Le mouvement du salaire réel

 

     
       

 

       

 

       

augusteblanqui@yahoo.fr

      Bonjour camarade,

Je suis assez content de pouvoir enfin dialoguer avec les morts, mais, à la manière de Bordiga. J'ai une question à vous poser, une question qui me turlupine depuis longtemps, et bien souvent j'ai songé à quel point je serais heureux de pouvoir vous la poser. Mais, je croyais, jusqu'à aujourd'hui, que c'était impossible.

Alors voici cette question:

Qu'est-ce qui détermine le mouvement du salaire réel (ou masse des moyens de subsistances à la reproduction de la force de travail)? Dans les exemples que vous donnez dans le chapitre 15 du livre I, vous montrez qu'avec l'intensification du travail, le salaire réel et la valeur de la force de travail croissent simultanément avec l'accroissement du surproduit et de la plus-value. Il s'ensuit donc que le taux de plus-value ne varie pas lorsque varie l'intensité du travail. Vous expliquez l'augmentation de la valeur de la force de travail par le fait qu'étant davantage usée, il faut davantage de moyens de subsistance pour la reproduire. Or, dans l'exemple concernant l'allongement de la durée du travail, vous laissez constant le salaire réel, la valeur de la force de travail, comme le temps de travail nécessaire. Comme seul le surtravail exprimé en durée, valeur et masse de marchandises augmente, il s'ensuit que le taux de plus-value augmente.

Pourriez-vous m'expliquer pourquoi le salaire réel semble augmenter avec l'intensification du travail et non avec l'allongement de sa durée? Il me semble pourtant que la grandeur intensive, comme la grandeur extensive du travail accroissent l'usure de la force de travail. Dans les deux cas, la masse de moyens de subsistance nécessaires à la reproduction de la force de travail devrait croître, donc, la valeur de la force de travail devrait augmenter. Ainsi, le salaire réel devrait être proportionnel à la durée comme à l'intensité du travail, et le taux de plus-value devrait ne varier ni avec l'une ni avec l'autre, pour ne varier qu'avec la productivité.

Ne faisant guère confiance à ces imbéciles de social-démocrates, de gauchistes ou de staliniens qui ont traduit votre Fuvre en français fut-ce de votre vivant, j'ai cherché à comparer avec la 4e édition allemande du Capital, et je me demande si parfois, vous ne parlez pas plutôt du prix de la force de travail (salaire) au lieu de parler de sa valeur. Dès lors, effectivement, avec l'accroissement de l'intensification ou de la durée du travail, la force de travail n'étant pas payée à sa valeur, le taux de plus-value augmente. Mais, ceci n'a aucun intérêt ici (mis à part un intérêt historique, mais pas théorique) puisque comme vous le dites, il faut considérer que la loi de la valeur est respectée, que la force de travail est payée à sa valeur, non à son prix.

Donc, pour conclure, pourriez-vous me dire comment évolue le salaire réel en fonction de l'intensité et de la durée du travail. Donc, est-ce que le taux de plus-value augmente avec l'intensification et l'allongement de la journée de travail? Je vous saurais gré de noter que cette question est très importante si l'on veut parvenir à mettre en formule mathématiquement la crise, comme vous avez cherché à le faire, et comme je cherche aussi à le faire. Si vous le souhaitez, je vous ferai part de mes travaux à ce sujet.

En espérant que vous voudrez bien me répondre, je vous adresse mes salutations communistes.

Vôtre,

Auguste Blanqui

 

       
         

augusteblanqui@yahoo.fr

      Cher Monsieur Marx,

N'ayant pas eu de réponse au dernier message que je vous ai envoyé, je m'inquiète pour votre santé. Pourriez-vous me rassurer à ce propos. Ou peut-être mon message ne vous est-il pas parvenu? Je reformule donc la question que je vous posais dans ma dernière lettre, car elle est de toute importance pour la poursuite de mon étude de votre oeuvre: Comment varie la masse de moyens de subsistance nécessaire à la reproduction de la force de travail de l'ouvrier en fonction de l'intensité et de la durée du travail?

En vous remerciant de bien vouloir y répondre, je vous adresse toutes mes sympathies.

Salutations révolutionnaires,

Auguste
Monsieur, il y a un petit moment que mon père ne correspond plus avec des anarchistes.

Merci de ne pas insister.

Laura Lafargue