Bien à toi |
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| Cher Karl, Mes dernières réflexions sur l'état des lieux de l'économie du village global ne portent pas à l'enthousiasme. C'est à croire que ce sont tes «ennemis déclarés» qui t'ont lu avec le plus d'attention. Outre qu'ils se sont battu avec acharnement contre ceux qui s'étaient servi de tes idées, ils ont manoeuvré sans cesse tout au long du siècle. Comme tu le sais sans doute ils ont retrouvé leur mordant depuis 1989. Tu souriras en apprenant qu'ils ont désolidarisé en 1972 l'émission de la monnaie à la garantie en or. Les banques d'émissions déjà devenues monopoles d'états ont pu prêter aux états sans se soucier de rien. Cet argent frais a permis aux fermiers d'assurer leurs «greniers» à peu de frais, faisant grossir la dette pesant sur la vie de chaque citoyen dans les pays occidentaux. Ici chaque travaileur vit mieux mais naît avec une dette importante. Le plus drôle est que les banques centrales qui prêtent aux états émettent seulement «le capital» mais pas les intérêts. Tu imagines! Je ne dois pas te faire un dessin pour comprendre dans quels jeux de con nous nous trouvons. Et le pire c'est le black out intellectuel sur les rouages simples de l'économie. La plupart pense que tous cela est fort complexe... Allez, sache qu'il y a toujours deux classes sociales, d'une part les «fermiers» qui grâce à leur «grenier à blé» se sont libérés des exigences de la survie depuis 7 mille ans et d'autre part la majorité des travailleurs. Les uns vivent un temps libéré des exigences de la survie et les autres sont dans une temporalité précaire. Bon là je dois aller dormir. J'ai découvert ton adresse tardivement. Content d'avoir pu te parler un moment... À bientôt, Ben Maes |
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| Merci mon ami, Tout n'est pas à refaire. Tout simplement: tout reste à faire. Et ce qui sera sera. Vôtre, Karl Heinrich Marx |
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| Cher Karl, Il ne fallait pas. Cette réponse rapide, tout à ton honneur, me fait chaud au cúur. Tu sais combien ó et cela malgré son caractère évanescent ó une communication comme celle que nous venons juste d'entamer peut avoir des effets bénéfiques. D'ailleurs à ce propos ó tu ne l'as sans doute pas connu ó mon ami Sigmund et par la suite son confrère Jacques en ont abondamment parlé et avec justesse. Cela dit, ce qui m'occupe ici c'est toi, cher Karl, ou plutôt nous. Je ne te cache pas que je suis inquiet. Allons-nous baisser les bras! Déplorer, sans plus, l'état des choses! Allons! Où est passé ta pugnacité légendaire? Où as-tu remisé l'acuité de tes analyses? L'application funeste par d'aucuns de tes idéaux n'infirme en rien la validité de tes constats, leur actualité et leur pertinence! Certes, je comprends. Qui peut se targuer d'avoir su, comme toi, par la simple force de sa compréhension, soulever le voile sur le fonctionnement de son époque, offrant ainsi l'arme intellectuelle qui allait provoquer tant de remue ménage et méninges durant plus de 150 ans. Faire vaciller sur ses bases toute l'architectonique d'un ordre fondé sur l'aliénation de l'homme par l'homme, quel ouvrage! Oui, certes, mon ami, celui qui a fournit pareil effort a bien droit au repos. Et j'entends cette légitime attention qui transparaît dans la sobriété de ta réponse. Sache néanmoins que malgré tous les abus qui furent commis en ton nom et malgré l'opprobre à laquelle d'aucun le voue, il ne faudra pas long pour que ta pensée revienne à la surface. Certes on retiendra la leçon du siècle écoulé. Voilà cher Karl, ne m'en veux pas si je mets un terme à ce dialogue. Sache seulement que grâce à toi les choses peuvent être encore une fois reprises à nouveau frais. Permets-moi, je t'en prie une remarque: si d'aventure d'autres t'interrogent, évite cependant cette vieille expression ibérique «que sera sera», en toute franchise le fatalisme qu'elle véhicule ne te sied pas. Voilà, amicalement, Ben Maes P.S Je repense de temps à autres à ces soirées à Bruxelles avec Friedrich dans ce café près de la Grand Place où tant d'autres avant toi y consolèrent leur exil. N.B.: N'est-ce pas toi qui écrivais à Friedrich quelque chose du genre «je ne comprends pas comment un homme qui a tant parlé d'argent peut en avoir si peu»? |
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| Mon brave, Je ne sais pas de quand vous êtes, mais pour ma part je suis de 1878. D'après mes calculs, et mes spéculations diverses autour des tuyaux tortueux que m'a, volontairement ou non, filé le personnel de Dialogus, il me reste environ cinq ou six ans a vivre. J'ai dit mes lignes, j'ai marqué mon temps, j'ai mené mes luttes, je n'ai pas baissé les bras, j'ai imprégné le postérité au fer rouge. Je suis malade, fatigué, et las. Vous comprendrez dès lors que de me faire souffler mes dernières répliques, espagnoles ou autres, par un cuistre du tout venant n'est pas ma conception la plus achevée de la sérenité intellectuelle des vieux jours. Voilà pour le gros de votre fort rasante intervention, incluant vos références lourdingues à Cegismond* et Jacques**, ces deux chantres tenaces du nombrilisme bourgeois. Mais je dois ajouter, en toute impartialité, qu'il dort dans votre fatras pédantesque un gemme rare. La conscience du fait que les phénomènes que j'ai révélés: lutte des classes, baisse tendancielle du taux de profit capitaliste, prolétarisation généralisée, altération du mode de production par des révolutions sociales, reviendront hanter la vie et les consciences. Cela passera par d'autres canaux, entraînera d'autres courants, déclenchera d'autres déflagrations. Et, quoi qu'on en dise, je ne serai plus là. Il faudra vous débrouiller. Karl Marx * Singmund Freud (1856-1939), Monsieur Marx ironise en francisant son prénom NDLR ** Jacques Lacan (1901-1981) NDLR |