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Charles
écrit à
Méphistophélès
Méphistophélès


Bonjour moi


    Bonjour à vous ô prince des ténèbres,

J'ai rêvé de vous cette nuit. Je rêvais que je démolissais un guichet automatique qui me volait mon argent plutôt que de m'en donner; un guichet qui appartenait à mon père...

Devant vous, l'hypocrisie n'est pas de mise car vous êtes en moi, en nous tous et je le reconnais.

Suite à la démolition du symbole d'asservissement économique (que je rêve de démolir à l'échelle mondiale pour libérer l'humain de son asservissement à l'argent), j'ai demandé à rencontrer mon guide spirituel.

N'ayant aucune réponse, j'ai volé en direction d'une chapelle et en y atterrissant j'ai vu... une pierre tombale du nom de Lucifer et ensuite, j'ai vu un homme qui avais déjà été mon dealer de drogue et j'ai ressenti bien de l'amour en le voyant et suis entré à sa suite dans la chapelle. Et en me parlant, j'ai vu son visage se transformer en visage d'un diable et pourtant je ne sentais rien de malveillant.

En y réfléchissant, j'ai compris qu'il s'agissait de vous. Vous que j'ai toujours nié par désir de réaliser ces idéaux que vous jugez naïfs et Dieu sait que l'histoire vous donne raison.

Il y a une chose que nous avons en commun vous et moi, plusieurs, en fait, malgré ma pitoyable condition de mortel. J'ai comme vous une soif de liberté et je désire détruire, détruire car l'asservissement me met en rage et je refuse de me soumettre à une quelconque forme d'esclavage et je continuerai de me battre de toutes mes forces contre tout être qui cherche à me dominer. Détruire ces chaînes. Si la haine se trouvait véritablement en vous, ce serait peut-être parce que vous savez la vérité et reconnaissez l'horreur du monde et à quel point tout ce qui s'y passe est perfide.

Vous dites que cela vous amuse, mais quand on a le choix entre rire ou pleurer, n'est-ce pas plus sensé d'en rire?

Moi je refuse d'accepter ceci. J'aspire à mieux et j'aimerais que les humains vivent mieux. Mais quitte à  vivre une vie d'asservissement sans véritable satisfaction, je préférerais la destruction, l'annihilation.

Seulement la trouverais-je la satisfaction que procure le véritable pouvoir sur sa propre existence?

Vous me tentez pour que je vous suive, je le sens mais si ce que vous proposez est une autre forme d'asservissement, alors je résisterais de toutes mes forces, comme vous résistez à celui que vous nommez l'usurpateur. Et si, comme je le soupçonne, vous proposez.... une autre vision des choses où la création a finalement un sens, où l'humain n'est plus asservi par sa propre stupidité, alors je vous écouterai. Mais ne comptez pas sur moi pour signer le contrat sans en connaître toute les clauses...

Je réalise qu'en m'adressant à vous, je joue avec le feu... mais je ne peux nier qu'une grande part de moi vous appartient déjà.

Ma question maintenant est simple, que proposez-vous?

le nom Abbadon ou encore Apolyon vous dit-il quelque chose?

Je tente de vous regarder sans préjugés mais je réalise que votre vérité est peut-être au-delà de ce qui me serait supportable.

Cela dit, comme vous, j'ai soif de liberté, mais pas nécessairement au détriment des autres.

Sincèrement vôtre, ô maître de l'ombre,

Charles

Monsieur le démolisseur de guichets automatiques,

Je suis désolé de vous décevoir mais je ne suis ni celui qui vous procure vos potions hallucinogènes, ni celui qui vous ramasse à la petite cuillère quand vous mettez le pied dans une chapelle. Ces illusions auxquelles vous adhérez sont aussi bêtement mortelles l’une que l’autre et je laisse à d’autres le soin de vous prodiguer ces soins bien éphémères.

Vous voulez savoir ce que je vous propose et me dites en même temps votre crainte que ce soit là insupportable. N’êtes-vous pas un peu gêné d’étaler ainsi vos contradictions? Vouloir et ne pas vouloir. Faire et ne pas faire. Détruire sans détruire. Signer sans signer. Comment voulez-vous vous libérer de votre éternelle immobilité si vous passez votre temps à nier vos propres intentions? Comment voulez-vous décroiser vos jambes si vous mettez le pied gauche sur l’accélérateur et le pied droit sur le frein?

Vous ne savez pas ce que vous voulez, pauvre voyageur! Voilà pourquoi vous n’êtes pas libre!

Méphistophélès
L’esprit qui toujours nie
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