Salutations et réflexions sollicitées

 

     
       

 

       

 

       

sturmel@citenet.net

      Monsieur Marx,

Je vous adresse mes salutations chaleureuses et vous remercie de vous prêter à cette correspondance pour le moins inusitée.

Tout de go, j'aurais un ou deux points sur lesquels j'aimerais obtenir vos commentaires.

Dans un premier temps, le développement actuel du capitalisme mondial, tel qu'il se manifeste à l'heure actuelle (érosion des souverainetés nationales, extension du crédit et libre circulation des capitaux et des biens, économisme et marchandisation de tous les aspects de l'existence, disparition annoncée du travail comme valeur d'échange) correspond-il à ce que vous avez envisagé?

Dans un deuxième temps, quel lien faites-vous entre démocratie et marché? Les zélateurs de l'hypercapitalisme et de la mondialisation prétendent que ces deux termes sont synonymes.

Au plaisir de vous lire sous peu, très cher M. Marx.

 

       

 

       

Karl Marx

      Cher Monsieur,

On peut le dire sans ambage: je n'ai jamais envisagé la disparition du travail comme valeur d'échange. Je ne l'envisage toujours pas d'ailleurs, et je me dois de vous signaler que ceux qui vous l'"annoncent" sont des fumistes. Le travail comme marchandise et comme source exclusive de valeur perdure dans votre système économique, qui continue d'avoir en commun avec celui de mon temps d'être, toujours et plus que jamais, le capitalisme.

Quant à la ci-devant démocratie, elle est une créature bourgeoise, et elle n'est pas plus synonyme de marché que "créature" n'est synonyme de "créateur". Inutile d'ajouter que "ploutocratie" la désignerait de façon bien plus adéquate.

Il est intéressant mais quand même un peu inquiétant de me faire demander à tout bout de champs par les gens de votre époque: l'aviez-vous prévu, l'aviez-vous entrevu, l'aviez-vous perçu. Je me demande encore comment le stylo-bille, les antibiotiques, et le téléphone peuvent tant et si simplement exister. Alors laissez, je vous prie, à ma pauvre boule de cristal ébréchée et poussiéreuse un peu de temps pour rouler jusqu'au bas de la colline de Tantale, si je puis dire.

Bien à vous,

Karl Marx