Problèmes de conscience? |
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| Aviez-vous imaginé que vos recherches
auraient pour résultat de justifier le plus grand nombre de morts au XX siècle? Cela vous ennuie-t-il d'avoir été plus performant, sur ce plan là qu'Adolphe Hitler qui est, je vous l'accorde, beaucoup moins intelligent que vous? |
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| Marx est un peu perplexe face à
votre question. Deux guerres impérialistes suscitées par la bourgeoisie
planétaire, et n'ayant rien à voir de près ou de loin avec le
"marxisme" ont provoqué respectivement 10 millions de morts (première
guerre mondiale) et 50 millions de morts (deuxième guerre mondiale). Avec
les autres conflits impérialistes de sous-région (guerre des Boers,
guerre russo-japonaise, guerre d'Algérie, guerre du Vietnam, guerre Iran-Irak,
guerre des Malouines, ratonade au Koweit et en Yougoslavie etc, j'en passe), on va
chercher un autre 10 millions de pipes cassées. À 70 million de morts
violentes dues directement à la facette belliqueuse du capitalisme et de ses
provignements colonialistes, on peut encore ajouter le pullulement des morts par
maladies industrielles, accidents de la route tabagisme, pollution urbaine et rurale,
violence criminelle, séismes naturels dans des habitats urbains mal aménagés,
qui sont tous des résultats directs de la perpétuation du mode de production
basé sur l'enrichissement privé et la paupérisation à
outrance. Conséquemment, Marx se demande un peu de quoi vous l'accusez et
ce que vous lui imputez exactement dans vos allégations? Pourriez-vous préciser vos chiffres à votre tour, que l'on fasse bien le tour de la nécropole avant d'y verser la chaux vive de nos débats acrimonieux sur qui ou quoi assassin[er]a le 20ième siècle? Friedrich Engels |
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| Oui, certes, mais il ne s'agit pas
là de conséquences d'un penseur unique. On pouvait imaginer que le
marxisme qui veut le bien de l'humanité ne le fasse pas sur un cimetière
peuplé de koulaks, de contre révolutionnaires; de bourgeois, d'enfants
des classes favorisées, de Thibétains, bref de tous ceux qui ne sont
pas nés sous la bonne étoile, c'est-à-dire prolétaires
et bien pensants. La bataille de chiffres n'est pas passionnante, la simple idée
de vouloir comparer des chiffres devrait vous faire retourner dans votre tombe. Je peux accepter que vous me disiez que vous êtes l'enfant de ce siècle de violence et que vous n'avez pas eu plus d'imagination que vos contemporains. Beaucoup de gens pensent qu'Hitler a imaginé ses camps de concentration sur le modèle du Goulag, il s'agissait au départ de rééducation. Mais bon, il est normal que vous ayez cru que je défende le capitalisme c'est toujours de cette façon que vos adeptes s'en sortent. Encore une remarque, le nazisme était anticapitaliste aussi. Encore une autre question pour vous, si vous reveniez sur terre et à la lumière de ce que vous avez vu au XXe siècle, comment traiteriez-vous les opposants à votre doctrine? K |
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| Donc pas de chiffres. Plutôt
une énumération molle et une volée de bois vert couperosée
d'Hitler et de nazisme. Les chiffres vous ennuient parce qu'ils vous désaventagent.
Mais soit. Je me permets de vous signaler que nous ne sommes pas encore dans la tombe.
Nous vous écrivons depuis Londres, Angleterre, en 1878. Notez aussi que nous
ne tournerons pas dans notre tombe. Nous ne pourrons qu'y pourrir. Vos interventions sont assez représentatives de l'hystérie anti-marxiste qui sera un des grands traits du prochain siècle (le vingtième, comprenons-nous bien). Les révolutions impliquent des conflits armés, ce qui entraîne inévitablement des pertes de vie. Mais je crois savoir que la totalité des communistes ayant eu moins de chances y ont goûté aussi. De Rosa Luxemburg dont le crâne sera cassé à coups de crosse par un jeune soldat allemand psychopathe en 1919, à George Politzer qui sera fusillé sous l'Occupation de vos chers nazis en France, à une époque où le parti communiste français sera très opinément surnommé "le parti des fusillés", ils auront été des milliers et des milliers massacrés par l'ordre bourgeois, et boutés sans ménagement ni déférence dans la fosse commune de l'histoire. Une sorte de boucherie versaillaise à l'échelle mondiale et à la puissance mille. C'est de fait probablement ce qui arriverait à Marx et à moi-même si nous refaisions surface dans votre monde violent. C'est bien comme cela qu'on "traiterait" au vingt-et-unième siècle ceux qui ont détruit notre "doctrine", pour reprendre votre rhétorique. J'entends ceux qui sont du côté canon du coup de crosse, et du côté crosse du peloton d'exécution. On relèverait la tête sous leurs coups de casse-tête en Indonésie, ou se tiendrait droit sous le feu nourri de leurs armes de poing au Mexique ou en Colombie. En un mot, face aux "opposants à notre doctrine" comme vous dites, c'est-à-dire, les pouvoirs, les services secrets, les chancelleries, gendarmes ardents du capital, on s'efforcerait, simplement et au mieux, de suivre l'exemple inspirant de Luxemburg, de Politzer, et de la foule de leurs compagnons de lutte anonymes. Celui de mourir hiératiquement en espérant que cet ultime crime contribuerait à terme à aviver un peu les consciences résistantes. Mais vous nous permettrez, Monsieur le sectaire, de trouver notre petite banlieue Londonnienne du siècle de Victor Hugo et de la locomotive à vapeur plus civile. Chacun son millénaire et ses hantises. Mon ami Marx ne pouvait d'aucune façon se douter que de décoder les lois de fonctionnement objectif du capitalisme lui mériterait un tel jet de haine. Force est d'observer que votre intervention à l'utilité d'exemplifier cette haine, dans toute sa hideur, à défaut de la légitimer. Eh oui. On a tous un rôle à jouer... Friedrich Engels |