Jureur ou réfractaire?

 

     

       

 

       

 

       

Ysengrim Hébert

      Monsieur l'Abbé,

Êtes-vous jureur ou réfractaire? Dites-nous tout.

Ysengrim Hébert
         
         

Abbé Martin

      Comme le dit si bien Notre Seigneur, rendons à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. Je ne suis né qu'en 1811. Je n'ai exercé mon ministère qu'après 1835 ce qui fait que je ne suis ni jureur, ni réfractaire, mais je ne m'occupe pas de ces choses-là bien trop compliquées pour moi, mon enfant, ce qui me préoccupe c'est uniquement le sort qui attend mes ouailles quand le Bon Dieu les rappelle à lui, avez-vous récemment confessés vos péchés? Vous savez bien que nous ne connaissons ni le jour ni l'heure.

Je ne sais qui vous êtes avec ce curieux prénom qui me fait malheureusement penser au loup des contes de mon enfance plus qu'aux beaux saints de notre calendrier. Comment le monde peut-il s'être laissé à ce point dévoyer!

Mais peut-être est-ce le diable lui-même qui me suggère de tels propos, bien peu charitables, et votre prénom est-il dans votre belle contrée la traduction d'un de ceux sanctifiés par Rome.

Pensez bien à vous confesser, mon enfant, l'Église vous accordera toujours le pardon de Notre Seigneur et Lucifer serait tellement heureux de vous voir mourir en état de péché.

Votre dévoué

Abbé Martin
         
         

Ysengrim Hébert

      J'ai été dénommé d'après le balourd qui donne la replique Renart. Soit. Merci mes parents. Merci le cureton distrait et le maire matois de ma commune. Pour ma part, au chapitre des appellations, je n'épiloguerai pas sur l'évocation paronymique que suscite en francais moderne le nom de votre paroisse... Cela serait vous rendre la politesse, ce que je ne fais jamais à l'égard des représentants de la Dive Calotte. Sinon recevez un amical merci de votre prompte réponse, et je me reprends avec un dilemme qui, lui, ne souffrira nulle esquive:

Gallican ou Ultramontain alors?

Ysengrim Hebert
         
         

Abbé Martin

      Puisque vous insistez, mon enfant, sachez que si j'avais eu à jurer pour rester auprès de mes Cucugnanais et les sauver des flammes de l'enfer, je l'aurais fait.

Mais je considère évidemment que les biens de l'Église sont à l'Église et à personne d'autre. Ils sont nécessaires à notre culte et au rayonnement de la foi. Comment des régicides, des criminels, pourraient-ils imposer leur loi aux représentants de Dieu? Je n'ai par ailleurs aucune antipathie pour les loups, même s'ils viennent parfois dévorer les moutons de Cucugnan. Ils sont aussi des créatures divines que je respecte.

Quant à vous, n'insultez pas l'Église, mon enfant, elle s'inquiète de votre salut.

Votre dévoué