Ma foi en l'homme

 

     

       

 

       

 

       

Robert Mamet

      Quel triste charabia je trouve en vous lisant sur le Net!

Issu d'une famille profondément chrétienne, ancien militant d'action catholique sous toutes ses formes (Équipes Notre-Dame, ACGH, MCC, APEL, et j'en passe...), je compte dans ma proche famille de très nombreux prêtres et religieux que j'essaie de respecter. Leur dévouement est indiscutable; leur «bonne foi» évidente.

Vous parlez de Dieu, mais ce Dieu infiniment bon, tout-puissant, créateur, a créé un monde soumis à tous les caprices de la nature (divine?): inondations, tremblements de terre, typhons, sécheresse,... il a surtout créé la souffrance des hommes, souffrance réparatrice? (et la souffrance de la vache folle, de l'agneau mangé par le loup, est-elle réparatrice?): depuis qu'il est sur la terre, l'homme ne cesse d'essayer de rendre cette terre habitable; certes, il commet de nombreuses erreurs, mais il avance...

J'ai fait, il y a 50 ans, une retraite avec un vieux jésuite respectable; c'était au temps de la panique provoquée par l'explosion de la première bombe atomique en URSS... le brave père a commencé son instruction en racontant un rêve: l'homme avait fait exploser une super bombe et la planète terre était anéantie, et Dieu de son balcon céleste contemplait le désastre, disant: «m..., ils ont tout démoli, je n'ai plus qu'à recommencer», toute cette histoire pour signifier qu'il fallait avoir confiance en un Dieu tout-puissant...

Aujourd'hui, je pense que l'homme est réellement capable, s'il développe la mondialisation en terme de libéralisme économique et de croissance des richesses sans contrôle, de détruire irrémédiablement la planète, sans parler de l'anéantissement des populations de continent entier, dans la misère la plus noire. Et l'Église ose encore parler de confiance en Dieu!

Son rôle serait de proclamer «la planète et l'humanité en danger»: le temps de la charité est passé, il faut parler «Justice».

Mais depuis Constantin, l'Église respecte l'ordre, comme le désordre, établi dans la mesure où celui-ci l'autorise à célébrer le culte divin: Pétain, Franco, Salazar, Pinochet et même Hitler l'avaient bien compris. Seul Staline qui prétendait construire une société plus juste et plus humaine, a commis l'erreur de vouloir l'imposer par la force, mais les vieux communistes parlent de «leur histoire» et nous disent «Voyez comme on a pu s'aimer».

Le pape est l'un des hommes les plus respectés et écoutés, mais il ne dérange ni les présidents des États-Unis, ni les dictateurs et il approuve la construction d'une cathédrale avec de l'argent évidemment détourné... Quand je pense qu'un prophète juif, nommé Jésus, a été condamné par les autorités civiles, religieuses, et d'occupation: même le peuple a fini par le rejeter! J'imagine qu'il dérangeait plus que «son représentant» actuel.

L'Écriture raconte que, lorsque Jésus est monté au Ciel, une voix s'est élevée et a dit (à peu près) «Ne regardez pas en l'air: maintenant c'est sur la terre que cela se joue».

Croyez-moi, j'étais plus serein lorsque je croyais qu'un Dieu bon veillait: maintenant, je sais que l'homme ne peut compter que sur lui-même, que la création est totalement inachevée, pleine de défauts (s'il avait su calculer l'écorce terrestre, au moins...). Je crois que l'homme a pour mission de construire un monde viable, qu'il tâtonne, mais qu'on cesse au moins de le culpabiliser tous les matins, peut-être pour mieux le soumettre (c'est ma faute, c'est ma faute, je ne suis pas digne...) Savez-vous que le dalaï-lama a déclaré avoir mis 3 ans pour comprendre ce que les chrétiens mettaient dans le concept de culpabilité!!!

Parfois je me mets à rejeter ces religions qui nous ont fait tant de mal, et pourtant j'aime ces vieux religieux comme les vieux militants communistes... Ils ont été tellement trompés! Tout compte fait, je vous plains bien sincèrement,

Robert Mamet