Le rideau rouge
       
       
         
         

joluste@wanadoo.fr

      Corto,

Il y a bien longtemps pour moi, je devais avoir onze-douze, j'ai découvert Anne de la jungle -tu n'y étais certes pas mais pas loin- et jamais auparavant je n'avais été absorbé par cette incroyable force de la narration romanesque (malgré mes London, Supervielle, Cendrars, Dumas, Verne, Hemingway...).

Dans une des histoires (désolé, je ne me souviens plus si tu étais présent mais en tout cas jamais loin, toujours), la scène commence par un dialogue entre flingueurs où on ne voit que les flingues, ces fichues pétoires allemandes à long canon, attendant impatiemment la venue de la victime.

Cette scénographie extraordinaire me renvoie à la manière dont Hitchcock avait filmé la tentative d'assassinat d'un sir quelconque dans l'opéra de Londres (ne me rappelle plus aussi le nom du film!!), quand le flingue s'avance alors dans la lumière et dans un geste lent et latéral pousse le lourd rideau rouge afin d'avoir la cible en ligne de mire.

Sinon Corto, rappelle-moi (toujours cette mémoire défaillante) encore ce que le vieux sorcier (Shmaël -problème de mémoire des noms -que Cush t'avait fait rencontrer dans le désert-) t'avait dit... je crois me souvenir qu'il t'avait tout dit de toi ce jour-là (ce que Bouche-Dorée oui t'avait fait l'honneur de ne pas dévoiler, oui, mais c'est une femme et une Femme créole, oui).

 

       
         

Corto Maltese

      L'étranger,

Tu me parles de bien des choses à la fois et tu sembles confondre le présent et le passé. Surtout, tu sembles croire que Sheitan, ou Shamaël si tu préfères, m'a fait des révélations troublantes sur ma vie -révélations que Bouche dorée m'aurait interdit de dévoiler. Ce viel ange de la mort ne parle qu'en paraboles. Tout ce dont je me souvienne est qu'il m'a dit que je perdais mon temps à chercher ce que j'ai déjà eu. Grande révélation. Moi, je ne m'en fais pas trop avec ces fausses vérités.

C.M.