| |
|
Je ne sais comment introduire ma lettre, car nous savons si
peu de choses sur vous...
Je voudrais savoir comment vous avez surmonté le fait
d'être abandonné par votre mère et oublié au
profit de votre frère, cela doit être horrible à
surmonter.
Ayant moi-même une soeur, je ne sais comment j'aurais pu vaincre
ce rejet, cette solitude que vous avez vécue pendant si
longtemps.
Vous devez éprouver beaucoup de haine envers vos pairs et ceci
est légitime.
Je voudrais vous dire encore une fois bravo pour votre courage.
Audrey
Bonjour mademoiselle,
Beaucoup de monde pense que j'ai été abandonné par
mes parents. Cela ne correspond en rien à la
réalité, je vous le rassure. En fait, je crois comprendre
que vous pensez que ma mère serait Anne d'Autriche et mon
frère Louis le quatorzième. Je vous rassure ou je brise
peut-être un mythe pour vous, mais il n'en est rien de tout cela.
Je ne suis pas le frère du Roi, et personne ne m'a
abandonné rassurez-vous. Si je suis ici, c'est parce que je suis
celui qui sait.
Je n'éprouve aucune haine envers personne non plus, j'accepte
mon sort avec sérénité.
Profitez de votre liberté.
Celui que l'on sait
Tant
de mystères tournent autour de vous... vous que l'on
connaît avec un masque de
velours, prisonnier.
Ne serait-ce pas vous le duc de Beaufort, enfermé pour sa
trahison face à la
Cour de France?
Amicalement,
Audrey
Bonsoir
Madame,
Je pense que vous me parlez encore d'un de ces contes jaunes dont mon
geôlier a
le secret. Je vous rappelle que le duc est mort lors du siège de
Candie.
Cordialement,
Celui que l'on sait
Un
conte? Non! Le duc de Beaufort fait partie de l'histoire de
France, du règne de Louis XIV, celui qu'on nommait le Roi-Soleil.
Vous me parlez souvent de votre geôlier; est-il gentil avec vous?
La solitude
qui vous habite doit être difficile à combler et les jours
doivent vous
paraître longs, tout comme les nuits.
Je crois savoir que votre forteresse est face à la mer.
Peut-être l'horizon
vous permet-il de vous évader et de penser à autre chose
qu'à votre enfermement
dans ces murs froids et gris.
Je tiens à vous faire part de ma compassion à votre
égard. Je ne sais quel
crime vous avez commis pour être enfermé, mais vous m'avez
l'air d'être
quelqu'un de sincère et de vrai. Correspondre avec vous me
serait un grand
plaisir, mon ami, la réponse est à vous.
Amicalement,
Audrey
Bonsoir,
Je connais les personnages dont vous parlez. Quand je parlais de conte,
je ne
faisais pas allusion au titre de monsieur de Beaufort, mais je parlais
de
«contes jaunes», les histoires que mon geôlier fait
courir sur mon identité.
Mon geôlier s'occupe bien de moi, il veille à ce que je ne
manque de rien, à
part ma liberté. En effet, la vue de la mer ainsi que des
bateaux qui passent
devant ma fenêtre est un doux réconfort pour moi. Par
contre, ma cellule est
claire et lumineuse ce qui la rend plus vivable que la sombre
forteresse
d'Exilles.
Je vous souhaite de profiter de votre liberté.
Celui que l'on sait
|