égalité? Pourquoi alors agirais-je ainsi? Seulement pour les corrompre ou vous les montrer tels qu'ils sont et tenter de vous ouvrir les yeux sur votre naïveté en espérant qu'un jour vous réagirez?

Dites-moi, pourquoi des maîtres si puissants, vos guides de toujours, font montre d'autant de faiblesse et d'ignominie en laissant des milliards de vos semblables dans une terrible misère, esclaves d'un travail qui ne leur appartient pas? Pourquoi Dieu n'a-t-il aucune emprise sur eux s'ils trahissent ainsi sa création? Ah oui! Je sais! Le libre arbitre, Dieu me laisse toute la place et le permet pour vous éprouver à sa guise. Depuis des siècles vous marchez à l'abattoir en toute soumission en vous contentant à genoux de sa bénédiction. Depuis des siècles vous supportez en silence! Ne pensez-vous pas avoir assez souffert pour mériter enfin un tant soit peu de cette bonté et de cette perfection dont il se vante tant?

Avez-vous songé que vos maîtres vous présentent peut-être seulement une façade de la réalité? Ils vous l'imposent de force en l'affirmant unique et universelle, bannissant ainsi toutes les autres? Ils mettent en cause même mon existence afin de se laisser le champ libre, car je sème trop de doutes en vos esprits. Qui croire? Eux qui vous endorment ou moi qui vous stimule?

Vous croyez sérieusement avoir le choix? Vraiment? Vous pensez sincèrement que ce sont vos valeurs qui déterminent les choix que vous faites? Et s'il s'agissait plutôt de l'inverse, que vos valeurs soient plutôt déterminées par les choix que d'autres ont fait à votre place? Que ces valeurs ne sont qu'accumulation de contraintes qui s'adaptent peu à peu aux besoins de vos maîtres et qui n'ont rien à voir avec la théorie du «Bien» qu'ils vous inculquent? Cela changerait peut-être votre façon d'aborder les choses et de percevoir votre réalité? Vous remettriez peut-être en question tout ce que vous avez appris depuis votre naissance, tel le respect de l'autorité, l'importance d'agir en bon citoyen respectueux des lois et la nécessité que vos enfants perpétuent le monde immonde dans lequel ils vivent? Vous choisissez en toute liberté ce que vos misérables semblables font de leur planète? Vous ne désirez pas parfois remettre en cause le pouvoir de vos bergers qui vous dirigent à coups de bâtons à vos verts pâturages? Alors pourquoi n'agissez-vous pas? Vous préférez laisser tout cela entre les mains de Dieu? Sachez qu'il se moque des vieilles dames et se contente de leur adoration perpétuelle.

Écoutez-moi, Marie-Josée, et laissez dériver votre esprit, interrogez vos valeurs, déterminez-en la provenance et voyez si elles correspondent vraiment aux choix que vous avez faits et à la liberté qui devrait les sous-tendre. Usez d'une véritable indépendance et interrogez-vous sur le pourquoi et le comment. Puis... répondez-moi!

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie