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Manon
écrit à

Marie Mancini


Votre relation amoureuse avec Louis XIV (projet scolaire)


   

Madame,

Je me permets de vous envoyer cette missive en cours de français, en tant qu’élève de 4°C au collège Léonard De Vinci, dans une petite ville aux abords de Bordeaux.

J'ai appris que vous étiez le premier amour du jeune Louis XIV. Comment avez-vous rencontré Louis XIV? Cette relation a-t-elle évolué? Comment s'est-elle terminée?

Mes sentiments les plus respectueux.


Très chère Manon,

Quoique j'aurais aimé que cela soit vrai, je ne suis pas la première femme que Louis le Quatorzième a aimée; ma sœur Olympe est en réalité sa première idylle, certes rapidement mise à mal par mon oncle et la reine. Malgré cela j'aime à penser que j'ai été son premier amour véritable, celui que l'on regrette à vie, qui forge la jeunesse tout en nourrissant la nostalgie.

J'ai rencontré Louis alors qu'il n'était encore qu'un jeune homme et moi une jeune fille. Feu ma mère ne voulait point que je fréquente la Cour, tout juste désirait-elle que j'accepte de prendre le voile et pour cela me détournait du mieux qu'elle pouvait des plaisirs d'une vie à la Cour de France; mais elle tomba grièvement malade et je dus rester à son chevet. Comme elle était l'une des sœurs du respectable cardinal Mazarin, la cour s'émut bien vite de son état de santé et le jeune roi, de par son affection envers le cardinal, promit à celui-ci de rendre des visites régulières à sa sœur. Il venait donc parfois passer quelque temps au pied du lit de ma mère, lui raconter les événements du jour, l'assurer des bonnes pensées du cardinal et des siennes ainsi que de celles de la reine. Je devais, quant à moi, m'éclipser sitôt le roi entré dans la pièce non sans quelques salutations de principe et attendre que la visite royale se termine, assise dans une antichambre toute proche; puis, quand le roi s'en allait, je revenais aussitôt auprès de ma mère souffrante, pour lui faire la lecture le plus souvent.

Mais quelquefois quand le roi se présentait, cela tombait au moment où le confesseur de ma mère était avec elle et le roi devait alors attendre son départ pour pouvoir entrer. Bien en prit à ma mère, elle refusait obstinément que j'assistasse à ces rencontres-là de sorte que je n'avais d'autre choix que d'attendre moi aussi en présence du roi quand celui-ci était aussi présent. C'est ainsi que nous avons eu pour la première fois l'occasion de discuter; évidemment ce n'était que des paroles de courtoisie, le roi était aimable à mon égard de par mon lien de parenté avec la malade et parce que j'étais de la famille du cardinal, son parrain.

Ma mère finit par mourir et le roi quant à lui partit à la guerre; il tomba gravement malade, tant et si bien que tout le monde pensa un moment qu'il allait trépasser tandis qu'à la Cour où je me trouvais, les pronostics allaient bon train sur le temps qu'il restait au roi à vivre, sur la réaction de la reine à l'annonce de la mort de son fils et chaque jour passant de plus en plus de monde fréquentait la demeure de Monsieur le frère du roi, Philippe de France, duc d'Orléans et potentiel héritier du trône. Ce dernier contrairement à ce que l'on pourrait imaginer était loin d'être enthousiaste à l'idée de devenir roi; sa mère avait si bien réussi à le détourner et ce, dès son plus jeune âge, de toutes tentations à briguer la couronne qu'il était au plus mal rien qu'à l'idée qu'elle lui revienne finalement!

De mon côté, j'apprenais enfin à vivre à la Cour et suivait avec angoisse l'évolution de la maladie du roi; je pleurais à chaudes larmes chaque fois que quelqu'un venait me dire que le roi était plus mal que la veille, qu'il avait perdu toute sa superbe, qu'il était devenu muet, qu'il ne pouvait marcher ou pire encore qu'il était dans l'inconscience et que ce n'était qu'une question d'heures avant qu'il n'expire. Je ne comprenais pas encore en ce temps-là que la Cour est avant toutes choses un immense miroir déformant où tout est amplifié et modifié pour le meilleur et souvent, pour le pire. Que la moindre broutille se transforme aussitôt en drame. Je ne voyais pas cela, je m'horrifiais donc de tout ce que j'entendais. Le roi m'avait paru si gentil, si compréhensif dans cette petite antichambre où j'attendais avec tellement d'impatience que vienne l'heure de ses visites que, quand il n'eut plus à venir et qu'il partit faire la guerre, je fus fort affligée. Mes premiers pas à la Cour furent moins glorieux que je ne l'avais espéré; je n'avais plus d'occasions de faire mieux connaissance avec le roi ce qui gâcha tout, alors, quand il devint souffrant, ce fut terrible: non seulement il était loin de moi mais peut-être qu'il ne reviendrait jamais plus! Grâce à ma naïveté et à mon jeune âge je ne trouvai matière pleurer que sur le sort du roi et non sur le mien. Or, il est à noter qu'à ce moment-là mon sort était aussi incertain que celui de ce dernier. En effet, le frère du roi n'aspirait pas forcément aux mêmes choses que son aîné, son attachement au cardinal était moindre et peut être l'aurait-il laissé à sa place pour faire plaisir à la reine, mais rien ne garantit qu'il aurait eu autant de bonté pour le reste de sa famille, dont je faisais partie et peut-être aurais-je été dès lors condamnée à rentrer sans gloire ni argent en Italie. Mais je ne voyais pas cela, je ne voyais que ce beau et fier jeune homme qui m'avait tant touchée et qui à ce jour se trouvait, disait-on, à l'agonie.

Le roi finit par guérir et retourna sur Paris. J'étais en joie quand j'appris cela, plus que certaines personnes qui auraient préféré qu'il trépasse. Dès son retour, il fut plus proche de moi que jamais et me manda, dès le lendemain de son arrivée, à venir le rejoindre lors d'une petite partie de chasse prévue pour la semaine suivante. Je fus fort étonnée de ce soudain intérêt mais ne m'en plaignis nullement. Ce ne fut que bien plus tard que je compris pourquoi le roi avait décidé de me porter si fort en son estime après son retour. Ce n'était pas parce que la fièvre lui avait retourné la tête, comme certaines mauvaises langues l'affirmèrent, mais parce que ses messagers personnels lui rapportèrent durant sa maladie les nombreuses larmes que je versai à son égard, les nombreuses plaintes que je poussai quand une tierce personne annonçait une aggravation de son état; ils rapportèrent aussi les manœuvres de certains pour s'attirer la sympathie du frère du mourant et les médisances des uns et des autres qui au final souhaitaient plus sa mort qu'autre chose. Le roi prit ombrage de cela; le fait que sa cour puisse se détourner de lui, voire vouloir sa perte, lui déplut fortement. Après tout, le souvenir de la Fronde était encore vivace dans l'esprit royal. Néanmoins il fut satisfait d'apprendre que son frère n'était pas enchanté de devoir le remplacer: avoir un frère trop ambitieux peut être fort gênant et, ça, Louis le savait; après tout, feu son père et lui-même avaient fait les frais de l'ambition démesurée du jeune frère de Louis le Treizième. Il fut aussi satisfait d'apprendre qu'une jeune fille de sa connaissance avait versé larmes et lamentations et prié pour sa guérison, plutôt que toutes ces autres qui s'étaient juste désolées d'apprendre que la maladie l'avait peut-être défiguré. C'est ainsi que je pus exister réellement à ses yeux et qu'il décida, à peine revenu, qu'il lui fallait mieux me connaître. Il n'imaginait certainement pas jusqu'où cela nous mènerait; moi non plus je n'aurais pu imaginer.

Peu à peu nos sentiments se confirmèrent et nous devinrent inséparables. Je me vis déjà reine et c'est pour cela que je ne me suis jamais donnée au roi. Malheureusement, Louis était un monarque, il avait le destin d'un état sur ses épaules et ce destin finit par nous rattraper. Le cardinal et la reine avaient projeté qu'il épouse l'infante d'Espagne, permettant ainsi de rétablir la paix entre deux nations perpétuellement en conflit. Je n'entendis pas cela de cette oreille et le jeune roi non plus, mais le cardinal qui, sans le savoir peut-être, usait ses dernières ressources à signer la paix avec l'Espagne, et la reine qui portait en son cœur cette nation qui était aussi la sienne, ne voulurent rien entendre. Cela n'empêcha pas le roi d'être toujours aussi amoureux de moi et réciproquement. Alors même que le mariage franco-espagnol était devenu incontournable, il continua d'être affectueux à mon égard, trop au goût de la reine qui finit par le renvoyer à ses responsabilités royales. De son côté, le cardinal suivit le mouvement. Pendant un temps il a pu rêver que sa nièce devienne reine; cela aurait été son ultime éclat de gloire, mais il lui fallut faire face à la réalité des faits, à savoir que la guerre avec l'Espagne finirait par induire un destin dramatique pour la France et qu'il fallait en finir. Ce ne fut pas sans souffrances que le roi et moi durent nous quitter. Pour tout vous avouer, j'aurais pu, si je l'avais voulu, devenir sa maîtresse attitrée et ce malgré ce mariage. J'aurais été son réel amour, sa vraie épouse, celle du cœur et de l'âme et la jeune reine n'aurait eu qu'à s'incliner face à la force de notre relation à moi et Louis. Mais c'était sans compter sans mon caractère fier, celui qui faisait dire à mes parents que je ne ferais qu'attirer les malheurs dans ma vie. Je ne voulus pas partager le roi avec une autre, je ne voulais pas devenir une femme de l'ombre, devoir me cacher et courber l'échine face à une autre femme sous le seul prétexte qu'elle était de sang royal et qu'elle avait assuré son union au roi devant Dieu. Je ne voulais pas de cela et mon malheur fut de le dire, le clamer, l'écrire et la reine mère finit par le savoir et somma dès lors son fils aîné d'éloigner de sa vie cette jeune insolente que j'étais, qui selon elle, représentait un danger pour la pérennité de la réconciliation entre la France et l'Espagne. Personne n'y trouva rien à redire; je dus partir et ne revis plus le roi et ne le reverrais jamais.

Maintenant vous savez tout, chère Manon. Étudiez bien votre français; connaître cette belle langue vous ouvrira toutes les portes même celle des cœurs. Louis, malgré ses nombreuses qualités, ne connaissait guère la littérature avant notre rencontre; grâce à moi et à mon amour des lettres, il s'ouvrit à cet art subtil de l'écriture et de nombreux artistes ne purent qu'être reconnaissants de cela.

Je reste votre dévouée,

Marie Mancini connétable de Naples

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