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Marie-Antoinette ou Maria-Antonia? |
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Majesté, très chère Marie-Antoinette, Chère Marie, Comme vous le voyez, le petit stratagème a encore une fois fonctionné et j'ai bien reçu votre lettre. Cela me fait si plaisir d'avoir des nouvelles du monde extérieur! Vous savez, lorsque j'ai quitté Vienne, j'avais si peur de ce qui m'attendait en France... De la peur, mélangée avec tant de curiosité! Bien que la famille royale m'eût acceptée très vite comme l'une des siennes, il m'est arrivé souvent et pendant très longtemps de me sentir étrangère. Je ne crois pas, cependant, que mon prénom ait quelque chose à y voir. Il n'est qu'une simple traduction française de mon nom. Mon sentiment d'être une étrangère était beaucoup plus profond. Mais, heureusement, ce sentiment, je ne l'ai plus maintenant, surtout depuis que mes enfants sont de ce monde. Je me sens française, je suis la Reine de ce royaume et mon fils en est le Roi. Il y a si longtemps que j'ai quitté Vienne! Cette famille dont vous me parlez, tout ça me semble si loin maintenant! J'eus une enfance heureuse, et ma mère, malgré ses grandes occupations, gardait du temps pour ses enfants. Mais je fus de tout temps tellement impressionnée par cette femme à la personnalité forte, une grande dame avec un caractère si puissant. Je ne crois pas lui ressembler beaucoup sur ce point. J'avais aussi beaucoup d'amitié pour mon frère Joseph. Quel dommage qu'il nous ait quittés si tôt! Les choses seraient peut-être différentes aujourd'hui. Et puis je grandis, et ce fut le départ pour la France. Ma rencontre avec le Roi Louis XV se déroula à merveille. Je l'appréciai tout de suite, et je crois bien que cela fut réciproque. La rencontre avec mon mari se déroula bien aussi, bien que nous fussions très jeunes et timides et que cela provoquât un certain malaise. À cette époque, j'étais si jeune, si rêveuse! J'avais de la joie de vivre, je croyais en l'amour, j'étais remplie d'espoir sur cette nouvelle vie qui m'attendait. Mon époux était réservé, calme, très timide aussi. Nous étions deux opposés! Ma première timidité, celle de la première rencontre, me quitta rapidement. J'étais si curieuse! Mais nous apprîmes tranquillement à nous connaître, à nous apprécier, et même à nous aimer. Mes enfants arrivèrent dans ma vie et en devinrent le plus grand bonheur. J'aimerais tellement vous parlez d'eux aujourd'hui, tels qu'ils sont. Mais malheureusement, je suis ici à la Conciergerie et eux au Temple, du moins l'étaient-ils aux dernières nouvelles que j'en ai eues. Ils me manquent cruellement. Le mariage de ma fille me semble si lointain maintenant, si peu important. Nous y verrons plus tard, si Dieu le veut. Louis-Charles est un petit garçon équilibré, qui aime la vie. Et vous avez raison, il ressemble beaucoup à son père. Je suis scandalisée, chère Marie, que certaines personnes puissent penser que qui que ce soit d'autre que mon époux pourrait être le père de mes enfants! Quel affreuse chose! Jamais je n'aurais pu faire un telle chose à mon mari. Ô Dieu, comme ils me manquent, ces chers enfants! Les journées à la Conciergerie sont longues, ennuyeuses. J'essaie de ne pas trop m'en faire et de garder espoir. Je sais que plusieurs personnes à l'extérieur pensent à mes enfants et à moi et font tout ce qui est en leur pouvoir pour nous sortir de là. Je leur en suis éternellement reconnaissante. Ces personnes sont si dévouées, elles risquent tellement! L'on ne m'a point parlé de procès, mais je crains qu'on en vienne là. Vous terminez votre lettre sur une note heureuse, et je le ferai aussi. Quel bonheur de recevoir vos lettres, à vous et vos contemporains! Je vous remercie, chère Marie, de la vôtre, qui me va droit au coeur. À bientôt, douce Marie, Marie-Antoinette |
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