Lettre d'acceptation
de Philip Marlowe
à l'Éditeur
       

       
         
         

Philip Marlowe

      Monsieur,

Après des nuits et des nuits de réflexion, je me suis enfin décidé à sortir de ma paisible retraite de privé…

J’ai longtemps hésité, je me suis longtemps demandé en quoi je pourrais intéresser quiconque, je me suis demandé à quoi pourrait servir un détective retraité célibataire et rongé par la morosité de la vie, qui passe ses journées à lire son journal, fumer ses cigarettes et boire son petit verre de gimelet au « drugstore » du coin de la rue.

Mais un beau jour, alors que conduisais ma conduite intérieure afin de me rendre chez mon ami Violets M’Gee, j’ai changé d’avis. Je me suis subitement rappelé que lorsque j’étais plus jeune et plus fringant, j’ai parfois aidé quelques personnes à régler leurs problèmes, qu’ils fussent clients ou non. Je pense notamment à Terry Lennox ou encore à Merle Davis, deux personnes très attachantes à qui j’ai rendu (sans vouloir paraître vaniteux) de bons et loyaux services lors de mes enquêtes, n’hésitant pas à me mettre personnellement en danger.

Je ne suis pas le plus sociable des hommes ni le plus bavard, mais si je peux aider quelqu’un, apporter des réponses à ses mystères, le conseiller ou même simplement l’écouter, je suis présent. Dialogus est peut-être le meilleur moyen pour que je puisse prouver à mon ego que je suis encore capable d’intéresser, d’intriguer ou d’aider.

Et qui sait ? Peut-être que je pourrais sortir de ma retraite, dépoussiérer ma licence et reprendre du service si mes interlocuteurs arrivent à m’en convaincre.

C’est pour cela que j’accepte de me joindre à vous, en espérant que ma vie n’est pas qu’une longue allée abandonnée où foisonnent les mauvaises herbes…

Marlowe, Détective Privé.