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 mimie22
écrit à

Marie Mancini


Vos robes
(projet scolaire)


   

Dame Marie,

Je me présente, je suis une élève de 4°C au Collège Léonard de Vinci. Je vous écris dans le cadre du cours de Français. Je voudrais savoir, s'il vous plaît, comment étaient vos robes, vos tenues, suivant les différentes soirées auxquelles vous étiez conviée.

Vous habilliez-vous seule lorsque vous étiez avec Louis XIV, ou aviez-vous une dame de chambre?

Je vous prie de croire, Mademoiselle, à mes sentiments les meilleurs,

Mimie22


Très chère Mimie,

Quand on est à la Cour de France, il faut rapidement apprendre à rivaliser de magnificence, savoir choisir les plus beaux et délicats tissus, les plus précieuses parures, savoir accorder les couleurs, ne pas commettre d'impair en s'habillant plus somptueusement que l'on devrait mais ne pas non plus se négliger. Je devais de me changer plusieurs fois par jour, au gré des activités qui nous étaient proposées. Quand j'étais seule dans mes appartements, je portais des robes simples quoique conçues avec soin. Je devais porter en tout temps un corset pour embellir ma taille, mettre en valeur mon port gracieux. Je ne peux savoir comment les jeunes filles de votre époque s’apprêtent mais nous autres ne devions reculer devant rien pour nous montrer sous notre meilleur jour. Je ne connais point femme qui ne se plaignit pas un jour de devoir porter un corset, on entourait notre taille dans une sorte d'ensemble rigide qu'il fallait serrer suffisamment pour valoriser notre décolleté et la finesse de notre taille sans pour autant le serrer trop au risque de nous faire frôler l'évanouissement; mais, même bien porté, cet objet est bien désagréable, durant les journées chaudes cela devient même un supplice. Malheureusement de part notre condition féminine, nous n'avons guère d'autre choix. Nos jupes étaient plus ou moins longues et superposées les unes sur les autres, il se faisait dans ma jeunesse de relever à l'arrière la dernière jupe pour lui donner un retombé élégant.

Typiquement nos tenues publiques étaient plus ou moins l'équivalent de nos tenues privés, celles que nous portions quand nous étions dans nos appartements, à la différence qu'elles étaient plus soignées. Les tenues que nous portions lors de célébrations, bals et autres festivités organisés par le roi se devaient de rivaliser de magnificence. Pour cela les robes se paraient de fils d'ors soigneusement entrelacés, le tissu se faisait plus délicat et soyeux, les brocards et autres pierreries étaient légion. Nous devions briller de mille feux, ce n'était rien d'autre qu'une obligation. Nous avions un rang et nous nous devions de le tenir en toutes circonstances notamment lors de ces manifestations; nous ne pouvions nous permettre le négligé. Du temps où je fréquentais la Cour, les coiffures étaient simples quoique soignées elles aussi, nous relevions nos cheveux de la façon la plus délicate possible, nous les parions de quelques bijoux. Notre décolleté devait être dans toute sa splendeur, à notre cou des parures de pierres précieuses. Nos manches et bas de jupes débordaient de dentelles brodées avec une finesse infinie, nous attachions de beaux rubans de-ci de-là, le velours et le satin devenaient nos matières favorites. Nos chaussures étaient elles aussi nouées de rubans en satin. Nous devions honorer les couleurs en les accordant avec soin tout en tenant compte du thème de la manifestation où nous étions. Il fallait prendre garde aux modes en provenance de toutes les cours d'Europe mais aussi de celles lancées par les autres dames de la Cour. Vous avez certainement entendu parler de la coiffure dite à la Fontanges, je n'étais déjà plus en France quand cela se passa, mais cela ne m'empêcha pas d'en connaître toute l'histoire.

Un jour alors qu'elle se baladait à cheval avec le roi de qui elle était devenue la favorite, Mademoiselle de Fontanges accrocha ses cheveux à une branche d'arbre qui se trouvait malheureusement à sa hauteur. Comme je vous l'ai dit, il fallait bien paraître en tout temps et la jeune fille se dit qu'elle ne pouvait point être vue du roi et des courtisans de la cour ainsi décoiffée. Elle se servit donc de ses rubans pour relever ses cheveux défaits, le roi trouva l'ensemble si bien réussi qu'il lui demanda de refaire cette coiffure en toute occasion. Les dames en apprenant cela se mirent elles aussi à adopter cette coiffure qui au fur et à mesure du temps devint de plus en plus complexe et difficile à mettre en oeuvre. Cette mode vint jusqu'à mon palais italien où je vis même quelques connaissances l'adopter. Tout cela, ma chère demoiselle, pour vous apprendre que la mode change vite et est souvent le fruit d'une seule personne, pour peu qu'elle soit bien placée et dure aussi longtemps que la fantaisie humaine peut le lui permettre.

Pour répondre à votre dernière question, sachez qu'une femme de mon rang n'est jamais vraiment seule, il m'arrivait quelquefois de m'habiller par mes propres soins mais le plus souvent j'avais plusieurs dames à mon service, tantôt pour m'aider à enfiler mes tenues, tantôt pour me coiffer, me maquiller, m'aider à choisir et porter mes bijoux. Chacune avait son rôle dédié et ne devait en changer sous aucun prétexte. Si je devais m'apprêter pour une grande occasion, je n'avais de toute façon pas d'autre choix que de demander l'assistance d'une tierce personne car certains ornements sont impossibles à enfiler seul. Tenez: le corset dont je vous parlais tout à l'heure, il était impossible de l'installer soi même, il fallait que quelqu'un vous aide à l'enfiler correctement sous peine de souffrir par la suite et plus tard à effectuer le laçage correct pour le serrer.

Si vous désirez d'autres informations, n'hésitez point à m'écrire à nouveau.

Je reste votre dévouée,

Marie connétable de Naples

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