Confessions

 

     

       

 

       

 

       

Tresvieu

      Monsieur l'Abbé,

Vous savez bien que longtemps l'Église catholique a utilisé la confession comme technique d'espionnage de la vie privée de ses fidèles, qu'elle s'en est servi pour exploiter la naïveté des femmes et culpabiliser les époux sur les plus intimes de leurs pratiques, et vous tenter de revenir dans notre monde pour remettre à l'ordre du jour des techniques inquisitrices que l'on croyait révolues.

Dites-moi par quelle magie cela est possible? Je ne vois que Satan pour se montrer capable d'un tel prodige! Mais bien sûr je ne crois pas à tout cela. Il n'y a rien d'autre là-dessous que l'oeuvre des hommes et qui donc pourrait-il avoir envie de nous ramener à cette morale culpabilisante? de tenter de nous enrôler dans cet ordre jamais bien nouveau! Tout savoir sur tout ce que pensent et font vos fidèles et peut-être aussi vos détracteurs.

Voilà bien le spectre du totalitarisme qui s'approche. Vous êtes démasqué monsieur l'abbé!!!
         
         

Abbé Martin

      Mon enfant,

Je vous sens bien critique vis-à-vis de notre Sainte Mère l'Église. Croyez-vous vraiment que ses apôtres soient diaboliques? Lorsque j'interroge les Cucugnanaises qui viennent se confesser, je tente bien sûr de les aider dans l'aveu de leurs fautes. Vous vous doutez combien cet aveu est parfois difficile et sans mon aide, plus d'une serait retournée chez elle sans avoir libéré sa conscience. Mon rôle n'est que celui-là: apporter le pardon à la faute avouée. Et s'il m'arrive d'entendre les fautes de leurs époux, je ne peux que les inciter à leur offrir ce pardon qu'elles-mêmes ont obtenu de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il n'y a aucune inquisition là-dedans mais au contraire un appel à venir chercher le pardon et la paix.

Croyez-moi, mon fils, la miséricorde Divine est immense.

L'Abbé Martin
         
         

Tresvieu

      Allez, allez, monsieur l'Abbé, ne faites pas comme si! Le poids de l'Église est beaucoup plus grand qu'elle ne veut bien le reconnaître. Ses liens avec les mouvements les plus rétrogrades sont avérés. On ne parle peut-être pas de cela à Cucugnan, mais votre créateur lui est certainement au courant, Alphonse Daudet, le père de Léon!
         
         

Abbé Martin

      Cher monsieur,

Que me dites-vous de ce petit Léon, quand j'ai quitté cette terre il était encore bien jeune, il regardait d'un air d'envie la petite Jeanne Hugo et m'a souvent parlé d'elle, je ne peux pas croire qu'il soit devenu un vaillant défenseur de l'Église, lui qui paraissait au contraire n'attacher aucun prix à la religion.

Aurait-il été touché par la grâce du bon Dieu?

Je suis impatient de vous lire.

Votre dévoué,
Abbé Martin