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Maryline, seize ans
écrit à

Le masque de fer


Curiosité


    Cher prisonnier,

Je suis ravie de pouvoir échanger ces quelques mots avec vous, mais j'aurais besoin de renseignements sur votre vie car je ne vous connais pas bien. Que vous est-il arrivé pour que vous soyez prisonnier? Depuis combien de temps l'êtes-vous? Vous ne vous sentez pas trop seul?

En attendant votre réponse, je vous prie de m'excuser de vous avoir dérangé et vous fais part de toute mon affection.

Maryline, seize ans


Bonjour Maryline,

Je vous rassure, vous ne me dérangez absolument pas, j'ai tout loisir de répondre à vos lettres aussi longues soient elles.

Tout d'abord, merci de vous intéresser à moi, pauvre prisonnier. Que voulez-vous savoir exactement sur mon humble personne? Je suis en prison, car je suis celui qui sait. Mon secret est très lourd et personne ne doit le connaître. Le dire serait me condamner à mort, car mon geôlier, monsieur de Saint Mars, a reçu pour ordre de me passer son épée en travers du corps si j'en parle. Je ne pense pas que vous vouliez ma mort, n'est ce pas?

Je suis enfermé depuis 1669. Cela fait donc vingt-neuf ans que je suis prisonnier et j'ai déjà changé trois fois de prison au gré des mutations de mon geôlier.

Je me sentais seul parfois, mais la prière est là pour me donner du courage. Depuis que j'ai rejoint cette forteresse, après un voyage mouvementé pendant lequel j'ai cru ma dernière heure arrivée, ma peine est plus agréable. Ma prison est vaste, bien éclairée, et la vue sur la mer est un réel réconfort. Et puis, depuis quelque temps, j'ai la possibilité de parler aux hommes ce qui rend ma détention plus douce.

Voilà cher Maryline, j'espère avoir répondu à votre attente et qui sait, peut-être prendrez-vous de nouveau le temps de vous enquérir d'un humble prisonnier?

Avec toute mon affection,

Celui que l'on sait


Cher prisonnier,

Ce serait avec grand plaisir que je correspondrais avec vous. Vous dites que cela fait vingt-neuf ans que vous êtes prisonnier mais à mon époque, nous sommes en l'an 2007! Bien sûr que je ne
veux pas votre mort, elle me causerait une grande peine car vous me semblez quelqu'un de très sympathique et je suis vraiment honorée de pouvoir parler avec vous.

Je ne vous demanderai en aucun cas de me livrer votre secret, car si c'en est un, il doit le rester. Mais ce secret si lourd ne vous cause aucune peine, j'espère.

Avez-vous beaucoup voyagé? Dans quels pays êtes-vous allé? Merci de répondre à mes questions, il est temps que je vous laisse.

Je vous garde dans mon coeur.

Maryline, 16 ans


Bonsoir Mademoiselle,

Eh bien, je vois que vous êtes loin dans le futur moi, je suis en l'an de grâce 1698, en la forteresse de l'île de Sainte Marguerite. En tout cas, j'apprécie de correspondre avec vous. Cela me fera une compagnie et rendra ma détention moins terne. Je ne vous cache pas que la solitude du cachot me pèse parfois, même si mon gardien a tout fait pour me la rendre plus agréable.

Je vous remercie encore de me permettre de préserver mon secret qui est parfois lourd à porter. Mais Dieu dans sa miséricorde me soutient. Mais rassurez-vous, mademoiselle, il ne me peine aucunement, la seule contrainte est qu'il m'a privé de ma liberté, mais il faut savoir l'accepter avec philosophie.

J'ai voyagé un peu, dans notre beau pays et en Angleterre, puisque c'est à mon retour que je fus arrêté. Mais je m'égare, je ne peux vous en dire plus sous peine de trahir mon secret.

Je vous laisse pour cette soirée de peur d'en dire trop et vous souhaite de profiter de votre liberté au mieux.

Merci encore.

Celui que l'on sait


Cher prisonnier,

S'il ne vous cause aucune peine alors j'en suis rassurée. Vous m'avez dit avoir vue sur la mer: est-elle calme? Souvent lorsque je suis face à la mer, il m'arrive d'imaginer des tas de choses car c'est un élément si mystérieux.

Et lorsque je la regarde, je trouve quelques fois des réponses à mes questions. Ce la doit vous paraître un peu bizarre mais je m'y retrouve beaucoup. Lorsque je me sens seule, j'écris des poèmes et cela me fait du bien car parfois, comme vous le dites, la solitude pèse.

C'est tout ce que j'ai trouvé. Il est temps pour moi de vous laisser, je suis heureuse de vous avoir parlé aujourd'hui.

Je vous promets de profiter de ma liberté, j'en profite en pensant à vous. Je vous envoie tout mon soutien, mes pensées s'échappent par la fenêtre et j'espère qu'elles vous arriveront bientôt...

De tout mon coeur,

Maryline
Bonjour chère amie,

La mer est un élément qui reflète bien la variabilité de l'âme. Elle peut être tour à tour calme ou agitée, et c'est pour cela qu'on s'y retrouve. Toutefois, je n'arrive pas à comprendre comment la solitude peut vous peser alors que vous êtes libre.

Merci de me soutenir dans ma peine. Vos messages sont pour moi un doux accompagnement à ma peine.

En attendant vos pensées,

Celui que l'on sait

Cher ami,

Je me sens parfois seule mais c'est lorsque, comme aujourd'hui, il ne fait pas beau et que le ciel est gris, que cela pèse sur le coeur. Je suis consciente de la chance que j'ai d'être libre et je suis heureuse que mes messages apaisent votre peine.

Que faites-vous lorsque vous ne recevez pas de lettres? Êtes-vous vraiment tout seul?

Amicalement,

Maryline

Chère amie,

Je passe mes journées en méditations et en prières. Parfois, je joue de la musique ou je lis. Je me souviens du passé mais j'accepte mon sort avec résignation. Voilà de quoi sont occupées mes journées. Je n'ai pas de rancune vis-à-vis de mon geôlier ni de notre Roi. Parfois, Monsieur de Saint-Mars vient me voir, et nous devisons de choses et d'autres. Sa compagnie est agréable, mais sinon je n'ai aucune visite.

Passez une douce nuit.

Celui que l'on sait

Cher ami,

De quel instrument jouez-vous? Je jouais il y a quelque temps de la flûte, mais maintenant, je fais du théâtre et j'en suis ravie. Ce Monsieur de Cinq-Mars m'a l'air d'être un gentilhomme.

Je vous souhaite une bonne fin de journée, car je ne sais pas quelle heure il est chez vous.

À bientôt,

Maryline

Bonsoir,

Parfois il m'arrive de jouer de la guitare. Cela m'aide à trouver le temps moins long. Vous faites du théâtre? La belle chose que voilà. Connaissez-vous un auteur répondant au nom de Molière? Il avait beaucoup de succès avant sa mort.

Mon geôlier s'occupe bien de moi, il veille à ce que je ne manque de rien, à part ma liberté.

Chez moi, la notion de temps n'existe plus vraiment. Mes journées sont seulement rythmées par la venue de mon geôlier qui me porte mes repas.

Profitez bien.

Celui que l'on sait

Monsieur,

Oui, je suis très heureuse de faire partie de ma troupe de théâtre et bien sûr que je connais Molière. Il est très reconnu à mon époque et très célèbre!

Pendant quelques jours, je m'en vais chez ma marraine, donc je serais absente.

Je vous dis alors à bientôt.

Amicalement, je reviens vite.

Maryline


Bonjour,

Molière est célèbre! Cela ne m'étonne pas. Ses pièces étaient des chefs-d'oeuvre qui amusaient notre roi. Passez un bon séjour et gardez une pensée pour moi.

Celui qui sait


Cher ami,

Après un long séjour, je vous écris, pardonnez-moi pour le retard.

Je finis bientôt mes cours et je passe bientôt un examen. Mon année scolaire se termine, il était temps, je suis fatiguée.

Comment vous portez-vous?

Maryline
Bonsoir Mademoiselle,

Je suis bien aise de voir que vous n'avez pas oublié un pauvre prisonnier.

Alors comme cela vous avez la chance de pouvoir étudier. Profitez-en à mon époque les études sont réservées à une élite. Qu'étudiez-vous de beau?

J'espère que vous avez bien profité de vos vacances.

Celui qui sait

Cher prisonnier,

J'étudie un peu tout: l'histoire, le français, les mathématiques et les sciences et aussi les langues étrangères. Cela a bien changé, à mon époque, nous devons absolument avoir fait des études si nous voulons trouver un métier.

Non je ne vous ai pas oublié cher ami.

À bientôt,

Maryline


Bonsoir mon amie,

Je suis heureux de voir que vous ne m'avez pas oublié. Cela me fait plaisir d'avoir de la compagnie. Monsieur de Saint-Mars avait parlé de me trouver une personne pour cela, mais je crois que la pauvresse a refusé de peur de finir sa vie à mes côtés. Enfin bon, telle est la vie.

Quelle étrange idée de devoir étudier pour travailler. Les études sont un passe-temps de salon réservé à une élite. Ceux qui travaillent n'ont pas le temps pour ces choses-là!

En tout cas, je suis honoré de voir que j'ai affaire à une dame de haute société et de noble érudition.

Profitez de votre liberté chère amie,

Celui que l'on sait
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