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Raphaël
écrit à
Méphistophélès
Méphistophélès


Comment considérez-vous l'humanité?


   

Seigneur des ténèbres, Adversaire, Accusateur, on vous a donné tellement de noms à travers les âges… Alors comment devons-nous vous appeler?

Ce monde est pourri, vous ne me contredirez pas là-dessus, notre espèce va vers sa ruine, et à vous croire, Dieu n’est qu’une chimère dénuée de sens. Mais arrivons-nous, quelquefois, à vous surprendre, à vous étonner? Êtes-vous fâché de vous voir réduit au rôle d'épouvantail pour conduire quelques âmes vers l’Église? Êtes-vous ennuyé que nous n’ayons plus besoin de vous pour nous détruire? Avez-vous une autre opinion sur l’humanité?

En vous remerciant par avance de votre réponse (éventuelle?),

Raphaël, 15 ans
ex-croyant


Raphaël, ex-croyant,

Pourquoi chercher à m'offrir un nom autre que celui par lequel je signe? Je suis Méphistophélès. C'est écrit, là, au bas de chacune de mes réponses. Cela n'est-il pas suffisant?

Voyons maintenant le sens de tes questions. Ou plutôt... voyons ce qu'il y a derrière. Car tout ci-devant a un ci-derrière, n'est-ce pas? Bien. Ce monde est pourri, votre dieu est un faire-valoir, vous n'avez plus besoin de moi pour vous détruire et de là je devrais m'ennuyer ou du moins me sentir d'une navrante inutilité. C'est cela?

Disons que pour l'essentiel tu as raison, sauf que rien de tout ceci n'est bien nouveau. Votre siècle n'est pas plus pourri qu'au temps des cavernes, l'énergie que vous mettez à vous détruire n'est pas nouvelle et il y a longtemps que votre dieu fait pipi debout. Si tout cela devait m'ennuyer, il y a longtemps que j'aurais appris à me distraire.

La vérité, c'est que vous n'avez de cesse de me surprendre. Ainsi votre «quelquefois» est-il d'une grande modestie: chaque jour il suffit que je penche la tête de quelques degrés géomètres pour remarquer à quel point votre imagination est débordante. Hier encore j'assistais au spectacle grandiose d'un homme qui marchait dans un désert avec un appareil spécialement assemblé pour repérer les mines que vous dites «antipersonnelles». Savez-vous que ces appareils et ces mines sont issus de la même usine? Quelle jouissance de voir autant de cynisme parmi les vôtres.
J'aurai voulu l'embrasser, cet homme qui un jour enfouit les mines dans le sable, dans l'espoir de déjamber les petits enfants, et le lendemain les désamorce afin que l'estropié ait encore ses mains pour pouvoir travailler à en assembler de nouvelles.

Non, Raphaël, ne vous inquiétez pas pour moi. Le spectacle que vous m'offrez a l'art de se renouveler à l'infini, pour me plaisir le plus admiratif! Mon opinion de l'humanité s'en trouve intacte. Vous êtes assurément des géants.
Chapeau!

Méphistophélès
L'esprit qui toujours nie
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