| | | Votre Majesté,
Je suis passée vous rendre visite à la
Conciergerie la semaine dernière, mais on ne m'a pas laissé entrer dans
votre cachot. Pourquoi a-t-on placé deux gardes en permanence avec
vous? Souhaite-t-on vous empêcher de communiquer ou de réfléchir sur
votre situation si préoccupante?
Depuis votre arrestation et
celle de votre époux, la vie n'est plus la même à Paris: personne n'est
à l'abri d'une dénonciation calomnieuse conduisant immédiatement à
l'échafaud.
Votre courage renforce notre désir de rester
fidèle à nous-mêmes et de défendre des valeurs de paix et d'unité pour
que perdure la mémoire d'une France encore grande et belle devant ses
voisins européens.
Je salue votre grandeur d'âme au terme de cette lettre, pour vous témoigner ma fidélité
Mademoiselle Stéphanie
Chère Stéphanie,
Ai-je le bonheur de vous connaître?
Je
ne suis pas surprise que l’on ne vous ait pas laissé entrer. Je crois
bien que vous avez raison: l’on souhaite m’empêcher de communiquer et
l’on m’espionne! Peut-être souhaite-t-on me prendre en défaut, pour
pouvoir avoir quelque chose contre moi dans une éventuelle accusation?
Les révolutionnaires doivent bien se demander ce qu’ils peuvent
concrètement me reprocher! Cela dit, je n’ai aucun doute sur leur
imagination! Ils trouveront bien quelque chose s’ils en ont besoin…
J’admire
votre courage et votre détermination. J’avoue qu’ici, enfermée et
coupée du monde comme je le suis, j’ai peine à m’imaginer ce qu’est la
vie à l’extérieur. Je vous prie donc de faire très attention à votre
personne. Et si cela veut dire quitter Paris, n’hésitez pas à le faire.
On est toujours plus utile vivant que mort.
J’espère avoir le plaisir de vous lire de nouveau, chère Stéphanie,
Marie-Antoinette
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