Les mangeurs de curés

 

     

       

 

       

 

       

Zone noire

      Monsieur l'Abbé,

En parcourant votre correspondance, je me suis demandé s'il y avait des Républicains dans votre petite commune et si oui, comment vous agissez avec ces mangeurs de curés?

Charles Desjardins
         
         

Abbé Martin

      Mon pauvre monsieur Desjardins,

Bien sûr qu'il y a des Républicains dans ma commune, mais vous savez mon sermon les a fait beaucoup réfléchir. Il est vrai mon fils que je ne les ramène pas tous à de bons sentiments, mais l'âge aidant, la peur de la mort les rend plus dociles.

La damnation éternelle, vous en connaissez beaucoup, monsieur Desjardins, qui s'y risqueraient. Vous savez je les connais bien mes Cucugnanais, ce sont des paysans et si certains professent parfois des idées républicaines, c'est par bravade et pour ne pas avoir à affronter la colère de Notre Seigneur devant la faiblesse bien naturelle de la chair. Mais quand ils sont rassasiés et que leurs corps n'ont plus les mêmes exigences, ils sont comme les autres, ils se demandent s'il ne vaudrait pas mieux prendre une assurance sur l'avenir.

L'exemple que je leur ai donné de tous ceux qui rôtissent en enfer suffit, croyez-moi, mon fils.

J'espère, mon enfant, que vous n'êtes pas de ces Républicains qui attendent de vieillir pour penser à l'au-delà, vous ne connaissez ni le jour ni l'heure, songez-y et venez bien vite confesser vos fautes au bon Dieu, je suis là pour cela.

Votre dévoué Abbé Martin