Prendre ta place
       
       
         
         

stopa_j@epita.fr

      Salut à toi Corto,

Cela me fait sourire de te parler comme cela. Je ne sais comment formuler ceci. L'esprit de la mer et des marins n'existe plus de mon temps. La valeur n'est plus la même. Tout est trop commercial maintenant. Le monde me dégoûte à présent. Toi et ton époque qui représentent cet esprit que je cherche et que je ne trouverai jamais, quel conseil peux-tu me donner pour survivre?

Je suis originaire du sud de la France, ayant toujours vécu au bord de la mer, elle m'a bercée et m'a consolée toute ma vie. Jusqu'a maintenant. Je suis en école à Paris et je dépéris. Tout s'effondre depuis 4 mois. Je sombre en démence. Je suis croate issue d'une famille de marins et je suis attachée à la mer depuis mes origines. Cela devient oppressant et violent à la fois. Je donnerais tout pour prendre ta place. Ou peut-être retourner 50 ans en arrière.

Bien à toi,

Jessica

PS: Excuse-moi mais j'ai beaucoup de mal à m'exprimer. Ce que je cherche à dire est très peu compréhensible ici. Alors si tu ne comprends rien ne perds pas ton temps.

 

       
         

Corto Maltese

      Jessica la Croate à Paris,

Alors les berges de la Seine ne suffisent pas à t'insuffler un peu de brise du large. La ville Lumière, si ancienne soit-elle, s'est enduite d'un halo commercial. Mais les marins ont toujours fait du commerce, amie. Le monde te dégoûte là-bas. Est-il également répugnant en Dalmatie ou sur l'île de Lokrum? Ou en Provence et dans le Languedoc? Tu es sans doute en proie au mal du coeur de l'hiver. Le printemps arrive. Retourne dans ton pays de jeunesse. Prends congé de l'école. Le murmure de la mer est comme le sang de nos veines. Tu cesses de l'entendre et c'est l'apoplexie. Je sais exactement de quoi tu parles et je devine tes inquiétudes.

Va te balader.

C.M.