Oui, mais après? |
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| Mes hommages monsieur Marx, Dans une de vos réponses ici, vous dites: «Le capitalisme se love sur la planète entière, mais en même temps il s'étrangle impitoyablement avec ses propres circonvolutions.» Je partage entièrement cette vision, selon moi elle est limpide et je m'étonnerai toujours de voir trop peu de mes contemporains y porter attention. Toutefois la question que je me pose est celle-ci: «que fera la bête, tout juste avant d'en être rendue là?». Lorsque le capitaliste s'approchera de cette échéance inévitable, lorsque son incroyable capacité de contrôler subtilement et d'engourdir les masses aura atteint sa limite, ne choisira-t-il pas à contre coeur bien sûr, mais constatant qu'il n'a aucun autre choix de changer ses règles? Et dans ce cas, quelles pourraient bien être ces nouvelles règles, sur une planète où une minorité se sera rassasié d'une richesse maintenant «finie», où leurs mécanismes seront en instance de panne sèche et où les masses docilement appauvries constitueront l'immense majorité de la population? Bref, tous autres facteurs cataclysmiques mis de côté, y inclus le soulèvement trop hypothétique à mon avis des masses contre leur oppresseur, n'aurons-nous pas droit à un «capitalisme renouvelé» renaîssant avant d'être réduit en cendres, et si oui, sous quelle forme? Merci à l'avance de votre réponse Jacques L. |
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| Cher Monsieur, Le capitalisme se renouvelle. Il le fait sans cesse. Mais sous les formes variées et tentaculaires qu'il prend, ce "renouveau" se ramène à un principe: celui d'une reconfiguration de la propriété. Le capitalisme de votre temps soudoie et flagorne une masse significative du prolétariat urbain et se la gagne en lui redistribuant une partie croissante de la plus-value. De plus, le capitalisme de votre temps embourgeoise. Sous forme de placements massifs des caisses de retraites ou par l'invite continuelle à la boursicote ponctuelle, le capital invite le travail à partager ses risques après avoir grapillé sur sa manne. Mais le capitalisme et ses commis - y compris ses commis proléariens - n'échappe pas à ses propres lois. Il faut chercher constamment de nouvelles sources de chair, de sang et de surtravail frais pour engraisser le cocon corruptif qui enrobe la machine. Et la source tend à se tarir. Arrive alors l'ère des "coupures budgétaires". De quelque côté qu'il se tourne, le capitalisme sent alors que "ça résiste". Résistance objective pour le moment. Résistance subjectivement conscientisée marchant à la destruction du vieux système de propriété demain. Ne vous en faites pas pour cette prise de conscience éteinte. Elle peut se rallumer en un éclair. "Une étincelle peut mettre le feu à toute une plaine" disait ce leader chinois qui burina, à ma grande surprise, mon nom sur la face séculaire tourmentée de l'Asie.* *Mao Zedong (1893-1976) [note de l'éditeur] |