Retour en page d'accueil de Dialogus

Mélaine
écrit à

Le masque de fer


Quand on se perd...


    Cher monsieur,

Le visage brisé, le coup tordu et la voix déformée… Quand on se perd dans le complot, quand on devient la victime d’une identité et que finalement le granit noir de sa prison devient une vue familière, dites-moi, que pense-t-on de sa vie? Avez-vous jamais vécu?

Le passé ne semble-t-il pas une douce illusion ou bien un rêve qui s’échappe à mesure que le sommeil s’estompe? Quand, le crâne fendu par l’horreur de votre vie, vous vous interrogez sur l’individu que vous n’avez jamais été ou que vous ne serez plus jamais, que se passe-t-il en vous? Pitié pour cet être perdu dans sa fatalité!

Bien à vous.

Mélaine

Bonjour,

Je suis celui qui sait.

Vous êtes très douée pour les vers, mademoiselle, et vous lire est une chose très agréable.

Je ne regrette rien de ma vie passée, et je ne renie rien. J'assume pleinement mes actes et j'accepte sereinement le sort qui est le mien. Comme vous le savez sûrement, je ne peux évoquer mon passé sans risque pour ma vie. J'espère avoir répondu à vos attentes et vous souhaite de profiter de votre liberté.

Bien à vous,

Celui que l'on sait

À celui que l'on sait,

À vrai-dire, mon mot devait provoquer une réaction fâcheuse de votre part. Ne trouvez-vous pas provoquant d’écrire ces quelques lignes à un homme condamné? Non, vous acceptez, vous assumez et même vous ne regrettez rien! Cette soumission à votre terrible destinée m’intrigue. Il faut avouer que vous ne pouvez évoquer votre passé sans risque pour autrui car vous ne vivez déjà plus. Accomplir le sacrifice d’une vie en captivité est vain. Une vie de banni est une vie mortelle pour l’âme.

Enfermé entre quatre murs qui sentent le moisi, la pourriture et le malheur, vous perdez le sens d’une existence, vous souhaitez que ces murs finissent de vous briser et qu’une peste vienne finalement vous emporter le prochain hiver.

On ne sauve pas sa vie à ce prix-là, mais on soulage la menace qui pèse sur quelqu’un d’autre. L’amour pour cette personne vous fait tenir malgré le malheur de chaque jour.

Vous ne souhaitez pas l’avouer, vous ne voyez même pas de qui je parle puisque votre geôlier peut lire ces quelques mots, en sera intrigué et peut-être qu’à partir de cette lettre, une suite de conséquences désastreuses se mettront en marche, conséquences dangereuses pour cette personne capitale à vos yeux.

Bien à vous,

Mélaine

Bonjour,

Je suis celui que l’on sait.
 
Non, je ne trouve pas provoquante la lettre que je viens de recevoir, mademoiselle. Mais je trouve que vous avez un style très intéressant du point de vue littéraire qui n’est pas sans évoquer certains auteurs, tel maître François Villon par exemple.

Il est vrai que mon secret est lourd à porter, mais il faut rendre grâce au Seigneur et accepter la voie qu’Il a choisie pour chacun de nous. Comme vous le savez, je ne peux en dire plus sur cette histoire sans risquer d’amener une issue fatale, mais il est vrai que ce secret concerne une personne en particulier et plusieurs en général.
 
Bien à vous,
 
Celui qui sait
************************Fin de page************************