À celui que l'on sait,
À vrai-dire, mon mot devait provoquer une réaction
fâcheuse de votre part. Ne trouvez-vous pas provoquant d’écrire ces quelques
lignes à un homme condamné? Non, vous acceptez, vous assumez et même vous ne
regrettez rien! Cette soumission à votre terrible destinée m’intrigue. Il faut
avouer que vous ne pouvez évoquer votre passé sans risque pour autrui car vous
ne vivez déjà plus. Accomplir le sacrifice d’une vie en captivité est vain. Une
vie de banni est une vie mortelle pour l’âme.
Enfermé entre quatre murs
qui sentent le moisi, la pourriture et le malheur, vous perdez le sens d’une
existence, vous souhaitez que ces murs finissent de vous briser et qu’une peste
vienne finalement vous emporter le prochain hiver.
On ne sauve pas sa vie
à ce prix-là, mais on soulage la menace qui pèse sur quelqu’un d’autre. L’amour
pour cette personne vous fait tenir malgré le malheur de chaque
jour.
Vous ne souhaitez pas l’avouer, vous ne voyez même pas de qui je
parle puisque votre geôlier peut lire ces quelques mots, en sera intrigué et
peut-être qu’à partir de cette lettre, une suite de conséquences désastreuses se
mettront en marche, conséquences dangereuses pour cette personne capitale à vos
yeux.
Bien à vous,
Mélaine
Bonjour,
Je suis celui que l’on sait.
Non, je ne trouve pas
provoquante la lettre que je viens de recevoir, mademoiselle. Mais je trouve que
vous avez un style très intéressant du point de vue littéraire qui n’est pas
sans évoquer certains auteurs, tel maître François Villon par exemple.
Il
est vrai que mon secret est lourd à porter, mais il faut rendre grâce au
Seigneur et accepter la voie qu’Il a choisie pour chacun de nous. Comme vous le
savez, je ne peux en dire plus sur cette histoire sans risquer d’amener une
issue fatale, mais il est vrai que ce secret concerne une personne en
particulier et plusieurs en général.
Bien à vous,
Celui qui sait
