Socialisme |
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| Se peut-il que le socialisme ne puisse
faire plus que les hommes qui ont la charge de le mettre en place. De toute façon
tous les systèmes finissent par dégrader l'idéal du point de
départ? Georges Allard |
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| Vous traitez le "socialisme"
selon un modus operandi fort représentatif de la vision qu'a votre siècle
de ces questions. Vous voyez le socialisme comme un programme, un engagement pris
par une poigne de rocamboles qui arrivent à convaincre les masses de les suivre.
On reste avec cette analyse, très proche du socialisme utopique, avec ses
phalanstères et autres cabetades à la continuité raboteuse et
déprimante. Ce qui est mis de l'avant dans notre pensée et notre action, c'est que le socialisme est une TENDANCE, une propension inéluctable du capitalisme à passer à son contraire: de la propriété privée à la propriété publique, de la soumission prolétarienne au pouvoir prolétarien. Cette tendance socialisante est dans le ventre même du mouvement social. Un patron unique, cela se conçoit, quand on parle d'un atelier de joaillerie embauchant six travailleurs. Quand il s'agit d'une usine de trois mille employés on envisage plus facilement un groupe de gestionnaires. Si on a affaire à un holding mobilisant quatre millions de personnes dans soixante secteurs distincts, il devient envisageable de prendre conscience d'un passage vers une direction et une propriété à la fois de plus en plus collectives et impliquant de plus en plus étroitement ceux qui font effectivement le travail productif, et pas seulement ceux qui possèdent les immeubles, l'outillage, ou le fond de terre où sont plantés les ateliers. Étalez cette tendance sur trois siècles, et vous marchez droit au socialisme! Personne n'a vraiment la charge de mettre des ordres sociaux en place, cher monsieur. Ils se mettent en place malgré nous et malgré ceux qui clament les avoir mis en place. L'Histoire est une force objective. Rien ne s'y dégrade, mais rien n'y est stable non plus. Bien à vous, Karl Heinrich Marx |