Raspoutine ou Sancho Panza? |
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| Cher Corto, Je vous ai rencontré en 1932 à Tarifa mais vous ne vous souvenez sûrement pas de moi car vous n'avez aperçu que ma silhouette dans une ruelle très sombre, comme seules savent l'être les allées reculées du quartier du port. Ce n'est pas après vous que j'en avais mais après votre ami le capitaine Raspoutine, mais ceci est une autre histoire... Du reste, je n'ai jamais bien compris la raison pour laquelle ce sombre individu était votre ami. Vous êtes souvent le premier à dénoncer son caractère violent et son absence totale de scrupule, et pourtant vous lui restez fidèle même quand il vous trahit. Un peu facile de se comporter en héros chevaleresque quand dans l'ombre un complice n'ouvre pas tous les moyens à la réussite de vos entreprises... Non? Êtes-vous donc si pur que vous ne puissiez vous passer d'un antéchrist? O.V. |
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| Cher Monsieur O.V., De notre rencontre, ne subsiste aucun souvenir. Vos seules initiales n'évoquent effectivement rien me remémorant un tel face à face et ne suffisent pas à me raviver complètement l'esprit. Je ne doute cependant pas de la véracité de vos dires, car il m'est arrivé à de nombreuses reprises de faire escale à Tarifa, de descendre sur les quais, d'en apprécier la vie qui y bat, et de faire des rencontres, quoique pas toujours heureuses. J'ai toujours préféré la relative tranquillité de ce port plutôt que l'activité frénétique qui règne à Gibraltar. J'ai tant voyagé... Vous me dites en avoir voulu à cette époque au capitaine Raspoutine, et pas à moi. J'en suis flatté. Curieux quand même que votre rancoeur ait persisté si longtemps, car ce bon vieux Ras, ma foi, a disparu depuis des lunes. Je suis sans nouvelles depuis 1916. Que vous a-t-il donc fait, il y a 20 ans, pour que votre ressentiment envers lui subsiste encore aujourd'hui? Certes, ce personnage est un forban de la pire espèce. Il a déjà tué et commis des fautes que je préférerais oublier. Pourtant, nos chemins se sont croisés à maintes reprises car nos quêtes ont souvent été les mêmes, mais je refuse d'admettre, comme vous l'affirmez, que ce quidam agissait dans mon ombre. De toute façon, mes entreprises n'ont pas toujours abouti, vous le savez bien. Vous m'enveloppez d'un halo de pureté et vous me parlez d'antéchrist. Je préfère parler de lumière, de vérité et de Némésis. Pour enfin répondre à la question qui vous brûle les lèvres, je vous répondrai simplement que nos deux vies sont liées d'une inexplicable manière, que seuls les marins peuvent arriver à comprendre. N'oubliez pas qu'il m'a déjà sauvé la vie. N'est-ce pas suffisant pour inciter au pardon? Corto Maltese |