Gramsci

 

     
       

 

       

 

       

amelie@colba.net

      Bonjour Monsieur!

Pardonnez mon silence des dernières semaines, mon siècle se termine. Si vous me le permettez aussi, j'aimerais que l'on continue notre correspondance, puisque j'ai encore des tas de questions à vous poser... Puisque je vous avais déjà parlé de Gramsci, je me propose donc d'y consacrer cette missive.

Gramsci s'est donc attardé à la superstructure ébauchée par votre théorie. Êtes-vous d'accord pour dire que l'État (et surtout sa composition) est le reflet de la classe dominante de la société civile (il me semble que c'est justement le propos de votre 18Brumaire de Louis Bonaparte). Gramsci avance que pour changer l'État il faut changer la représentation que la société civile se fait de ses intérêts. En fait, j'ai compris de Gramsci qu'un changement d'"intérêt" se fait par un changement idéologique. Ainsi, est-ce que Gramsci est marxiste ou justement il ne l'est plus aussitôt qu'il fait intervenir l'idéologie? Pourrait-on admettre que la société civile, au-delà des définitions qui existent n'est en fait que l'ensemble des classes pour soi?

Merci, monsieur Marx de répondre à mes questions. Veuillez aussi saluer votre jeune fille et, pourquoi pas lui transmettre mon adresse pour qu'elle puisse me poser les questions qui l'enchantent.

Bien à vous,
Amélie

 

       

 

       

Eleanor Marx

      Bonjour mademoiselle,

Père est un peu souffrant et m'a simplement demandé de vous signaler que quiconque considère que des manipulations dans la superstructure peuvent influer significativement l'infrastructure, n'est pas proprement un "marxiste". Ce type de réformisme se manifeste généralement dans les phases du pouvoir bourgeois que le susnommé Gramsci qualifiait d'"hégémoniques".

J'ai 22 ans, vous en avez 17. Karl Marx pour vous est un éminent théoricien. Pour moi, c'est un père. Voulez-vous apprendre un ou deux petits secrets pendant qu'il repose? Je vous écoute.

Eleanor Marx