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Corto Maltese

     
   

Séminaire de littérature

   

Monsieur Maltese, 

Je suis un ancien collègue du professeur Steiner et, comme lui, j'enseigne à de jeunes gens avides de connaissances. Je ne suis pas un aventurier, quoique souvent comme vous je m'en aille les poings dans mes poches crevées vers un destin que je maîtrise mal encore. Je n'ai pas eu le courage d'user du rasoir de mon père, et ma bonne fortune, je la trouve derrière un bureau.

Je travaillais sur un cours de littérature concernant Arthur Rimbaud, que vous avez bien connu me semble-t-il. Le jeune homme aux souliers de vents s'est envolé pour l'Éthiopie et on a raconté un tas de choses déplaisantes sur son trafic d'armes. Pourriez-vous me donner quelques renseignements sur cette période, qui pourraient éveiller la curiosité de mes étudiants?

Sincèrement, 

Professeur Lannoote


Professeur Lannoote,

Rimbaud, l'homme aux semelles de vent, comme Verlaine disait, n'est pas allé en Éthiopie pour faire du trafic d'armes, mais du commerce et un peu de traficotage, tout simplement. Comme il le disait lui-même: «Le trafic d'armes est une idée idiote qui m'est venue à l'esprit et que j'ai mise en oeuvre, en pensant en terminer enfin avec la misère. Joli résultat! Je n'ai rien gagné, et avec toutes ces cavalcades, ces soucis et ces privations, j'ai ruiné ma santé et perdu l'usage d'une jambe! Avez-vous seulement idée de ce que j'endure? Je suis parti parce que je n'avais rien réussi en France. Et puis je voulais du soleil et du nouveau!»

Pour en savoir plus sur le furtif personnage qui parlait autant l'arabe que les autres langues locales, il faudrait voir du côté de son oeuvre magistrale. Faites lire Les Illuminations à vos étudiants. Vous gagnerez du temps, économiserez votre salive et gagnerez leur appréciation.

C.M.