Croyez-vous en Dieu?
       
       
         
         

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      Seigneur Méphistophélès,

J'aimerais vous poser une question qui me chicotte depuis que je lis vos interventions sur Dialogue et, avec la venue prochaine de votre pire ennemi, je crois que le moment est bien choisi: Croyez-vous en Dieu?

Pierre Lalanne
         
         

Méphistophélès

      Cher monsieur,

Vous me posez là une question bien étrange de la part d'un humain; question chargée de sarcasmes à ce qu'il me semble. Un piège de votre part, je suppose? Vous voudriez me voir cracher feu et braise à l'annonce de la venue de cet imposteur à mes côtés sur Dialogus? Vous pensez que j'en perdrai du panache en me ratatinant telle une larve devant cette pureté qui, à présent, éblouit votre monde. Je ne suis pas un humain, cher Monsieur, je n'ai nul besoin de ces frétillements grandioses pour exciter ma plume.

Mais croire en quel Dieu, je vous le demande? Les élucubrations de l'Éditeur et de son vis-à-vis sont un curieux mélange de lieux communs et de fausses universalités, balivernes réchauffées à la soupe originelle et, pour ma part, sans aucun intérêt. Je les vois sombrer dans un magma mutuel d'autosatisfaction. Selon l'orientation de leur discours, l'absolu devenant le bien et le choix se limite à la longue ligne continue du mal de vivre. Il n'existe plus de justice Divine ni même d'injustice terrestre, à quoi bon? Votre Dieu en a maintenant que faire, il s'adapte comme un caméléon, à la couleur de l'évolution humaine. Ne s'interroge-t-il pas cavalièrement sur l'absence d'injustice entre le pauvre et le riche, entre la mort et la vie, entre la stupidité et le génie, étrange pour un Dieu qui aime ses enfants. En fait cet imposteur s'en moque complètement, il se laisse porter par les vagues du Big-bang ou du cyberespace contemplant sa pseudo création tel une vache ruminante à l'oeil vitreux, admirant rugir le train qui détruit son domaine. À vous observer, je m'interroge à savoir qui est le Dieu de qui.

Et cet imposteur vous regarde agir bêtement en vous appelant ses enfants chéris, quelle gentille hypocrisie de sa part. Il affirme pourtant être le Grand Tout, l'ancêtre de sa propre création dont il ne cesse de reculer la portée afin de conserver ses acquis, son ascendance sur l'humanité en devenir. En langage populaire, je dirais qu'il cherche à sauver le peu de meubles qu'il lui reste mais, comme il le dit si bien, libre à vous d'y croire ou non, ce qui de toute manière importe peu. Ce Dieu, vous le modelez à votre image et à votre ressemblance, il souffre d'un atavisme, ma foi, assez plaisant. Il ressemble davantage à ce que vous appelez la psychologie qu'à un Dieu importun, mais telle est votre nouvelle religion à ce qu'il me semble et voilà pour vous un Dieu tout indiqué. Un dieu qui réfère ses brebis à Freud, il y a là de quoi s'amuser l'éternité durant. Un Dieu qui découvre, il y a de quoi être sceptique, comme si Dieu pouvait découvrir quelque chose.

Vous êtes à modeler tout doucement le Judas qui, de sa hauteur, va enfin être en mesure de me nier en se voulant le seul à étaler sa sagesse. Vous posez une à une les pierres qui conduiront votre race à dominer par la haine et la violence le reste de l'univers. Votre Dieu-outil se vautre dans un grand vide dont vous voudriez qu'il soit le centre, amour, bonté, lumière, liberté, mais surtout indifférence envers vos agissements protégeant ainsi la bassesse de vos tares. Vous lui faites apprendre la langue venimeuse des prophètes du désert, ces milliers d'usurpateurs qui sont déjà passés dans votre histoire afin de vous vendre la lumière et prêcher la félicité en vous prédisant l'immortalité. Et cette immortalité vous la désirez par-dessus tout, quel qu'en soit le prix. Vous aspirez à Dieu à la condition que vous en soyez le concepteur et ce Dieu, mollasse dans sa crainte de perdre ses adorateurs, se plie volontiers à votre bon vouloir.

Voyez-vous, vous n'êtes pas des enfants-chéris, vous êtes une race putride, vile, cupide et malsaine. Vous vous vautrez dans l'autosatisfaction avec une aisance de rampant. Vous êtes la pire des espèces qui, par votre unique action menacez votre propre existence. Vous cherchez en ce Dieu votre propre miroir, mais sachez c'est seulement de l'autre côté que la vérité vous attend; de l'autre côté se trouve l'entrée du véritable chemin.

Mais revenons un moment au coeur de votre question, l'acte de croire est un sentiment humain qui m'est absolument étranger. Je Suis! Cela me suffit et devrait également vous satisfaire. Dieu est votre aspiration, mais je suis votre destin. Je suis l'obscurité de votre lumière éternelle et la justice de votre injustice, la négation de votre droit et la conclusion de votre dernier voyage. C'est donc à vous cher M. Lalanne de répondre à votre question, non à moi.

Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie